Veuve d'Antonio di Montefeltro
sans le charger, et le borde d'une belle courbe à son sommet; de cette barrette s'échappent les longs cheveux bruns 5 tombant en ondes harmonieuses de chaque côté des joues et se répandant jusque sur le col, qui est long, flexible et légèrement tendu en avant. Un justaucorps, noir comme la barrette et frangé de blanc par la chemise, couvre étroitement la poitrine. Tout cet ajustement, d'ailleurs, est sacrifié au visage, qui, se trouvant pris entre les masses sombres de la coiffure, de la chevelure et du vêtement, est exclusivement lumineux, ne dérobe rien de lui-même, accuse chacun des traits avec une absolue franchise. — Le front a de *la noblesse^ mais n'affecte pas la puissance. Les phrénologues, qui mesureraient le génie d'après la capacité matérielle du crâne, seraient ici confondus. Chez Raphaël, la boîte osseuse du cerveau n'a rien de vaste, mais la structure en est excellente, et les proportions en sont irréprochables \ ■ — Les yeux, d'un très beau dessin, sont l'organe
1. La tête de Raphaël est de dimensions moyennes, plutôt petite que grosse. Cependant la capacité du crâne n'est pas aussi exiguë qu'on l'a cru longtemps, sur une indication qu'on regardait comme certaine et qui était erronée. On croyait que, à l'époque où Carie Maratte plaça le busle de Raphaël dans une des deux niches ovales pratiquées de chaque côté de la chapelle que Raphaël avait lui-même choisie et dotée pour sa sépulture au Panthéon, ladite sépulture avait été ouverte et le crâne du maître enlevé pour être déposé à l'Académie de Saint-Luc. Ce crâne, qui était, en effet, d'une exiguïté remarquable, fut, durant près de deux siècles, l'objet de la vénération des peintres. (Quatremère de Quincy, Histoire de la vie et des ouvrages de Raphaël^ p. 373.) Or, dans le courant
dominateur, les agents de la faculté maîtresse. Ils regardent avec une profondeur de pénétration singulière; ce qu'ils voient, on sent qu'ils le reflètent avec simplicité, et qu'ils le transfigurent instantanément
de Tété de 1833, au moment où Quatremère de Quincy venait de publier son livre, des réparations furent jugées nécessaires à la chapelle, et l'on découvrit presque au niveau du sol, dans le tabernacle qui sert de soubassement à la statue de la Vierge par Lorenzo Lotti, une voûte bâtie en briques, où se trouvait, dans toute son intégrité, le squelette de Raphaël. Le crâne, de proportions fort ordinaires, était placé à gauche du spectateur, et des éperons d'or étaient mêlés à la dépouille mortelle. « J'étais à Rome à cette époque, raconte Boucher Desnoyer, à la page 76 de l'appendice qui accompagne l'ouvrage de Quatremère de Quincy, et je fus assez heureux pour assister à ce spectacle, en compagnie de la foule des nationaux et des étrangers que cet événement avait attirés dans le Panthéon. Cette découverte fît faire des recherches qui détruisirent une croyance que le temps avait consacrée ; car, depuis un grand nombre d'années, on montrait, dans l'académie de Saint-Luc, un crâne qu'on prétendait être celui de Raphaël, et qui n'était autre que celui d'un chanoine nommé Antonini... M. Horace Vernet était alors directeur de l'Académie de France à Rome; il fut présent à toutes les fouilles. Il fit, sur ce sujet, une lithographie qui, malheureusement, n'a pas été publiée. Le crâne de Raphaël a été moulé; on en a fait trois épreuves, une pour S. M. l'empereur d'Autriche, une pour S. M. le roi de Prusse, et l'autre pour l'Académie de Saint-Luc, où elle remplace le crâne qu'on a pris longtemps pour celui de Raphaël. Tous les historiens qui ont parlé de l'exhumation faite par Carlo Maratte de la tète de Raphaël sont causes de l'erreur de M. Quatremère de Quincy. Ainsi, depuis le vendredi saint, 28 mars 1520, époque de la mort de Rapiiael, rien n'a été changé à son monument religieux, et les dépouilles mortelles de ce grand génie reposent, suivant ses désirs, dans la même chapelle, au Panthéon de la ville éternelle. »
SOUS le jour d'une lumière intérieure qui est le génie même. Ils ont, en outre, une douceur quasi féminine, qui n'est pas exempte d'une certaine mélancolie ^ — Le nez est moyen, d'une ligne presque droite\ — La bouche, dans sa forme et dans son accentuation, est aimable et sérieuse à la fois. Elle complète ce qu'expriment les yeux, semble dire comment et de quelle manière ils voient, marque surtout, par son expression affectueuse et en même temps presque sensuelle, avec quelle vivacité ils s'éprennent de ce qu'ils regardent. Dans cette bouche, cependant, il y a quelque chose de défectueux : le maxillaire inférieur a un développement plus considérable que le maxillaire supérieur, et, par suite de cette conformation, la lèvre inférieure garde une légère tendance à se porter en avant. Sans cette irrégularité, qui n'a d'ailleurs rien de choquant, l'ensemble du visage, au point de vue de la ligne, pourrait passer pour irréprochable. — Le menton est rond et assez fortement accentué. — Les joues, sans être maigres, sont loin d'être pleines; elles ne portent pas trace de barbe, et dénotent une certaine délica-
1 . L'arcade sourcilière forme une courbe légèrement déprimée au sommet. De larges paupières accusent avec évidence leur fonction protectrice. La pupille, transparente et brune, se détache nettement sur l'iris, qui est d'un blanc bleuâtre, limpide et profond. Autour de ces yeux, d'oh la lumière émane, l'ombre est distribuée avec autant d'art que de vérité.
2. Le contour des narines est très délicat. L'ombre portée sur la lèvre supérieure et sur la joue gauche donne au dessin du nez beaucoup de relief et de fermeté.
tesse, bien que leur pâleur n'ait rien de maladif... Cette tête, enfin, se détache sur un fond perdu de couleur verdâtre qui en fait valoir et en complète très heureusement la valeur pittoresque.
Si l'on cherche, sous le portrait physique, le portrait moral, on voit combien chez Raphaël les qualités du cœur et celles de l'esprit répondaient au charme delà personne et à la distinction des traits... La franchise et la fermeté du regard éloignent toute idée d'envie, marquent au contraire des facultés d'admiration qui sont le privilège des âmes supérieures. En 1506, Raphaël avait su comprendre ses contemporains, et, s'il triomphait déjà de la plupart d'entre eux, il leur rapportait en même temps une large part de sa gloire. Équitable envers tous, il savait rendre hommage h ses plus redoutables rivaux, et remerciait Dieu de l'avoir fait naître au temps de Michel-Ange \ La bienveillance qui le rendait si facilement accessible et que les contemporains ont tous célébrée, l'obligeance qui l'inclinait avec tant de charité vers les humbles, se lisent également sur ce visage ^ La bonté, surtout, y est comme à profusion répandue, cette bonté qui avait chez Raphaël une telle force d'attraction, que, au dire de Vasari, non seulement les hommes, mais les animaux eux-mêmes en subissaient l'influence... L'intelli-