‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 231 sur 327 · VUE DE LA LOGE DE LA FARNÉSINE · texte numérisé non relu

VUE DE LA LOGE DE LA FARNÉSINE

saccio di Pace de Venise, a marqué par l'inscription suivante la part qu'il a eue à ce travail : r. v. d. p. v. f. i5i(5'.

On ignore les clauses du contrat primitif conclu avec maître Luigi.

i. Voyez Gruner et Grifi,/ Mos.tici dclLi cu-fola ncUa cappella Chi^iana di Santa-Maria dcl Pnpoh) in Ruma ; Rome, 18^9, p. 4.

5i4 RAPHAËL. — CHAPITRE XVII.

Mais on sait, grâce à la récente publication de M. Cugnoni, que le 3o mai i52o, ainsi peu de semaines après la mort d'Augustin Chigi, la veuve de celui-ci signa une nouvelle convention avec l'artiste. Nous avons rapporté plus haut (p, 84) quelques-unes des dispositions de ce second contrat. Nous ajouterons ici que le maître vénitien s'engageait à finir en quatre ans les huit compartiments placés entre les fenêtres de la chapelle, ainsi que les quatre médaillons des arcs.

En publiant (en i5oo) une traduction des Métamorphoses d'Apulée, Philippe Béroalde le jeune avait appelé l'attention du monde savant sur le gracieux mythe exposé dans le roman du rhéteur latin. Peut-être fut-ce lui aussi qui signala à Chigi, avec lequel il était lié, le parti qu'un peintre habile pourrait tirer de ces scènes si souvent représentées par les artistes de l'antiquité. Quoi qu'il en soit, c'est dans sa traduction que Raphaël puisa les éléments du vaste poème qu'il peignit dans la loge de la villa de Chigi. Pour les pendentifs, il fit choix des dix sujets suivants : Vénus désignant Psj-ché aux traits de l'Amour; — V Amour montrant Ps)'ché aux trois Grâces; — Vénus reprochant à Junon et à Gérés de protéger Psyché; — Vénus traversant les airs sur un char attelé de colombes; — Vénus implorant Jupiter; — Mercure eni'ojé à la poursuite de Psj'ché; — Psyché rapportant l'eau du Stj'x; — Psyché présentant à Vénus l'eau du Styx; — Jupiter embrassant l'Amour; — Psyché montant au ciel avec Mercure. Le plafond reçut deux grandes compositions : Psyché dans l'Olympe et le Mariage de Psyché. Quant aux lunettes, elles furent consacrées aux Triomphes de l'Amour. Des guirlandes de fruits et de fleurs, dans le dessin desquelles Jean d'Udine fit éclater ses connaissances en matière de botanique, encadrèrent ces scènes et mêlèrent leur végétation luxuriante aux radieuses figures enfantées par le génie de Raphaël, à cette poétique restitution de la mythologie romaine.

On sait aujourd'hui à quel point Apulée a altéré le mythe primitif. Chez lui, la mythologie, pour nous servir de l'expression de Saint-Marc Girardin, touche au burlesque. « C'est la dernière phase de l'indifférentisme religieux. Scarron ne faisait pas parler Vénus autrement qu'Apulée; elle devient une matrone criarde et querelleuse. » Tel est aussi le jugement porté sur l'œuvre d'Apulée par M. Collignon, l'auteur d'une savante et délicate étude sur l'histoire du mythe de Psyché dans l'art figuré des anciens. « La fable de Psyché, dit-il, dans l'auteur latin, n'a pas de caractère mythologique. Elle n'offre aucun des traits d'une

L'HISTOIRE DE PSYCHE

légende naturelle e'close dans l'imagination religieuse d'un peuple. Le tour qu'Apulée donne à son récit est tout personnel; c'est se méprendre étrangement que d'y voir autre chose qu'un badinage ingénieux fait pour plaire aux délicats'. »

l'amour montrant psyché aux GRACES

(Fac-siniik- de la gravure de Mare-Anloine.)

En demandant à Raphaël d'illustrer par le pinceau la donnée ingéT nieuse et poétique, si étrangement dénaturée par Apulée, Chigi n'impo-

I. Essai sur les monuments grecs et romains relatifs au mythe de Psyché; Paris, 1877, p. G7. Voyez aussi l'érudit et clcgant mémoire de M™" la comtesse Lovatelli-Caetani, Amore e Psiche; Rome, i883.

sait pas à son ami une tâche nouvelle pour lui. Dans les peintures tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, Raphaël avait montré avec quelle aisance il savait entrer dans l'esprit d'un texte, avec quelle rigueur il savait l'interpréter jusque dans ses moindres détails. Nul doute qu'il n'eût apporté les mêmes scrupules dans l'illustration de quelque œuvre classique sérieuse, telle que Ylliade, VOdyssée, VEnéide, ou même les Métamorphoses d'Ovide. Mais, devant les productions sacrilèges d'un Apulée, il semble que tous les instincts de l'artiste se révoltent. Faire de Vénus une mégère, livrer Jupiter à la risée du public! c'étaient des profanations que les anciens pouvaient se permettre, mais qui devaient froisser les hommes de la Renaissance. Leur culte pour les dieux de l'Olympe était aussi respectueux que désintéressé fqu'avaientils à attendre d'eux, si ce n'est des inspirations poétiques?); il eût surtout paru criminel à Raphaël de railler tout à coup rOl3anpe, reconstitué au prix de tant d'efforts, et de brûler ce qu'il avait adoré la veille.

C'est ainsi du moins que je m'explique l'attitude prise par Raphaël vis-à-vis d'Apulée. Froissé dans ses convictions les plus respectables, désespérant de tirer de ce récit diffus et contradictoire la matière d'une suite de peintures vraiment intéressante, le peintre ne songe plus qu'à créer les figures les plus belles possible, sans se demander si ses créations sont d'accord avec le texte des Métamorphoses, si son récit est clair et complet. Il lui arrive ainsi de s'écarter sciemment des données fournies par le romancier antique, d'inventer des scènes dont celui-ci n'a pas fait mention, d'en dédoubler d'autres. Exemples : Dans la scène où Apulée nous montre Vénus furieuse et gémissante [gemens acfremcns indignât io7ie), Raphaël a représenté Vénus calme et sereine. Le second tableau, Cupidon montrant Ps^^hé aux Grâces, a été ajouté par l'artiste; Apulée n'y fait pas la moindre allusion. Il en est de même de Psyché traversant les airs, soutenue par trois génies ailés, pour porter à Vénus l'eau du Styx, et de Psyché tendant à Vénus le tlacon contenant l'eau magique. Apulée se borne à dire que Psyché, prenant avec joie le tiacon, se hâte de le reporter à Vénus, mais que, même cette fois, elle ne peut désarmer la colère de l'implacable déesse : « sic acceptam cum gaudio plenam urnulam Psyché Veneri citata retulit. Nec tamen nutum dea? sajvientis vel tune expiare potuit ». De cette scène unique Raphaël a fait deux tableaux distincts.

Mais, ce qui est plus grave, la donnée fondamentale du niythe disparaît au milieu de ces velléités de révolte. Où est la peinture des

L'HISTOIRE DE PSYCHÉ. Si;

amours de Psyché et d'Éros, si souvent célébrées dans l'art antique? Où voyons-nous, soit la curieuse Psyché laissant tomber sur son époux la goutte d'huile brûlante, soit les souffrances endurées par la coupable?

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