‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 45 sur 327 · ÉTUDE POUR UN DES ANGES DU COURONNEMENT DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

ÉTUDE POUR UN DES ANGES DU COURONNEMENT DE LA VIERGE

(British Muséum.)

différentes, et sans se répéter, un sentiment en quelque sorte identique. Un tel problème exigeait une puissance dramatique que l'on n'était pas en droit d'attendre d'un jeune homme de vingt ans. Le Pérugin luimême n'était jamais parvenu, dans ses Ascensions ou ses Assomptions, à triompher complètement de ces difficultés, presque insurmontables pour une nature contemplative comme la sienne. Est-il surprenant que dans l'œuvre de son élève nous rencontrions encore des traces d'hésitation, d'inexpérience? Chez plusieurs des apôtres, l'admiration ou la ferveur, quel que soit le nom que l'on donne à ce sentiment, n'est que faiblcjuent rendue; c'est ainsi que l'on chercherait en vain à définir l'expression de la figure des deux disciples placés, l'un à l'extrémité droite.

l'autre à l'extrcmité gauche. Les attitudes, par contre, ont sou\ent quelque chose de forcé, et rappellent trop la manière péruginesque dans ce qu'elle a de guindé-, d'artificiel. Le groupement enfin n'a pas encore toute l'aisance, toute l'harmonie auxquelles Raphaël nous habituera dans la suite. Mais aura-t-on le courage d'insister sur ces imperfections en présence des beautés vraiment transcendantes de la composition : Dans plusieurs des figures, notamment dans celles du Christ et de sa mère, le type a une pureté et une plénitude extraordinaires. Ici les têtes se distinguent par une grâce et une fraîcheur toutes juvéniles, ailleurs par leur majesté. Les draperies sont d'un mouvement excellent. Le paysage mérite des éloges tout particuliers. Nous n'en avions pas rencontré jusqu'ici d'aussi pittoresque dans l'œuvre du maître. Des collines boisées y alternent avec des habitations riantes, et l'ensemble produit une impression de calme délicieuse.

Signalons, pour terminer, les anges qui forment le cortège du Christ et de sa mère : ils ont une grâce mêlée de fierté qui rappelle l'Ecole florentine bien plus que l'École ombrienne. Botticelli ne les aurait pas désavoués. L'un d'eux, celui qui est accoudé au-dessous du Christ, les 3'eux levés au ciel avec une expression de mélancolie indéfinissable, annonce les anges de la Madone de Saifit-Sixte.

Quelle différence entre ce Couronnement et celui que le Pérugin peignit vers la même époque! Dans l'œuvre de l'élève nous sommes tout d'abord frappés de la vigueur de la conception, de l'exubérance de la vie et de la poésie. En rangeant les apôtres autour du tombeau de la Vierge, Raphaël a introduit dans la composition un élément d'intérêt qui manque au Couronnement peint par son maître. Dans l'œuvre de celui-ci, les apôtres, divisés en deux groupes, se bornent à exprimer par leurs gestes leur admiration pour le spectacle qu'ils aperçoivent dans les cieux : le Christ posant la couronne sur la tête de sa mère. Mais que les têtes sont pauvres et vides si on les compare à celles de Raphaël, lesquelles cependant, on l'a vu, prêtent elles-mêmes à la critique. Rien de plus monotone que ces cous tendus, ces regards extatiques! Je ne ferai d'exception que pour l'apôtre de droite : son corps violemment rejeté en arrière, ses bras tendus vers le sol, traduisent non sans éloquence la ferveur qui le transporte. C'est un motif que le Pérugin avait d'ailleurs déjà employé dans son Ascension du musée de Lyon, et qu'il aura sans doute emprunté à Ciotto, le dramaturge par excellence. Dans la partie supérieure du tableau, c'est aussi l'attachement à des modèles anciens qui le soutient et l'inspiiX'. 11 a fort sagement conservé, comme

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