‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 280 sur 327 · I. Voy. // Buonarroti, 2" scrie, t. I, pp. loo-ioi · texte numérisé non relu

I. Voy. // Buonarroti, 2" scrie, t. I, pp. loo-ioi

fit construire deux maisons sur son lot, composé de 117 cannes et demie. Une somme de 1000 écus fut consacrée à l'achat d'une maison, dont les revenus devaient servir à l'entretien de la chapelle qu'il avait fondée au Panthéon, et dans laquelle il voulait être enterré. Au milieu de ces préoccupations, dans lesquelles perce comme un dernier reflet de vanité mondaine, Raphaël n'oublia ni sa famille ni la jeune fille qu'il avait si passionnément aimée. Il assura, par une dotation convenable, l'avenir de Margherita, et légua le reste de sa fortune à ses parents d'Urbin. (Le u) décembre i52o, ceux de ses parents qui appartenaient à la famille Ciarla renoncèrent à leurs droits moyennant une somme de 1000 ducats, une fois donnée.) Il choisit enfin pour ses exécuteurs testamentaires ses amis Balthazar Turini et J.-B. dell' Aquila.

S'il fallait en croire Marc-Antoine Michiel, Raphaël aurait en outre légué son palais au cardinal Bibbiena. Mais cette assertion nous paraît sujette à caution. Michiel ne parlait que par ouï-dire, à un moment où les dispositions testamentaires du défunt n'étaient encore qu'imparfaitement connues; il a donc pu accueillir avec une entière bonne foi un bruit qui ne devait pas se confirmer. Ce qui nous autorise à mettre en doute la réalité de la nouvelle qu'il annonce à ses amis, cinq jours après la mort de Raphaël, c'est tout d'abord le témoignage du maître de cérémonies de Léon X, Paris de Grassis. Enregistrant, sous la date du g novembre i52o, la mort de Bibbiena, il rapporte que, comme le défunt ne possédait pas de maison à lui, on avait été forcé de mendier, afin d'y exposer son cadavre, une maison du Borgo naguère habitée par le cardinal d'Ara-Caili Ce témoignage suffirait à lui seul pour détruire celui de Michiel. Mais nous avons mieux. Dès le 7 juillet i52o, ainsi avant la mort de Bibbiena, il est question de la vente du palais de Raphaël; le 26 octobre suivant, Léon X approuvait la cession qui en avait été faite au cardinal de Saint-Clément, Pierre Accolti. Le bref mentionne les exécuteurs testamentaires, Baldassare da Pescia et G.-B. dell'Aquila, les légataires et les héritiers ab intestat. De Bibbiena pas un mot^

I. « Hic cum in palatio papx' inortuus sit, iiec habeat propriam domum, ad quain posset deferri, niendicavinius domum in Burgo veteri Sixtino, ubi olim cardinalis de Aracœlis habitavit, et ibi, melius quam potuimus, fecimus paratum pompae et vigiliarum. » (Voy. Visconti, dans VIstoria del ritrovamento délie spo^lic mortali di Raffaello San:[io da Urbino, publié par le prince P. Odescalchi ; Rome, i83(), pp. io5, 106.) Mieux partage' que son oncle, le neveu de Bibbiena, Antonio, le père de la liancée de Raphaël, possédait à Rome, dans la région de Parione, vicolo de' Leutari, n° 11, une maison qui existe encore. (Voy. // Buonarroti, i''<^ série, i8f)3, p. 20.)

■i. Ce précieux document, qui a passé presque inaperçu, a été publié par C. Milanè,si,

Au siècle suivant, il est vrai, Fioravante Martinelli nous parle d'un palais du Borgo ayant jadis porté le nom de palais Bibbiena; il ajoute que dans ce palais qui, de son temps, appartenait aux Spinola de Gênes, moururent, sous Sixte IV, la reine Charlotte de Chypre, et, sous LéonX, Raphaël d'Urbin'. Mais que de contradictions dans ces deux lignes! La reine de Chypre n'a pas pu mourir, sous Sixte IV, dans le palais appartenant plus tard à Raphaël, puisque ce palais ne fut construit au plus tôt que sous Jules II; les Spinola n'ont pu en être proprie'taires au dix-septième siècle, puisqu'il appartenait, on l'a vu, au prieuré de Malte. Nous croyons donc pouvoir affirmer que Raphaël n'a pas légué son palais à son ami Bibbiena, ou que, s'il le lui a légué, le legs a été annulé.

Raphaël expira le vendredi saint, jour anniversaire de sa naissance, entre neuf et dix heures du soir. Il comptait trente-sept ans jour pour jour.

Le deuil fut immense à Rome et dans toute l'Italie. Léon X, au témoignage de Vasari, pleura amèrement. Les contemporains, frappés de la coïncidence de cette mort subite avec l'apparition de crevasses dans les Loges du Vatican, crurent y voir un présage céleste : « Ces jours-ci, écrit Marc-Antoine Michiel, le palais du pape a menacé ruine, et Sa Sainteté a dû s'installer dans l'appartement du cardinal Cibo. On dit que ce n'est point le poids des portiques superposés qui a causé cet accident, mais qu'il faut y voir un présage de la mort de celui qui les a décorés. » La même idée reparaît dans la lettre de l'envoyé de Mantoue, dans le sonnet de Tebaldeo, et dans une poésie composée par Pierre Valeriano sur la mort de Bibbiena^

La lettre de l'envoyé de Mantoue à la noble Isabelle de Gonzague nous olîre un témoignage touchant des regrets suscités par cette nouvelle funèbre. Le lecteur nous saura gré de placer sous ses yeux ce document encore peu connu, dont on doit la découverte au marquis Campori :

« A la très illustre et excellente dame, Madame la Duchesse de

dans le Giornale storicn def(li archhn toscani, t. IV, pp. 24S et suiv. Voy. aussi la Galette des Beaux-Arts, i863, t. I, p. 455.

1. Rnma riccrcata ncl suo sito et nella sciiola di tutti gli antiquarii; Rome, i658, in-i8, P- 17-

2. Voyez, sur cette dernière pièce, Roscoe, Vie et Pontificat de LconX, t. IV, p. 491. L'auteur, jouant sur le double sens du mot porticus, exprime la crainte :

« ne Raphaelitis inaniter

Picturat vanescat »

Mantoue, etc. « Quoique, en ces jours saints, on ne songe pas à autre chose qu'à la confession et aux exercices de piété, je n'ai pas voulu laisser de présenter mon respect à Votre Excellence. Pour le moment, vous n'aurez de moi qu'une seule nouvelle, celle de la mort de Raphaël d'Urbin, qui a cessé de vivre la nuit dernière, c'est-à-dire la nuit du vendredi saint, laissant à cette cour d'immenses et unanimes regrets, causés par la ruine des grandes espérances qu'on avait fondées sur lui, et qui, si elles s'étaient réalisées, auraient fait la gloire de ce siècle. Tout le monde dit, en effet, que l'on était en droit d'attendre de lui les plus grandes choses, à en juger par celles qu'il avait déjà menées à fin, ainsi que par les entreprises encore plus grandes qu'il avait commencées. Les cieux ont voulu annoncer cette mort par un des signes qui ont marqué la mort du Christ, lorsque les rochers s'entr'ouvrirent : « lapides scissi sunt' . » C'est pourquoi le palais du pape s'est crevassé de telle sorte qu'il menace ruine. Sa Sainteté, effrayée, s'est enfuie de ses appartements et s'est réfugiée dans le palais construit sous Innocent VHI. Ici, on ne parle d'autre chose que de la mort de cet homme de bien, qui a terminé, à trentetrois ans accomplis, sa première existence. Sa seconde vie, celle de la gloire, n'est sujette ni au temps ni à la mort; elle durera éternellement, grâce à ses œuvres, grâce aussi à la plume des savants qui écriront ses louanges : la matière ne leur fera pas défaut... Ledit Raphaël a été très honorablement enterré dans la Rotonde, où il a ordonné qu'on lui élève un monument du prix de 1000 ducats; il a laissé une somme égale pour la dotation de la chapelle dans laquelle se trouve sa sépulture. Il a donné en outre 3oo ducats à chacun de ses serviteurs. Hier, on a reçu de Florence la nouvelle que Michel-Ange était malade. Rome, 7 avril i52o. De Votre Illustrissime et excellentissime Seigneurie, le très fidèle serviteur, Pandolfo de Pici de La MIRA^■DOL.^.^

L'art et l'amitié payèrent également leur tribut au peintre incomparable, à l'homme affectueux et dévoué. Par une belle inspiration, on dressa le lit funéraire dans l'atelier du maître, à côté de la Transfiguration. Le contraste entre ce cadavre et cette œuvre si pleine de vie arracha des sanglots à tous les assistants : « la quale opéra nel vedere il corpo morto et quella viva, faceva scoppiare l'anima di dolore a ognuno, che quivi guardava. » Tous les artistes de Rome tinrent à

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