‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 96 sur 327 · I. A VIERGE AU CHARDONNERET · texte numérisé non relu

I. A VIERGE AU CHARDONNERET

(MusL-e des Offices.)

p. 263) : « Les autres, dit-il, jettent sur le papier leurs premières pensées, et l'on s'aperçoit qu'ils cherchent. Raphaël, au contraire, en

mettant au jour les siennes, lors même qu'il paraît entraîné par la véhémence de l'imagination, produit du premier coup des ouvrages qui sont déjà tellement arrêtés, qu'il n'y a presque plus rien à y changer pour y mettre la dernière main. » Oui, les idées que Raphaël jette sur le papier paraissent parfaites du premier coup, mais le maître, et c'est là ce qui fait sa grandeur, cherche, cherche toujours. Le public est dans l'admiration; lui, a placé son idéal encore plus haut. N'est-ce pas lui qui disait, dans cette admirable lettre adressée à Castiglione : « Vu la rareté des bons juges et des belles femmes, je me sers d'une certaine idée qui se présente à mon esprit. J'ignore si cette idée a quelque valeur au point de vue de l'art; tout ce que je sais, c'est que je m'elîorce de lui en donner une. »

La Madone au chardonneret fut peinte pour Lorenzo Nasi, auquel l'artiste l'offrit comme cadeau de noces. « Nasi, dit Vasari, s'étant marié vers cette époque, Raphaël peignit pour lui un tableau dans lequel il représenta entre les genoux de la Madone l'enfant Jésus à qui le petit saint Jean, tout joyeux, présente un oiseau, à la grande satisfaction des deux enfants. » Le biographe ajoute que Nasi conserva précieusement cette œuvre, qui lui était chère à cause de l'amitié qu'il portait à Raphaël et à cause de sa haute perfection. Malheureusement, un tremblement de terre faillit détruire ce joyau. Le 12 novembre 1647, le palais de Nasi s'écroula, entraînant avec lui la Vierg-e au chardonneret, qui fut brisée, réduite en morceaux. Le tableau aurait été irrévocablement perdu sans l'ardeur avec laquelle les possesseurs firent rechercher tous les fragments, sans la patience avec laquelle on les rapprocha et les rejoignit. Grâce à leur sollicitude, l'œuvre a été reconstituée et garde à peine des traces de ses nombreuses blessures. Elle fait aujourd'hui l'ornement de la Tribune du musée des Offices'.

La plus parfaite peut-être des Madones exécutées à Florence, et à coup sûr la plus célèbre, la Belle Jardinière, du Louvre, forme comme le résumé des tendances poursuivies par le maître dans ses compositions antérieures. Le paysage joue ici un rôle prépondérant. Raphaël y a laissé un libre cours à son enthousiasme pour les beautés de la nature. Il s'est arrêté à peindre avec une joie naïve les touffes d'herbe, les plantes, les ileurs du premier plan (fraisiers, euphorbes, géranium des prés, plantins) : les Yim Eyck ne leur auraient pas donné plus de précision, de fraî-

I. A côté de la Vierge au chardonneret, la galerie des Offices expose, e'galeiiient sous le nom de Raphaël, un tableau qui ti'a rien de coniuuui a\'ec le maître, la Madonna del Po^^o.

cheur, de parfum. Mais, en vrai fils de l'Italie, Raphaël ne sacrifie pas l'ensemble aux détails; ses plans sont établis avec une sûreté magistrale : à gauche, à une certaine distance, un bouquet de frênes, aux branches minces et flexibles, au feuillage encore rare, comme dans les premiers jours d'avril; à droite, un village; plus loin, un lac dont les eaux limpides et tranquilles baignent le pied de montagnes bleues, derrière lesquelles s'étendent d'autres montagnes dont les teintes vapo-

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