LA VIERGE A LA CHAISE
(Palais Pitti.)
que l'on chercherait en vain dans les compositions de la période antérieure.
Un riche paysage, orné de ruines au milieu desquelles on aperçoit saint Joseph, encadre la scène si vivante et si recueillie du premier plan. A l'époque à laquelle Raphaël y travaillait, les lauriers des peintres flamands semblent l'avoir empêché de dormir. Nous l'avons déjà vu, dans la Délivrance de saint Pierre, rechercher les effets de lumière les plus compliqués. Même préoccupation dans la Madonna delV Impan-
nata du palais Pitti. Dans la Perle, enfin, ces tendances nous ont valu un superbe effet d'aurore, devant lequel Vasari déjà s'est extasié, et qui nous montre que Raphaël, avant tout attaché à sa réputation de peintre, n'entendait rester étranger à aucun des secrets, à aucun des raffinements du coloris. — On sait aujourd'hui que la Pei^le du musée de Madrid est identique à la Nativité décrite par Vasari et peinte par Raphaël pour l'évêque Louis de Canossa'.
Dans le tableau du Louvre, qui est célèbre depuis plus de trois siècles sous le nom de Sainte Famille de François I", Marie se présente également à nous sous les traits d'une mère, non sous ceux de la reine des cieux. On admire tour à tour, dans cette œuvre magistrale, d'une facture si puissante et d'une émotion si commun icative, la tendresse de la jeune mère tendant les bras à son fils, qui s'élance vers elle, le visage inondé de bonheur, la majesté de saint Joseph, ainsi que la grâce de l'ange répandant des fleurs sur le couple divin. L'amour maternel n'a point fait oublier à Marie cette modestie touchante dont Raphaël se plaisait à la parer autrefois; après un long intervalle, nous voyons reparaître la jeune fille de Florence, à la fois si belle et si chaste, qu'elle semble être la sœur, non la mère de l'enfant qu'elle caresse. L'enfant aussi est tel que nous l'avons rencontré dans les tableaux composés sur les bords de l'Arno : il oublie sa mission divine pour n'être que le plus aimant des fils. Ainsi, le sentiment qui avait dominé Raphaël pendant les belles années de sa jeunesse, pendant cette période féconde qui s'étend de 1604 à i5oS, se fait jour de nouveau, mais avec une élévation plus grande, dans cette Sainte Famille, la dernière, selon toute vraisemblance, qu'il ait peinte (elle date de i5i(S}. Demeurer fidèle aux souvenirs, découvrir, après tant d'évolutions, que l'on n'a jamais erré, retrouver dans l'âge mùr la fraîcheur d'impressions de l'adolescence, c'est là un bonheur qui n'a été accordé qu'à des natures privilégiées comme Raphaël.
Raphaël e'tait alors au comble de la gloire; il avait fondé une puissante école; d'innombrables élèves venus de tous pays recueillaient ses conseils comme des oracles; les souverains se disputaient les moindres productions de son pinceau. Et cependant, même à ce moment où le maître aurait été si excusable d'improviser, nous le voyons rester fidèle aux principes d'exactitude, aux scrupules de sa jeunesse. Les études
I. Voyez notamment la Petite Madone d'Orléans et diverses erreurs de Passavant, de M. le commandani Pai.iaud, p. 4.