‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 108 sur 133 · Au château d'Onzain, près de Blois · texte numérisé non relu

Au château d'Onzain, près de Blois

gagné de l'embonpoint, mais ne s'est pas alourdi et n'a rien perdu de son accentuation caractéristique. Les traits ont conservé de la jeunesse. Une barrette, qui prend la forme du crâne, laisse paraître les cheveux, qui maintenant sont coupés court, de manière à dégager le front, dont la ligne est droite et ferme. L'œil est vif, la bouche spirituelle, l'oreille petite. On lit autour du buste : ivlianvs . rvvere . s . pétri . ad . vingvla . car-

DINALIS . LIBERTATIS . ECCLESIASTICE . TVTOR. G'cst aU

Prolecteur de la liberté de V Église qu'est dédiée cette médaille. Au revers est une galère naviguant sur une mer agitée. Entre les deux mâts, dont les voiles sont carguées, une femme, la bouche entièrement enlacée de bandelettes, est assise et caresse un chien; un pélican se tient à la proue, tandis qu'à la poupe veille un coq. Au-dessus de cette composition allégorique on lit : viTA . svPERA, et au-dessous : opvs . sperandei*.

\, Sperandio, éminent graveur en médailles, naquit à Mantoue en 1447, et mourut en 1528. Les dates de ses œuvres sont comprises entre 4 472 et 1490. Les personnages principaux dont il a fait des médailles sont : André Bentivoglio, qui fut gonfalonier de justice à Bologne, de 1475 à 1488, et qui mourut à Milan en 1491 ; Jean II Bentivoglio, qui régna sur Bologne de 1462 à 1506; Antoine Galeas Bentivoglio, fils de Jean II, protonotaire apostolique en 1485; Hercule d'Esté, duc de Ferrare, en 1471, et sa femme Éléonore d'Aragon; Sigismond d'Esté, né en 1438, mort en 1507; le cardinal François Gonzague, qui mourut en 1483; le marquis de Mantoue, Jean-François II Gonzague; Galeotto Manfredi, seigneur de Faënza, qui fut tué en 1488; le duc d'Urbin, Frédéric de Montefeltro; François Sforza, duc de Milan, en 1450; le doge de Venise, Augustin Barbarigo; etc., etc. Outre les médailles incon-

C'est vers un but supérieur que tend le frêle esquif, et la discrétion, la fidélité, le dévouement, la vigilance accompagnent le mystérieux navigateur. Le légat pontifical avait-il pris avec lui un lest suffisant de toutes les qualités prudentes dont le graveur en médailles a si abondamment pourvu sa barque? A voir le résultat de la négociation, il est permis d'en douter. Que Sperandio ait fait acte de justice ou œuvre de courtisan, il n'en a pas moins laissé un excellent portrait, où s'accusent avec clarté la ressemblance physique et le caractère moral du futur pape.

Trois ans se passent (1480-1483), trois ans durant lesquels le chef de l'Eglise accumule de nouvelles richesses sur la tête du cardinal de Saint-Pierre-aux- Liens, qui devient abbé de Nonantola et reçoit en même temps les évêchés de Bologne, d'Ostie et de Velletri... Au point de vue des mœurs, Julien délia Rovere ne valait ni mieux ni moins que la plupart des cardinaux de son temps. 11 avait trois filles naturelles : Julie, sur le compte de laquelle l'histoire ne dit

tëstables et inconlestées, on attribue à Sperandio les médailles « au revers de l'Espérance », Dans ces médailles, l'espérance est symbolisée par une femme debout, les mains jointes et les yeux tournés vers le ciel, avec cette légende : spes ou ispero in dio, que l'on regarde comme une signature de Sperandio. Cependant, ainsi que le fait très bien observer M. Armand, le caractère du travail n'est pas du tout le même dans Jes médailles signées Sperandio et dans celles du maître inconnu que les graveurs appellent « le Médail- LEUR A l'Espérance ». (M. Alfred Armand, les Médailleuî^s italiens des xv^ et xvi« siècle, p. 42.)

mot; Félicie, qui épousa Giangiordano, fils de Gentile Virginio Orsini, seigneur de Bracciano; Clarice, qui fut mariée à Gristofano del Bulfalo. Quant à ses nombreux évêchés, il leur faisait rendre les plus gros profits possibles, et il en trafiquait même à l'occasion. C'est ainsi qu'en i/|83 il céda son évêché de Monde au plus jeune de ses frères, Clément délia Rovere^ Une médaille, frappée à cette occasion, nous donne, d'un côté, le portrait du cédant, de l'autre côté le portrait du cessionnaire\ Le buste du cardinal Julien, en simple rochet, se montre ici de profil à droite. La tête qui, depuis i/l80, n'a pas vieilli, est en pleine possession de sa force et de son intelligence. Les cheveux, coupés en couronne autour de la grande tonsure, sont un peu plus longs que dans la précédente médaille. Il y a, d'ailleurs, entre les deux bustes des médailles de 1480 et de .l/i84, les plus grandes analogies de traits et de caractères. Dans le second, cependant, la bouche est plus contractée, d'un accent plus vif et d'un sentiment moins contenu. L'ensemble de la physionomie a quelque chose de décidé qui confine presque à la violence. On lit autour de ce portrait : jvlianvs eps.ostien.

1. L'évêché de Mende {Mimate, Mimalum Gabaloi^um) avait été donné, en 1478, au cardinal Julien. Clément délia Rovere, que Jules II nomma cardinal en 1503, mourut en 1504. Ce fut François délia Rovere qui lui succéda comme évôque de Mende. (Voir Séries Episcoporum Ecclesiœ catholicœ, quotqiiot mnotuerunt a Bealo Pelro Apostolo. P. Plus Bonifacius Gams. 0. S. B.)

2. Un bel exemplaire de cette médaille se trouve au musée du Vatican.

CAR. S. P. AD viNCVLA. En même temps qu'il cède à son frère le titre d'évêque de Mende, le cardinal Julien se pare de son nouveau titre d'évêque d'Ostie. Quant à Clément délia Rovere, il présente avec Julien une ressemblance incontestable. Ce qui distingue surtout les deux évêciues, c'est l'intelligence. Les traits de l'évêque de Mende sont lourds et empâtés, monotones et indécis, n'ont rien de cette fermeté d'accentuation qui caractérise si particulièrement le visage de l'évêque d'Ostie. On peut noter entre ces deux figures les mêmes différences et les mêmes analogies que l'on remarquait, dès 1175, entre les deux mêmes personnages, rapprochés aussi l'un de l'autre par Melozzo da Forli dans la fresque du Vatican. Entre Julien délia Rovere et Clément, entre l'ardente activité de l'un et l'indolente passivité de l'autre, rien de semblable malgré la ressemblance. Ce n'est pas Clément délia Rovere qui, en présence de son oncle Sixte IV, eût osé tenir tête au redoutable Girolamo Riario, comme le fit Julien. Ce n'est pas lui qui eût couvert de sa protection les Colonna et donné asile dans son palais aux infortunés que poursuivait l'insatiable cupidité du neveu préféré du pape. Pour avoir fait cela, Julien délia Rovere devint populaire à Rome, ce qui ne l'empêcha pas, quand mourut Sixte IV, d'avoir tout à redouter de la populace ameutée afin de venger les crimes impunément commis par les proches du souverain pontife. Retranché dans son palais comme dans une forteresse, le cardinal de Saint-Pierre-aux-Liens n'en chercha pas

moins, au moment du conclave, à favoriser l'élection d'un ami de sa maison, le cardinal Barbo^ Celui-ci ayant rejeté les conditions simoniaques qu'on voulait lui imposer, Giambattista Cibo se trouva plus accommiodant, fut nommé pape et prit le nom d'Innocent VIII.

A partir de i^l83, il faut franchir un espace de vingt ans avant de retrouver un document de quelque valeur pour l'iconographie de Jules II. Or, durant ces vingt années, que de drames traversés par Julien délia Révère, et que de catastrophes suscitées par lui!... Au miheu de cette lamentable histoire de l'Italie et de la papauté, les arts s'acheminaient vers la perfection. En l/l83, Léonard de Vinci avait trente et un ans, Michel- Ange en avait huit et Raphaël venait au monde. Mais, des arts et des artistes qui devaient jeter tant d'éclat sur le pontificat de Jules II, le cardinal Julien n'eut guère alors le temps de s'occuper. Pour lui, cependant, le pontificat d'Innocent VIII ne fut pas encore le temps des plus dures épreuves. Les États de l'Église étaient, comme par le passé, divisés entre les deux partis Guelfes et Gibelins, entre les Orsini et les Golonna, deux races inévitablement mêlées aux destinées de la Ville Éternelle. Sixte IV avait fait alliance avec les Orsini-Guelfes ; le cardinal de Saint-Pierre-aux-Liens tint, sous Innocent VIII, pour les Golonna-Gibehns. En 14-86, il négocia la paix entre Ferdinand, roi de Naples,

L Le cardinal Barbo était neveu de Paul II.

et les barons révoltés, soutenus par le pape. L'année suivante, il se mit à la tête des troupes pontificales, pour soumettre Osimo, dont Boccolino Gozzoni s'était fait le tyran, et il fut obligé de recourir à l'intervention de Laurent de Médicis pour avoir raison de cette ville. Cette année 1487 lui fut décidément mauvaise. Envoyé à Venise afin de réconcilier la république avec l'empereur Maximilien, il échoua dans cette entreprise, revint à Rome au mois de juin et en repartit au mois de juillet, brouillé avec le pape. Il se retira dans son évêché de Bologne, consacra un moment sa dévorante activité à l'administration de ce diocèse, et bâtit le portique grandiose qui se dresse devant Téglise de San Petronio. Innocent VIII, le redoutant dans Rome et voulant le tenir éloigné, le nomma légat a latere dans cette même ville de Bologne. Le cardinal Julien n'en alla pas moins s'établir à Ostie, dont il était évêque ainsi que gouverneur, et s'y construisit une imposante forteresse, dans laquelle, en 1490, il donna au pape une hospitalité royale et quasi menaçante ^.. Innocent Vni mourut en 1192, et Alexandre VI prit possession du trône pontifical.

Cette fois le cardinal de Saint- Pierre -aux -Liens se trouve en présence d'un ennemi personnel. Rien n'indique qu'il ait été antérieurement en état d'hostilité avec le nouveau pape; tout porte à croire,

1 . Ce fut Giuliano da San Gallo qui construisit le château fort d'Ostie.

au contraire, que ce fut seulement dans le conclave que commencèrent entre eux les dissentiments, alors que Julien délia Rovere, rejetant les offres et les dons de Roderic Borgia, se déclara hautement pour Ascanio Sforza. La lutte fut d'ailleurs aussitôt engagée. Frédéric d'Aragon, fils du roi de Naples, un des plus empressés à se courber devant Alexandre YI, arrive à Rome, reçoit l'hospitalité dans le palais du cardinal Julien et se présente devant le consistoire, où, après avoir prêté le serment d'obédience, il supphe le pape de s'opposer au divorce du fils de Henri YII ^ avec Catherine d'Aragon. Julien délia Rovere plaidait avec chaleur la cause de la princesse napolitaine, quand Alexandre YI lui coupe brusquement la parole et le congédie avec dureté. A partir de ce moment, le cardinal de Saint- Pierre-aux-Liens ne se croit plus en sûreté à Rome. Décidé à tenir tête aux événements, il va se retrancher dans son château d'Ostie, où il hâte les préparatifs de défense, tandis que Prospère et Fabrice Golonna, faisant cause commune avec lui, soulèvent le peuple romain et tentent un coup de main contre le pape aux portes mêmes de la ville. Cependant, au mois de juin 1/1-93, grâce à la médiation de Yirginio Orsini, une paix de quelques jours est conclue, et Julien délia Rovere se rend à Rome; mais, sachant les trahisons dont les Borgia étaient capables, il se hâte de revenir à Ostie. A peine s'y est-il renfermé, que, le 22 avril

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