LA P R K S K N T A T I O N AU TEMPLE ( G R O L' P E DE OAUCHE
(Pinacothèque du Vaticnn.)
pie, Raphaël a fait choix, comme pour V Annonciation , d'une architecture à la fois simple et imposante, appartenant, cette fois, à l'ordre ionique. La partie centrale de la prédelle, V Adoration des maires, dans laquelle le paysage domine, se trouve ainsi encadrée de la façon la plus pittoresque. On ne saurait trop insister sur ces détails, trop négligés dans l'Ecole du Pérugin; ils témoignent du goût supérieur de Raphaël, Au centre de la composition se tient le vieux Siméon, le seul personnage qui soit nimbé ; il prend le nouveau-né, que Marie lui présente avec un geste d'une grâce, d'une modestie touchantes. Mais l'enfant a peur
de l'étranger; il se retourne tout anxieux vers sa mère, et lui tend ses petits bras comme pour iniplorer son secours. C'est là un de ces traits qui sont saisis sur le vif, et qui révèlent chez Raphaël de rares facultés d'observation. Saint Joseph, réservé et recueilli comme à l'ordinaire, complète le groupe central, dont l'ordonnance est irréprochable. Aux deux extrémités de la composition se tiennent, à gauche, les hommes (sur les dessins qui ont servi à préparer ce groupe, voyez ci-dessus p. 75), à droite les femmes; l'une de celles-ci porte l'offrande traditionnelle, les tourterelles. Les costumes sont encore ceux du quinzième siècle : souliers rouges, noirs ou verts; coiffures de feutre aux formes bizarres; longs manteaux. Mais cette infraction aux lois de l'histoire, ce manque de couleur locale, sont loin de déparer cette reuvre à la fois naïve et savante, qui est plus qu'une promesse, qui est déjà un gage.
Pérouse ne' fut pas la seule ville ombrienne qui favorisa les débuts du plus brillant d'entre les élèves du Pérugin. Città di Castello, qui avait précédemment fait appel au talent de Lucas Signorelli et de Pinturicchio offrit au jeune étranger une hospitalité non moins cordiale. Les seigneurs de cette ville, les Vitelli, étaient alors les alliés du duc d'Urbin. A un moment donné, au mois de décembre i5o2, le souverain légitime de Raphaël, le duc Guidobaldo, se réfugia chez eux pour échapper à César Borgia sa fuite fut tellement précipitée, qu'il ne mit qu'un jour pour franchir la distance entre Urbin et Città di Castello\ Ce fait, que les biographes de Raphaël semblent n'avoir pas remarqué, explique jusqu'à un certain point comment celui-ci se trouva si vite à son aise dans ce milieu. Il n'v vint probablement qu'après le séjour de Guidobaldo; bien plus, après que la ville, momentanément occupée par César Borgia, eut été rendue à elle-même, grâce à la mort d'Alexandre M (18 août ir>o3i. Sur la foi d'une assertion assez légèrement émise par l'abbé Lanzi, on a cru que les ouvrages exécutés pour Città di Castello appartenaient tous, à l'exception du Sposali:[io, à l'année i5oo. Mais comme le Sposali-{io est daté de i 304, on sera plus près de la vérité en adoptant une date peu différente pour l'ensemble de ces productions. En i5oo, on l'a vu précédemment, Raphaël venait à peine d'en-
I. On ;i cru que liramantc avait cgalcmcnt tra\ aille à Città di Castello, mais M. de Gey- ML't.i.ER, dont le jugement est d'un si grand poids en ces matières, fait honneur de la construction du dôme à l'architecte Fllia di Bartolomnieo Lombarde) [les Projets primitifs pour la basilique de Saiiit-Pierrc de Rome, p. io5). — Pontam, dans ses Opère architettoniche di Raffacllo San^io (Rome, 1845, p. ô), a échafaudé tout un roman sur la prétendue rencontre de l^ramanl.- et Je Raphaël à Città ili CastelU).
LE COURONNEMENT DE SAINT NICOLAS. io3
trcr dans l'atelier du Pcrugin; aurait-on dès lors confié des ouvrages si importants à un étranger absolument inconnu? En i5o3 et en 1604, au contraire, sa réputation était déjà solidement établie dans l'Ombrie, et la voix publique le désignait au choix des habitants de Città di Castello.