‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 243 sur 327 · ETUDE I' O U R LA SAINTE K A M I L L E DE FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

ETUDE I' O U R LA SAINTE K A M I L L E DE FRANÇOIS I

(Musée des Offices.)

une jeune femme du Transtévère, pour servir de modèle à Raphaël, qui médite en ce moment la Sainte Famille^ devenue si fameuse, que nous possédons au Louvre, la Vierge de Fran:ois I". Habillée d'une simple tunique et négligemment coiftee de ses cheveux, la jeune femme, le genou ployé, la jambe nue, se penche en avant comme pour soulever un enfant qui n'existe encore que dans l'intention du peintre. En cette attitude, elle pose sous les yeux de Raphaël qui, voulant la vérité avant

la beauté, arrête le mouvement de la tigure, s'assure des proportions, saisit le jeu des muscles, et vérifie la grâce de sa pensée. Mais il n'est encore qu'au tiers du chemin. La même jeune femme posera de nouveau, vêtue et drapée cette fois, à l'exception du bras gauche, qui restera nu, et qui sera ensuite dessiné à part, recouvert d'une manche. Que de précautions, que de scrupules, et quel religieux amour de. l'art! Parvenu à l'âge de trente-cinq ans et à l'apogée de son génie, Raphaël consent à étudier deux fois une figure de Vierge, à dessiner d'abord le nu que doit envelopper la draperie, et ensuite la draperie qui enveloppera le nu. Et pourtant il les savait par cœur, ces Vierges avec leurs enfants Jésus qui se dessinaient elles-mêmes sous sa plume légère, ébauchant un sourire, et laissant deviner, dès les premiers contours, leur grâce future. Mais il a fallu que le peintre les vît d'abord sur la terre, lorsqu'elles étaient de simples filles du peuple, qui n'avaient pas encore été visitées par l'ange et divinisées par le style. Aussi, quand ce modèle transfiguré sera une Vierge, lorsque l'enfant s'élancera dans les bras de sa mère, et que des séraphins viendront jeter des fleurs sur son berceau, la peinture de Raphaël conservera quelque chose de naturel et de secrètement familier qui la rendra plus touchante, parce que, avant d'être le tableau d'une famille divine, elle aura été l'image d'une famille humaine'. »

Le naturalisme florentin se fait encore jour, mais avec moins de succès, dans la Visitation, du musée de Madrid, peinte pour Giovanni Battista dcU' Aquila. Quelque magistral que soit le dessin des figures, on ne saurait donner entièrement tort à Rio, quand il dit que << au risque de produire une dissonance dans le concert d'éloges dont cette œuvre savante a été l'objet, il y a quelque chose, dans son ensemble, qui ne permet pas au spectateur d'éprouver, en la contemplant, une impression analogue à celle que cause la lecture du récit évangélique^ )). — Une collection parisienne, celle de M. E. Piot, renferme, peinte à fresque, une répétition d'j la tête de sainte Elisabeth.

La plus fameuse des Vierges de Raphaël, la perle du musée de Dresde, la Vierge de Sainl-Sixtc, a longtemps passé pour la dernière en date des Madones du maître. Quel chef-d'ceuvre en etlet eût été plus digne de couronner cette longue série de compositions dont Marie est

Page 1