‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 28 sur 327 · CHAPITRE 1 1 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1 1 I

Hucncc la plus salutaire, au point de vue du dessin, son action fut loin d'être aussi féconde. Sous ce rapport, le passage par Tatelier de Pérouse a profondément troublé l'adolescent qui cherchait sa voie. Ecoutons Vasari : « Raphaël », dit en substance le biographe, « éprouva beaucoup de peine à se défaire de la manière mesquine, sèche et pauvre de dessin à laquelle il s'était habitué chez le Pérugin; ce n'est qu'au prix des plus grands efforts qu'il apprit à rendre la beauté des nus et les secrets des raccourcis, en étudiant le carton peint par Michel-Ange pour la salle du Conseil de Florence. »

A considérer les figures, tour à tour grêles, sèches ou anguleuses, que Raphaël a dessinées à cette époque, on est parfois tenté de croire à un recul : le fait est qu'il y a eu un arrêt. Sa timidité devint d'ailleurs pour l'adolescent un élément de progrès; elle le poussa à consulter sans cesse la nature, ce qu'il n'eût pas fait axcc le même scrupule s'il avait appris plus tôt, chez les Florentins, à corriger, à affiner ses contours.

Au point de vue de la composition, enfin, le Pérugin ne pouvait prétendre à exercer une influence bien grande. C'était un génie essentiellement contemplatif; le sentiment tenait lieu chez lui d'imagination, et jamais peintre n'eut moins d'idées. Mais la nature même de son talent éveillait chez son élève les qualités par lesquelles celui-ci n'a cessé de charmer la postérité : la grâce, la tendresse, le culte de la nature.

Ne soyons donc pas trop rigoureux pour le vieil artiste. Imitons son élève, qui professa toujours pour lui une respectueuse gratitude, et qui, dans ï Ecole d'At/icncs encore, plaça son portrait à côté du sien. Les noms du Pérugin et de Raphaël sont en effet inséparables dans l'histoire de l'art. On oublie trop que l'un a été pour l'autre plus qu'un précepteur bien\eillant, plus qu'un initiateur habile; qu'il a été un modèle, auquel, pour compter parmi les gloires les plus pures de l'Flcole italienne, il n'a manqué qu'une chose : de ne pas se survivi'e à lui-même. Un ancien a parlé de ces hommes qui savent mourir à propos : fclix opportunitatc mortis. Pourquoi le Pérugin n'est-il pas mort au moment où il prenait congé de Raphaël ? La postérité ne prononcerait son nom qu'avec respect.

La réputation du Pérugin a longtemps relégué dans l'ombre celle d'un de ses compatriotes et collaborateurs, talent moins pur et moins élevé, mais imagination plus alerte, plus curieuse, plus brillante : le lecteui" a nommé Bernardino Pinturicchio, que l'on sait avoir précisément résidé à I^érouse en \ bn\. L'ancien favori des Horgia représentait

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le style narratif, si négligé par tous les autres maîtres ombriens, Buonfigli excepté. Quoiqu'il cultivât le genre historique plutôt que la grande peinture d'histoire, son influence n'a pas peu contribué à ouvrir à l'art ombrien des horizons plus étendus que ceux du Pérugin. Nul ne prenait tant de plaisir à dérouler aux \-eux du spectateur de brillants cortèges, à accumuler dans ses tableaux les plus riches ornements.

Il est aujourd'hui établi, grâce surtout aux découvertes de M. Morelli', que Raphaël a mis à contribution l'œuvre de Pinturicchio avec presque autant d'ardeur que celui du Pérugin, et que les deux Ombriens ont été, à des titres dilférents, ses maîtres et ses initiateurs.

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