‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 8 sur 327 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ne fermons pas ce recueil sans comparer récriture de Raphaël à celle de ses contemporains : elle se distingue par son élégance et sa correction; il n'y a plus rien de gothique dans ces caractères allongés, à la fois si fiers et si gracieux. On voit que le jeune peintre d'Urbin était habitué à manier la plume aussi bien que le crayon. A côté de ces connaissances tout élémentaires, l'enfant apprit sans doute les rudiments du latin. L'étude de cette langue, que les Italiens n'ont pas cessé de cultiver, et qu'ils honorent aujourd'hui encore presque à l'égal de leur langue nationale, ne se bornait pas, au quinzième siècle, au cercle étroit des humanistes de profession. Du temps du duc Frédéric, toute la cour, y compris la seconde femme de ce prince, Battista Sforza, s'en servait pour soutenir les mémorables discussions qui s'engageaient chaque jour sur les sujets les plus graves, les remèdes de l'amour, la supériorité du style de Cicéron sur celui de saint Thomas d'Aquin, etc., etc.'. Sans parler de ces érudits qui s'appelaient L.-B. Alberti, Frà Giocondo et autres, il n'était guère d'artiste qui n'en eût retenu quelques bribes. Mantegna mêle, comme inconsciemment, des phrases latines à ses lettres italiennes-. Giuliano da San-Gallo s'est composé, dans son calepin de la bibliothèque de Sienne, un alphabet spécial à l'aide des beaux caractères épigraphiques qu'il a relevés sur les monuments de l'ancienne Rome . Benedetto da Majano avait dans sa bibliothèque un certain nombre de livres latins, et Léonard de Yinci cité à chaque instant des ouvrages écrits dans la même langue. Le Pérugin, qui se distinguait cependant par son ignorance, se serait cru déshonoré en ne se servant pas du latin pour signer et dater ses ouvrages, et, chose digne de remarque, toutes ces inscriptions sont correctes'. Il n'est pas jusqu'aux formules de politesse placées au commencement et à la fin des lettres, ainsi qu'aux adresses, pour lesquelles les artistes, je parle de ceux qui avaient le moins de prétentions, n'aimassent à faire usage d'une langue alors si universellement honorée. Admettra-t-on que Raphaël, qui dans la suite donna des preuves si remarquables de son savoir, n'ait pas du moins ouvert cette grammaire latine que "N'enturi fit

1. Dki.ahordk, Etudes sur les beaux-arts en France et en Italie, t. I, p. 147.

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