LA VIERGE DANS LA PRAIRIE
(BsIvcJùrc de Vienne.)
que ne le sont d'ordinaire ceux de Raphaël, complète ce tableau, qui offre l'image du calme et du bonheur le plus parfait. Au premier plan, comme d'ordinaire, un gazon émaillé de fleurs; plus loin, des arbres élancés, au feuillage rare; au fond, un pont formé d'une seule
arche, des collines boisées, une ville, et enfin des montagnes abruptes. Peut-être retrouverait-on dans les environs de Florence ce site si pittoresque.
Nulle trace d'effort dans la Madone au chardonneret , et cependant l'artiste a longuement cherché ce groupement , qui nous paraît si élégant, si facile. Quatre dessins conservés à Oxford (Robinson, n"' 4-, 48, 49) et à Vienne, un autre conservé au musée Wicar, abstraction faite des dessins perdus, nous montrent les phases par lesquelles la composition a passé avant d'aboutir au tableau. Dans une première esquisse, la Vierge, assise, lit attentivement dans un livre qu'elle tient de la main droite, tandis que sa gauche pend négligemment le long du corps de son enfant, debout devant elle. Celui-ci cherche à saisir le volume et à attirer ainsi sur lui l'attention de sa mère. Le petit saint Jean manque encore. Dans un second dessin, l'artiste fait un pas de plus. Cette fois la composition comprend déjà les trois figures, mais l'idée dominante de la scène diffère encore. La Vierge tient les regards fixés sur son fils, qui semble épeler dans le livre posé sur les genoux de sa mère, saint Jean écoute d'un air recueilli. On remarquera qu'ici, comme dans la composition définitive, l'enfant Jésus a le pied droit posé sur le pied droit de sa mère.) Dans l'intervalle, Raphaël se décide à combiner avec cette scène un motif qu'il avait déjà traité antérieurement : saint Jean présentant à son jeune compagnon l'oiseau qu'il vient de prendre. Chacun des dessins suivants nous montre un progrès de plus : substitution du chardonneret au livre, qui de la main droite de la Vierge passe dans sa main gauche; changement dans le rôle de saint Jean, qui, de simple auditeur, devient l'acteur principal de la scène; modification dans l'attitude de l'enfant Jésus, modification dans celle de la ^^ierge, dont la tète, d'abord inclinée, se redresse et domine l'ensemble avec une majesté douce et sereine.
On admirera la multiplicité de ces efforts, non moins que la variété des ressources mises en œuvre par l'artiste. Chacune de ses idées aurait pu servir de base à un tableau intéressant, et un maître moins scrupuleux se serait arrêté dès la première tentative, désespérant de trouver mieux. Mais pour Raphaël, ces nombreuses esquisses, dont chacune, prise isolément, a la valeur d'une composition originale, ne servent que d'acheminement à l'œuvre définitive. Tout entier à l'idée qu'il poursuit, il sème sans regret, le long de la route, des trésors qui auraient fait la fortune de vingt peintres distingués. Il y a lieu de modifier sur ce point le jugement, d'ailleurs si S3'mpathique, porté par le plus éminent des
LA VIERGE AU CHARDONNERET. 2o5 amateurs du siècle dernier, P.-J. Mariette dans son Abccedario (t. IV,