LE SAINT MICHEL DU LOUVRE
coloris autorisent à croire que Jules Romain a eu une grande part à Texécution de cet ouvrage. Le Louvre possède une répétition ancienne avec des variantes assez importantes. On constate des analogies, notamment dans l'attitude générale, entre le Saint Jean et la statue de Jonas, modelée par Raphaël pour la chapelle Chigi, à Sainte-Marie du Peuple.
Saint Michel terrassant le démon, au Louvre (signé : Raphaël. VRHiNAS. pixGEBAT. M.D.xviii), est la dernière en date de ces compositions qui ont si complètement renouvelé l'idéal religieux. Commandé à Raphaël par Léon X, qui le destinait à François I", grand maître de l'ordre de chevalerie placé sous le patronage de l'archange, le tableau fut envoyé, en i5i8, à Laurent de Médicis, duc d'Urbin, qui se trouvait alors de passage à Paris, et qui semble l'avoir présenté lui-même au monarque français'.
Le sujet ne diffère guère de celui du Saint Michel, peint, en 1604, pour Guidobaldo d'Urbin (voy. p. 145). L'archange, la tete et les bras nus, la poitrine couverte d'unt riche cuirasse, descend des cieux, et, posant un pied sur Satan, s'apprête à le frapper de sa lance (dans le tableau de i5o4, il est armé d'une épée seulement). Il rayonne d'une beauté divine, et montre plus de dédain encore que de colère pour son adversaire, qui, étendu sur le sol, frémit de rage et de douleur. Dans la représentation de ce dernier, Raphaël, tout en renonçant à faire de l'ange déchu un hideux dragon, comme dans le tableau de i5o4, lui a conservé sa face de faune, ses ongles crochus, ses formes athlétiques. Peut-être l'artiste, n'ayant à peindre que Satan seul, aurait-il fait de lui, comme Milton, le plus beau des anges. Une pareille conception était bien conforme à ses tendances; il l'a montré dans les Stances et dans les Loges en donnant au tentateur des traits d'une beauté parfaite. Mais dans le Saint Michel terrassant le démon, le sujet même exigeait ce contraste violent entre la laideur de Satan d'un côté, et de l'autre la grâce, la fierté de son vainqueur.
Les contemporains de Raphaël, déjà, ont critiqué le coloris du Saint Michel. Sébastien de Venise, dans sa lettre à Michel-Ange (2 juillet
1. (( Raphaël d'Urbin vient de terminer l'ouvrage du roi très chrétien, qui représente un Saint Michel avec le dragon sous ses pieds. Il en a également achevé un autre pour S. M. la reine, dont le sujet est Notre-Dame avec l'Enfant, et quatre autres figures d'une grande beauté. Comme ce sont des peintures sur bois, Sa Sainteté les complète par de magnifiques ornements. 1) (Lettre de Mb' Costabili au duc de Ferrare : Rome, 27 mai i5i8, publiée dans la Ga:{ette des Beau.x-Arts, iSf/.î, t. I, p. 354.) L'exécution du Saint Michel exigea plus d'une année, car l'artiste y travaillait déjà le 21 mars iSij.
i5i8), lui écrit que les figures de ce tableau, comme celles de la. Sainte Famille de Finançais I"', semblent avoir été exposées à la fumée, ou plutôt qu'elles paraissent être de fer, claires d'un côté, noires de l'autre.
ÉTUDE POUR LA FIGURE DE SAINT J E A N" - B A P T I S T E DANS LE DESERT
(lii'ilisli Muséum.)
Ces imperfections, que l'on rencontre dans tous les tableaux appartenant aux dernières années de Raphaël, doivent incontestablement être mises au conipte du dui- et \iolent collaborateur qui a nom Jules Romain. Autant le coloris du maitre est transparent et harmonieux, autant celui de rclè\'e est loLii'd et opaque. Pour obtenir des elfets plus