LA COUR D'URBIN EN
princesse, le futur duc François-Marie d'Urbin '. Notons enfin le témoignage de l'architecte Serlio, qui range la duchesse Elisabeth à côté des deux plus illustres protecteurs de Raphaël, Jules II et Léon X : « Si la vertueuse duchesse Isabelle (sic, pour Elisabeth) d'Lîrbin n'avait pas d'abord élevé et mis en lumière le divin Raphaël encore jeune, si Jules II ne l'avait ensuite si brillamment récompensé, de même que Léon X, père et protecteur des beaux-arts et de tous les artistes de valeur, certes il n'aurait pas pu porter la peinture à un tel degré de splendeur, ni laisser un si grand nombre de ihefs-d'cieuvre de peinture et d'architecture '. »
Il est possible que Raphaël se soit aussi lié, dès cette époque, avec Balthazar Castiglione. Nous savons en eflet que l'auteur du Courtisan visita Urbin dès i5o4; il 3' arriva le (1 septembre de cette année ', ainsi avant le départ de Raphaël pour Florence, départ qui, si nous en jugeons par la date de la lettre de recommandation qui lui fut remise par la duchesse Jeanne délia Rovere, eut lieu au commencement du mois d'octobre.
Malgré leur sA'mpathie pour les arts, Guidobaldo et son entourage se montraient assez sobres d'encouragements directs, de commandes proprement dites. Pour qui se rappelait les grandes fondations de Frédéric, le rôle joué par le nouveau duc devait paraître bien etlacé. Il nous serait difficile de citer un seul artiste de valeur attaché à sa maison, en dehors de Timoteo Viti et du sculpteur Giovanni Cristoforo Romano. Aussi Raphaël ne trouva-t-il pas dans sa ville natale ces enseignements, ces incitations, que Sienne et Florence lui offrirent en si grande abondance à peu de semaines d'intervalle. L'initiation qu'il allait recevoir à Urbin était d'une nature dirterente : des juges impartiaux estiment qu'elle n'avait pas moins de prix. Être associé, au sortir de l'atelier du Pérugin, au sortir de ce milieu bourgeois, à toutes les jouissances intellectuelles de la cour la plus brillante qui fût alors en Europe, n'était-ce donc pas là un bonheur suprême pour cette âme vibrante?
1. Dans sa lettre adresse'e en i5o8 à son oncle Simon Ciarla, Raphaël le prie instamment de le recommander à ce personnage comme son ancien serviteur et familier : « a quelle me ricomandate infinité volte come suo anticho servitore et familiare «.
2. « Et se la virtuosa duchessa Isabella d'Urhino non havesse prima alzato et messo su il divin Raphaello nella sua gioventù, et poi Julio pur H che gli fu gran remuneratore, et ultimamente Leone X, padre et protettore di tutle le belle arti et di tutti i buoni operatori, certo ch' ei non harebbe potuto alzare la pittura a quel splendore ov' egli la condusse, ne havria lasciate tante opère cosi mirabil di pittura et d'architettura, comme si vedono. » [Regole generali di architettura, liv. IV; Venise, 1544, fol. 11.)
3. DuMKSNiL, Histoire des plus célèbres am.itciirs italiens et de leurs relations avec les artistes; Paris, i853, p. 22.
Au contact de cette société d'élite, les idées de l'artiste prirent une distinction, une élévation, que l'Ombrie n'aurait jamais su leur donner. 11 se familiarisa rapidement avec les plus hautes questions de philosophie et de morale, en même temps qu'il apprit à aimer la littérature classique, et qu'il acquit ces connaissances si bien désignées sous le nom d'humanités. Enfin, et un pareil avantage n'était nullement à dédaigner, la fréquentation de Castiglione et de tant d'autres personnalités éminentes développa chez lui cette urbanité qui lui conquit autant d'amis que son talent lui valut d'admirateurs. Nous ne craignons
DESSIN DE l'École de léonard de vinci (Représentant un des clicvniix antiques du Qiiirinal.)
pas d'affirmer qu'il devint à son toui" un type accompli du parfait « courtisan ». Peut-être même se souvint-il de l'exemple de son père, le poète peintre, et prit-il part aux exercices poétiques de la cour. On sait du moins que, dans la suite, il s'essaya dans le sonnet, ce genre difficile entre tous.
En fait de peinture, la cour d'I ^rbin fournissait à Raphaël des motifs de composition variés et pittoresques. Les doctes conversations dirigées par la duchesse P'iisabeth, les représentations théâtrales, les souvenirs, si souvent inv(X]ués, de l'antiquité classique, tentaient tour à tour son pinceau. Il pouvait, comme Mantègne le fit, vers la même époque, pour la bclle-s(ieur d'Elisabeth, la marquise Lsabelle de Mantoue, célébrer Apollon présidant sur le Parnasse aux danses des Muses, retracer,