LE SONGE DU CHEVALIER
(National Gallery de Londres.)
RAPHAËL. il
qui n'avait que onze ans, livré aux soins d'une belle-mère (la mère de Raphaël était morte en 1491 et Giovanni s'était remarié) et de plusieurs oncles.
Ce qui reste des tableaux de Santi donne l'idée d'une nature douce et molle, un peu rêveuse, sans originalité et sans ressort. C'était un éclectique, qui s'inspirait tour à tour des Ombriens, comme lePérugin, et de Melozzo da Forli, qui était lui-même l'héritier du grand Andréa Mantegna. Santi s'essaya également dans la poésie ; il nous a laissa une Chronique rimée, mortellement ennuyeuse, dans laquelle il raconte le règne de son protecteur le duc Frédéric.
Nous voilà édifiés sur la valeur des enseignements que le brave Santi pouvait donner à son fils.
Mais Raphaël lui-même était-il bien l'enfant de génie que la légende nous montre depuis quatre siècles ?
Certes, au point de vue de l'aménité du caractère, de la gentillesse des manières, de la vivacité de l'intelligence, on peut affirmer qu'il promettait dès lors tout ce qu'il a tenu ; mais en tant qu'artiste, son développement fut relativement lent et laborieux, à supposer que Ton puisse reprocher la lenteur à un peintre qui, à vingt et un ans, peignait un chef-d'œuvre tel que le Mariage de la Vierge, du musée de Milan !
A côté des œuvres de son père, Raphaël, littéralement livré à lui-même, sans direction aucune, étudia les peintures laissées à Urbin par un peintre flamand,
nommé Juste de Gand. Nous avons la preuve de ces imitations dans les dessins du fameux recueil de l'Académie de Venise (1) : le débutant y a copié les portraits de philosophes et de savants peints par Juste pour la bibliothèque du palais d'Urbin, portraits dont une partie est aujourd'hui conservée au Louvre, et l'autre, au palais Barberini à Rome.
Qui ne connaît ces esquisses timides, parfois encore enfantines, que la photographie a depuis longtemps répandues ?
La plus célèbre est le Massacre des Innocents, d'une si fière tournure, malgré l'inexpérience du trait, et, qui plus est, malgré l'ignorance des mouvements de l'âme : est-il rien de plus contraire à la vraisemblance que ce bourreau calme, impassible comme un soldat à la parade, s'apprêtant à transpercer de son épée une jeune mère qu'il tient par les cheveux! — Ce dessin a dû prendre naissance, au plus tôt, vers 1495. Raphaël comptait alors une douzaine d'années.
A travers les tâtonnements, quelque timides qu'ils soient, percent déjà un goût inné pour les belles lignes, la vivacité de l'invention, quelque chose de tendre et de libre tout ensemble, bref la flamme du génie. Tout en s'ingéniant à reproduire pieusement les modèles qu'il a sous
(l) Certains savants ont contesté dans ces derniers temps l'authenticité du recueil de Venise, cet album inappréciable, dans lequel le jeune Raphaël a consigné ses premières impressions; mais leurs arguments ne soutiennent pas l'examen : par leur facture comme par leur contenu, les dessins de Venise ne peuvent être que de la main du Sanzio.
Cliché Aliuari.