‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 91 sur 327 · LA VIERGE DE LA MAISON C O L O N N A · texte numérisé non relu

LA VIERGE DE LA MAISON C O L O N N A

(Muséi; de Berlin.)

supérieures, une beauté qui rappelle, niais d'assez loin, celle des Vierges de Léonard, et cette douceur qui reflétait le caractère même de Raphacl.

La touche un peu épaisse (les Italiens disent pastosa) de la Madone de Terraniiopa jure avec la légèreté des glacis qui dominent dans la Madone de la maison Colonna et dans la Belle Jardinière. Le coloris ne manque ni de vigueur ni de chaleur. Il est fâcheux que le tableau ait tant soulVert et qu'il soit plein de repeints et d'embus.

La Madone de Terranuova a été acquise par le roi de Prusse en 1854, pour la somme de 3o 000 écus, du duc de Terranuova, de Gènes, dans la famille duquel elle se trouvait depuis un temps immémorial.

Dans la Vierge dans la prairie, au Belvédère de A'ienne, Raphaël prend une brillante re^■anche. En ce qui concerne les types, l'expression et le coloris, cette teuvre a été conçue sous l'influence de Léonard. Mais l'ordonnance du tableau appartient tout entière à Raphaël ; de nombreuses études préliminaires montrent avec quelle sollicitude il l'a préparée, au prix de quels efforts il Ta réalisée : elles marquent une étape importante dans la voie poursuivie par le jeune maître. Pour la première fois, nous le voyons appliquer ce groupement en forme de triangle dont il avait si longtemps cherché la formule, de concert avec son ami Frà Bartolommeo. Rien de plus simple, en apparence, que la composition du tableau. Au centre, la ^^ierge, assise, se retourne légèrement vers la gauche par un mouvement d'une grâce inexprimable, et arrête ses regards sur les deux enfants placés devant elle. Elle guide les pas encore mal assurés de son hls, qui s'avance vers le petit saint Jean pour lui tendre une croix, que celui-ci reçoit à genoux. Le dessin des deux enfants, hàtons-nous de le dire, prête à la critique, il n'est pas exempt de lourdeur. Les traits de saint Jean surtout manquent de ' finesse et de distinction, défaut qui dépare également les enfants de la Madone de Terraniiora et de la Sainte Famille exécutée vers la même époque pour le couvent de Saint-Antoine, à Pérouse. Mais quelle beauté accomplie dans la figure de la ^'ierge! Comment décrire cette physionomie à la fois douce et fière, le galbe de ces épaules que la robe laisse à découvert, l'élégance de ces mains souples et effilées! Raphaël a dérobé ici à Léonard le secret de la grâce. Il s'est inspiré de lui avec non moins de succès dans le beau paysage qui encadre la composition. La végétation toutVue du premier plan (^de là le titre de Vierge dans la prairie donné au tableau) forme le plus heureux contraste avec l'admirable panorama du fond, avec ce lac, cette ville, ces montagnes, que le soleil couchant enveloppe de ses chaudes et sereines lueurs.

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