‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 9 sur 327 · Lcttere pittoridie, c'dition Ticozzi, t. \'\\\, p · texte numérisé non relu

Lcttere pittoridie, c'dition Ticozzi, t. \'\\\, p

On n'en saurait dire autant de tous ses contemporains. Le médailleur Pierre de Milan inscrit bravement sur le revers de la me'daille représentant le roi René' : Opus Petrus de Me~ diolano. (Un ami obligeant dut lui faire remarquer le solécisme dont il s'était rendu coupable, car sa médaille de la reine Jeanne de Laval porte l'inscription, cette fois-ci correcte, de Opus Pétri de Mediolano.) Le tapissier Benoît de Milan écrit un latin plus barbare encore : Ego Beneditus de Mediolani hoc opus fecit con sociis suvis. Mais ces fautes mêmes ne montrent-elles pas combien l'usage de la langue de Cicéron et de Virgile était répandu."

imprimer, à Urbin même, en i4()4? Une telle hypothèse paraîtrait bien peu vraisemblable. Qu'on ne nous objecte pas que plus tard il fit traduire Vitruve pour son usage personnel par son ami F\tbio Calvi de Ravenne. Autre chose est de connaître sommairement une langue, autre chose d'être familiarisé avec les termes techniques qui abondent dans le Traité d'architecture. Nous pouvons donc maintenir, jusqu'à preuve du contraire, que le fils de Giovanni Santi apprit autant de latin qu'en savaient la plupart de ses confrères. On ne nous taxera pas non plus de témérité si nous supposons que la lecture de V Ancien et du Nouveau Testament, celle de la Divine Comédie de Dante, peutêtre aussi celle de la Légende dorée, ne tardèrent pas à prendre place à côté du déchiffrement des auteurs classiques. Dans la suite nous verrons Raphaël faire également connaissance avec le Morgante maggiore de Pulci. Plus tard encore, il tira de VEnéide de Virgile, des Métamorphoses d'Apulée et des Stan^^e délia giostra de Politien le sujet de compositions d'une grande importance.

La mort de son père ne priva pas seulement Raphaël d'un protecteur, d'un guide, dont la perte était irréparable, elle le força encore d'assister à d'âpres discussions d'intérêt. Son oncle et tuteur, dom Bartolommeo,et sa belle-mère, qui avait mis au monde une fille, à laquelle on donna le nom d'Elisabeth, troublèrent plus d'une fois la maison par leurs réclamations réciproques. A diverses reprises, la justice dut intervenir. Sans vouloir tirer de ces faits des conclusions trop défavorables sur le caractère de la veuve de Giovanni Santi, qui était presque une enfant au moment de son mariage, nous devons faire observer que dans la suite, une fois sorti de ce milieu, Raphaël ne semble avoir eu avec sa belle-mère et avec sa sœur consanguine que des rapports passablement froids; jamais il ne fait mention d'elles dans ses lettres. Heureusement l'orphelin trouva des consolations dans la famille de sa mère; son oncle Simon Ciarla surtout lui témoigna une aifection qu'il n'oublia pas. Lorsque dans ses lettres Raphaël l'appelle « cher à l'égal d'un père » [carissimo in loco di padré), c'est là plus qu'une de ces formules épistolaires alors si usitées : c'est l'expression d'une gratitude que l'artiste reporta sur les fils de Simon, ses cousins. Sa tante Santa, la sœur de Giovanni Santi, qui continua d'habiter la maison après la mort de son frère, s'occupa sans doute aussi de lui avec sollicitude. Raphaël lui recommanda plus tard un de ses plus chers amis, le Florentin Taddeo Taddei, qui se proposait de faire un voyage à Urbin, Sa

protection était irrévocablement acquise aux membres de la famille. En i5iQ encore, il fit d'activés démarches pour obtenir un bénéfice destiné à un de ses parents (le document dit son frère). On aime à voir l'immortel peintre des « Stances » conserver, à la cour des souverains les plus magnifiques, et l'esprit plein des pensées les plus sublimes, un souvenir affectueux à ces braves gens qui le chérissaient sans le comprendre, leur écrire fréquemment, solliciter leur avis, leur confier ses intérêts, leur léguer sa fortune. Quelque profond que fût l'abîme qui les séparait de lui au point de vue intellectuel, il ne cessa de leur réserver une place dans son cœur. (Vasari, édit. Milanesi, t. IV ^ p. 388.)

Disons, avant d'aller plus loin, que l'attachement de Raphaël pour son pays natal n'était pas moins vif. Une correspondance assidue le tenait au courant de tout ce qui se passait à Urbin. Quoique ses souverains n'eussent rien fait pour l'attacher d'une manière durable à leur service, il ne leur en témoignait pas moins d'affection. Lors de la mort du duc Guidobaldo, il écrivit à son oncle Simon qu'il n'avait pu apprendre sans larmes cette triste nouvelle. A Rome, où la colonie urbinate était fort considérable, ses compatriotes formèrent sa société favorite. Outre Bramante, Timoteo Viti et Girolamo Genga, il y cultivait particulièrement Balthazar Castiglione, Bembo, Bibbiena et Julien de Médicis, c'est-à-dire ceux qui, en i nob et en iSoy, avaient fait l'ornement de la cour de Guidobaldo et d'Elisabeth. Il eut également la satisfaction d'y revoir, à plusieurs reprises, le nouveau duc, Erançois- Marie délia Rovere, et sa femme, puis la vieille duchesse Jeanne, qui l'avait recommandé en termes si chaleureux à Pierre Soderini, et enfin, en i5i(), la duchesse Elisabeth, dépouillée de ses Etats par Léon X. A Rome encore, nous le trouvons en relations avec un riche amateur d'L^rbin, messire Giovanni-Antonio Battiferro, pour lequel il décora un superbe palais situé dans le Borgo. et que, dans son testament, il inscrivit parmi ses légataires. On voit l'artiste pousser la fidélité à ses souvenirs jusqu'à se faire recevoir membre, en i5i4, de la confrérie du Corpus Domiui, d'Urbin, jusqu'à s'intéresser, on pourrait presque dire se compromettre, pour un de ses compatriotes mis en prison parce qu'il avait ^•oulu soulever le peuple en fa\eur du duc François-Marie délia Rovere, victime de l'odieuse politique de Léon X'. Aussi, avec quel légitime orgueil pouvait-il dire, dans une

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