ESQUISSE POUR I, A CENE
(Collection Albertine.)
la vue du chef-d'œuvre du Sanzio qu'il en mourut. On comprend que la Sainte Cécile ait vivement frappé l'imagination du vieux peintreorfèvre bolonais, et lui ait révélé toute l'infériorité de son talent. Peut-être, cependant, est-ce aller bien loin que d'établir une corrélation entre sa mort et l'arrivée du tableau de Raphaël. Francia était en effet déjà fort âgé (il comptait soixante-sept ans) quand il mourut, le 5 janvier 1617, et la rigueur de la saison contribua sans doute, bien plus que les émotions artistiques, à hâter sa fin.
Le burin de Marc-Antoine nous a conservé une des esquisses et comme la première pensée de la Sainte Cécile. Il nous a paru intéres-
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sant de placer sa gravure en regard de celle du tableau. Le progrès que Raphaël a réalisé dans rintervalle est immense. Dans l'esquisse, les anges se servent, comme sainte Cécile l'a fait elle-même, d'instruments profanes, violon, triangle, harpe; dans le tableau, le chant seul produit, sur les saints rangés dans le bas, cette impression profonde qui touche à l'extase. Dans l'esquisse, saint Paul regarde tranquillement devant lui, ainsi que saint Jean, tandis que, dans le tableau, l'un est transporté d'admiration, et l'autre absorbé par une rêverie profonde. Même changement dans l'attitude de saint Augustin. On pourrait pousser plus loin cet examen et montrer comme l'artiste a su vivifier jusqu'aux moindres détails de la composition primitive.
Dans sa Sainte Cécile, Raphaël a personnifié l'extase. Dans sa Sainte Marguerite, peinte un peu plus tard, probablement pour la sœur de François \", Marguerite de Valois, il nous montre l'héroïne resplendissante de gloire, tout entière à la joie de son triomphe, et goûtant déjà la félicité éternelle. Une palme à la main, le pied posé sur le hideux dragon qui couvre le sol de ses monstrueux replis, la sainte s'avance vers le spectateur, pure, radieuse, transfigurée. Si près du mal et de la laideur, elle n'a de pensées que pour les joies célestes. C'est une des plus éthérées d'entre les créations de Raphaël.
Telle que nous la voyons, la Sainte Marguerite n'est cependant que le reflet de la pensée de Raphaël. D'après Vasari, le tableau a été presque entièrement peint par Jules Romain, d'après les dessins de son maître. - — On connaît deux répliques de la Sainte Marguerite, l'une au Louvre', l'autre au Belvédère de Vienne.
Le Saint Jean dans le désert, peint pour le cardinal Colonna, qui en fit plus tard don à son médecin, Jacopo da Carpi, unit la ferveur junévile à une beauté qui n'a rien à envier à celle des anciens dieux. Le saint, vêtu d'une peau de panthère, est assis sur un rocher, au milieu d'un morne paysage; de la main gauche il tient une banderole avec l'inscription DEI ; de la droite il montre les rayons qui jaillissent de sa petite croix de roseau.
L'original du Saint Jean se trouve au musée des Offices; il a beaucoup souffert. De certaines imperfections dans le dessin et le
I. Dès le commencement du dix-septième siècle, un amateur italien émincnt, le chevalier Cassiano dcl Pozzo, constatait l'état de détérioration de ce tableau, alors conservé à Fontainebleau. Voy. mes Historiens et critiques de Raphaël, p. 149.