‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 253 sur 327 · PORTRAIT DE CARDINAL · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CARDINAL

(iMuscc de Madrid.)

Revenons un instant sur ce dernier. Balthazar Castiglione posa deux fois devant Raphaël. Le premier de ces portraits, exécuté vers i5iG, se trouve aujourd'hui au Louvre : ce chef-d'œuvre est trop connu pour

qu'il soit nécessaire de le décrire. Rappelons seulement le tribut d'admiration que lui ont payé, au dix-septième siècle, les deux coryphées de l'École flamande et de l'École hollandaise : Rubens et Rembrandt ont tenu tous deux à le copier. En lôig, Raphaël peignit de nouveau son ami : ce second exemplaire paraît identique à celui qui fait partie de la galerie Torlonia, à Rome.

A cette période appartient également le superbe portrait de cardinal, conservé au musée de Madrid. Jusqu'à ces toutes dernières années, il était universellement reçu que Raphaël y avait représenté son ami Bibbiena et que le portrait du palais Pitti était une simple copie de celui de Madrid. Mais une comparaison même rapide des deux peintures nous prouve, comme l'ont les premiers soutenu MM. Crowe et Cavalcaselle, que nous avons affaire à deux personnages distincts, dont la pose seule offre une certaine analogie. Le cardinal représenté dans le portrait de Madrid est un homme jeune encore, au nez fin et busqué, à la bouche petite et fière, aux yeux perçants comme ceux d'un faucon, avec un parfum de souveraine élégance répandu sur toute sa personne. Le cardinal du palais Pitti est un homme âgé, aux veux plissés, au nez long et gros, à la bouche flétrie, à l'expression cauteleuse, bref l'image parfaite que l'on se trace de l'artisan d'intrigues appelé Bibbiena. Que l'on ne nous objecte pas qu'un long intervalle peut séparer les deux portraits : Bibbiena ne fut promu au cardinalat qu'en i5i3; d'autre part, à dater de i5i6 ou de iSiy, Raphaël ne peignit plus de portraits qu'à de très rares exceptions; or il est impossible que, dans un espace de temps si court, la physionomie d'un homme ait été transformée, déformée, à ce point.

Le portrait de Timoteo Viti (Passavant, t. II, p. 543), qui, de la collection de l'un de ses descendants, le marquis Antaldi, est entré, après bien des vicissitudes, au British Muséum, n'est qu'une esquisse, et encore l'attribution à Raphaël n'en est-elle pas absolument certaine. Telle qu'elle est, cette esquisse n'a rien à envier aux tableaux les plus achevés.

Le portrait de Jeanne d'Aragon fut commandé à Raphaël par Bibbiena, qui le destinait à François I", auprès duquel il avait rempli d'importantes missions. Il résulte d'une lettre publiée par le marquis Campori que le maître, ne pouvant se rendre à Naples, où se trouvait alors la princesse, y envova un de ses « garzoni », sans doute Jules Romain, avec l'ordre de faire un croquis pouvant servir de base au portrait définitif, (^e renseignement est bien d'accord avec le témoi-

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