‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 27 sur 327 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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exercés éprouvent quelque embarras, il est difficile, par contre, lorsqu'il s'agit de dessins, de confondre les productions ^de l'élève avec celles du maître : celles-ci sont infiniment plus archaïques. Considérez, par exemple, la position des pieds chez le Pérugin et le manque d'équilibre qui en résulte : jamais Raphaël n'a poussé l'invraisemblance à ce point. Autre différence caractéristique : les plus beaux dessins du Pérugin abondent en négligences de toute sorte. Raphaël, au contraire, a, dès le début, apporté dans ses moindres travaux l'esprit de scrupule et de probité auquel il est resté fidèle jusqu'à la fin.

Il serait fastidieux de passer en revue tous ceux des dessins de ^''enise, de Lille', d'Oxford, dans lesquels Raphaël s'est inspiré de son maître il lui a pris, entre autres, la technique de ses dessins à la plume, avec leurs hachures serrées, leurs effets vigoureux). Tantôt il copie ses cartons, voire ses esquisses ; tantôt il met à contribution ses peintures mêmes. Dans ce pieux travail d'assimilation, il s'applique à la fois à reproduire ces physionomies souffreteuses, qui sont comme la signature du Pérugin, et ses draperies chiffonnées et tourmentées à l'excès. Le corps humain lui-même ne lui apparaît qu'à travers les leçons du Pérugin. J'en rapporterai ici deux exemples particulièrement frappants : en examinant la figure du jeune homme nu dessinée dans le recueil de ^Y'nise et qui semble à la fois une étude pour un des rois de VAdoration des mages du Vatican, et pour V Apollon et Marsyas du Louvre (gravée ci-contre), il est impossible de n'être pas frappé de la déformation de la jambe droite, qui est courbée et arquée de la façon la plus disgracieuse. Eh bien, ce motif est emprunté textuellement à une figure d'ange du Pérugin (dessin du musée des Offices; photographié par Braun). Autre emprunt fâcheux : qui n'a remarqué dans YApollon et Marsyas^ du Louvre, la structure bizarre de la tête de Marsyas? Ici

I. Il ne sera pas sans intérêt de dire un mot, ici, des collections de dessins de \Vicar, le fondateur de l'important musée qui porte son nom à Lille. Il résulte des documents que j'ai publiés dans le Courrier de l'art (i883, pp. 433-434) que Wicar forma successivement trois collections. La première lui fut volée, en 1799, par des dépositaires inridéles, qui la vendirent au marchand Horentin Fedi. La seconde devint, en 1823, la propriété de Woodhurn, moyennant la somme de iioo écus romains. La troisième, commencée en 1824', fait aujourd'hui l'ornement du n-.usée de Lille. Cette troisième collection, que Wicar, au témoignage de Passavant, eut l'adresse d'acquérir, sans se nommer, de son ennemi Fedi, pour la somme de 3ooo écus romains, se composait en partie, des dessins volés au collectionneur français en 1799; de sorte que celui-ci se vit forcé, ce sont ses expressions, de racheter son propre bien. Fedi, toutefois ne lui céda qu'une moitié de ses dessins; il vendit l'autre à Ottley. On sait que les Raphaël d'Ottley, ainsi que ceux de Woodburn, finirent par trouver un asile dérinitif dans le musée de l'Université d'Oxford. Wicar nous apprend que Fedi, avant de se défaire de sa collection, en avait fait exécuter des fac-similés qu'il vendit, comme originaux, à un amateur novice, M. Coésvelt.

INFLUENCE DU PERUGIN. 5;

cncorc, Raphacl a copié un des types favoris de son maitre, ces tètes rondes, osseuses et plates, que le Pe'rugin a successivement employées dans une série de dessins conservés soit à l'Albertine, soit aux Offices.

En résumé, lorsque Raphaël se sépara de son maître, en i5o2, il avait appris de lui tout ce que le vieil Ombrien pouvait lui enseigner.

ÉTUDE d'homme NU

(Académie de Venise.)

La peinture à l'huile et la peinture à fresque n'avaient plus de secrets pour lui. Plus tard, assurément, son pinceau acquit plus de liberté et de puissance, mais il perdit aussi quelques-unes de ses qualités; le ton général cessa d'être aussi ambré, aussi chaud et aussi lumineux que dans les essais, imparfaits à tant d'égards, de cette première période.

Si, au point de vue du coloris, le Pérugin exerça sur son élève l'in-

l^APHAKL. —

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