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CHAPITRE PREMIER

L'Enfance de Raphaël. — Se9 Séjours à Urbin, à Pérouse, à Città di Castello et à Sienne.

Raphaël Santi ou Sanzio naquit à Urbin, le vendredi saint (28 mars) de l'année 1483 ; il mourut à Rome, en 1520, un vendredi saint égale ment (6 avril), âgé de trentesept ans seulement. Sa vie fut des plus simples, des plus unies ; depuis l'adolescence jusqu'à sa fin précoce, il marcha de triomphe en triomphe. Quant à l'œuvre qu'il créa en un si court espace de temps, il est d'une richesse incomparable : on n'y compte pas moins d'une cinquantaine de Vierges et de Saintes Familles, une douzaine de tableaux consacrés à la vie du Christ, autant consacrés à des saints, environ vingt-cinq portraits, puis le gigantesque ensemble des fresques des Stances du Vatican, des Loges, de la Farnésine, les cartons des tapisseries représentant les Actes des Apôtres et des mosaïques de la chapelle Chigi représentant les Planètes, ppur ne point parler des tableaux mythologiques ou allégoriques, des innombrables dessins, des travaux comme architecte et comme sculpteur.

Une fois de plus, Fauteur du présent volume s'attaque au glorieux maître urbinate (1) ; une fois de plus, il essaie de pénétrer dans le secret de son génie, d'en dégager les qualités maîtresses. Si multiple et si variée, en effet, est l'organisation de Raphaël que le même critique peut y revenir à plus d'une reprise, sans craindre d'en épuiser toutes les faces, sans craindre aussi de se répéter.

Quelques mots d'abord sur la cité qui a donné le jour au prince des peintres. Isolée dans les Apennins, à 430 mètres d'altitude, Urbin forme comme une enclave entre trois des principales provinces de l'Italie: les Marches, l'Ombrie, la Toscane. Le chemin de fer n'a pas . encore fait son apparition sur ces hauteurs, et c'est, soit de Gubbio, soit de Pesaro, que l'on s'y rend en « vettura » ou en diligence. En partant de Pesaro, on traverse un pays accidenté, inégal, mais des plus fertiles, semé d'arbres fruitiers. Des haies, dans lesquelles le chèvrefeuille domine, bordent la route, merveilleusement entretenue, comme toutes celles de l'Italie. Au fur et à mesure que l'on avance, le paysage devient plus sauvage. Des gorges et des ravins alternent avec des rochers privés de végétation. Après une longue montée on aperçoit enfin, au sommet d'une montagne, la vieille ville ducale, posée

(1) Le lecteur me permettra de le renvoyer, pour de plus amples détails, à mes travaux antérieurs : Raphaël, sa vie, son œuvre, son temps (Paris, Hachette : 2 e édition, 1886; 3 e édition, 1900) ; les Historiens et les Critiques de Raphaël (Librairie de l'Art, 1883); enfin les Tapisseries de Raphaël au Vatican et dans les principaux musées ou collections de l'Europe (Paris, Rothschild, 1897).

en travers du chemin, comme pour arrêter la marche d'une armée envahissante. Vers le soir, bien que le soleil ait disparu à l'horizon, le ciel est tout empourpré encore, et les églises, palais, tours ou toitures se détachent en fières silhouettes.

Urbin est le type de toute une série de villes de montagnes, dans lesquelles Raphaël fit des apparitions plus ou moins longues : Pérouse, Città di Castello, Sienne ; elle est inexpugnable grâce à sa position, et tire sa physionomie si pittoresque du site autant que des monuments. Dans les rues, montueuses, escarpées, surgit, de distance en distance, quelque noble édifice, et par-dessus tout le splendide palais des Montefeltro, construit au xv e siècle, par le duc Frédéric : ce chef-d'œuvre de Fart de bâtir, avec ses lignes amples et harmonieuses, ses salles monumentales, sa riche décoration, projette un rayonnement sur la ville entière et lui imprime un souverain cachet de distinction. Devenu propriété municipale, le palais est aujourd'hui comme un sanctuaire consacré à la gloire de Raphaël : il abrite, en même temps qu'un musée de tableaux contemporains du grand peintre, la « Reale Accademia Raffaele ». Mais, avec plus d'émotion encore, tout ami des arts visitera, dans une rue montante, d'une belle allure, la demeure où est né et où a grandi le Sanzio, modeste maison en pierre, à deux étages, mais décente, où la piété publique a réuni les trop rares reliques laissées à Urbin par le plus glorieux de ses fils.

Urbin était alors une cité éminemment guerrière et

aristocratique. Ses souverains — à quoi bon le dissimuler! — faisaient profession de «condottieri», vendant leur épée au plus offrant. Pour eux, Fart de la guerre était un métier, et des plus lucratifs, grâce auquel ils purent vivre luxueusement, s'entourer d'une cour brillante, et, qui mieux vaut, encourager les lettres, les arts, les plus nobles jouissances de l'esprit. Ils mettaient d'ailleurs dans leurs entreprises militaires un esprit de suite et des procédés chevaleresques qui les distinguaient des vulgaires officiers de fortune.

Comme l'industrie ne pouvait guère prospérer dans cette ville de montagnes, éloignée de tout cours d'eau, ni le commerce non plus, les subsides accordés aux Montefeltro par leurs commettants formaient, avec l'exploitation agricole, l'unique source de richesse de la petite capitale. On juge si celle-ci dut décliner, une fois réduite à la seule culture des champs ! Néanmoins, aujourd'hui encore, cette race, jadis si vaillante, se distingue par un mélange de dignité et de douceur qui lui conquiert la sympathie du touriste.

A l'époque où Raphaël vit la lumière du jour, Urbm recevait un lustre tout particulier de ses nobles souverains, le duc Frédéric de Montefeltro (+ 1482) et son fils le duc Guidobaldo.

Du père de Raphaël, Giovanni Santi, il y a peu à dire : cet homme excellent et ce peintre très médiocre naquit à llrbin vers 1446 et y mourut en 1494, laissant son fils,

unctiô uanuiaengi.

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