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2. Entre autres preuves de cette charité, Cœlio Calcagnini a raconté Thistoire du vieux savant Fabius de Ravenne, recueilli, nourri et adopté par Raphaël.
gence aussi se reflète sur cette physionomie, dont toutes les parties sont entre elles dans un si juste rapport. Giovanni Santi, qui était un des lettrés de son temps, avait inspiré à Raphaël enfant le goût des lettres, et ce goût s'était développé à Florence, dans l'intimité d'une société très fortement éprise d'érudition. Au moment où Raphaël peignait à Urbin son propre portrait, le commerce journalier des hommes les plus distingués de la Péninsule donnait à cette nature si aisément impressionnable une impulsion décisive. Sans doute Raphaël était trop admirablement doué comme peintre pour distraire en faveur des lettres le temps qu'il devait aux arts du dessin ; mais, s'il ne pouvait être lui-même ni un littérateur ni un poète, il était en état de comprendre les lettres et capable de se passionner pour la poésie.
On éprouve devant ce portrait une impression bienfaisante. Ce qui s'en dégage avant tout, c'est l'équilibre qui pondère les différentes parties du visage, établit entre elles un accord excellent et fait à force d'harmonie oublier même la beauté. Cette tête, si belle de lignes, est plus harmonieuse encore qu elle n'est belle. Ce n'est pas par le détail qu'elle séduit, c'est par tout à la fois. L'enchantement est-il dans tel trait plutôt que dans tel autre ? On ne saurait dire. On est sous le charme, sans savoir à quoi se prendre de préférence. L'accord entre notre double nature semble avoir été trouvé dans cette physionomie. La matière est ici par
excellence l'enveloppe de l'âme, d'une âme tendre, aimante, passionnée. A travers ce visage transparent, on voit le feu intérieur qui brûle avec intensité, et l'on se prend à craindre déjà pour le vase délicat qui contient une telle flamme.
Quand on a bien regardé cette peinture, on ne peut s'en déprendre. Gomment résister à l'âme de l'artiste, quand elle se livre avec tant d'abandon et de simplicité ? Ce charme pénétrant, qu'on éprouve mais qui ne se peut dire et que Raphaël a donné presque h son insu aux moindres de ses œuvres, il le portait en lui, j'allais dire sur lui, et il l'a répandu, sans le savoir aussi, sur sa propre image. L'avait-il reçu comme un don de famille? Le tenait-il de Giovanni Santi? N'était-ce pas plutôt Maggia Giarla qui le lui avait transmis? En l'absence de documents authentiques, il est impossible de répondre autrement que par des conjectures. Cependant si, d'une part, on n'a aucun portrait de Giovanni Santi, assez de ses œuvres subsistent encore, pour que l'on y puisse chercher un reflet de sa physionomie. Or, en regardant ses peintures, on reconnaît un vrai quaUrocentista,, fermement convaincu, fortement enraciné dans sa routine, mais on n'y voit rien de la grâce spontanée et de la distinction personnelle du Sanzio. D'une autre part, sans se prévaloir plus que de raison d'une image qui, selon la tradition, rappellerait la mère de Raphaël*, n'est-on
1 . Les traits de Maggia seraient rappelés dans une Vierge que
pas autorisé à rapporter h la douce Maggia quelque chose de la physionomie de son fils ? A se bien pénétrer de l'expression un peu féminine de cette physionomie, de ce qu'elle révèle de subtil et de délicat, n'eston pas tenté de croire que Raphaël avait reçu de sa mère une influence directe et comme une empreinte de l'âme? Dans Maggia di Battista, l'histoire de l'art a gardé le souvenir d'une femme bonne, gracieuse, aimante et tendrement aimée. N'y a-t-il pas, chez Raphaël, la même grâce et la même puissance d'attraction, la même bonté surtout, cette bonté qui achève et idéalise la beauté? Maggia était morte jeune et pour ainsi dire épuisée de maternelle tendresse. Raphaël ne mourra-t-il pas à la fleur de l'âge et comme consumé par un génie toujours fécond, jamais satisfait? Enfin, si l'on considère que, pour les hommes d'imagination et de sentiment, des attaches spécialement maternelles se sont souvent rencontrées, ne peut-on attribuer à Maggia l'origine la plus directe de la physionomie de Raphaël? Ce ne sont là que de simples conjectures. 11 était difficile de s'y soustraire, il serait puéril de s'y attarder.
Le portrait de Raphaël à la galerie des Offices n'étant pas daté, nous nous rattachons à l'opinion qui
Giovanni Santi avait peinte dans la cour de la maison qu'il habitait, via Contrada del Monte, à Urbin. (Les Vierges de Raphaël et V Iconographie de la Vierge, i. I, p. 509.) C'est de cette Vierge que nous avons déjà parlé à la page 4 du présent volume, à propos du premier des portraits supposés de Raphaël enfant par Giovanni Santi.
le met au compte de l'année i506. Tout s'accorde, en effet, pour donner gain de cause à cette opinion. Ce portrait répond bien aux vingt-trois ans qu'avait alors Raphaël. Gomme dessin, comme faire et comme sentiment, il se rapproche et se confond avec les tableaux les plus célèbres exécutés à cette époque. Il est supérieur aux portraits d'Angelo Doni et de Maddalena Strozzi, peints en 4505. En 1505, Raphaël, peintre de portraits, n'était pas sûr encore de ses moyens d'expression. En 1506, il a fait de notables progrès, et, comme il est lui-même ici son propre modèle, il se sent en pleine sécurité, sa main prend une assurance déjà magistrale. Nous pensons donc que cette peinture a du être exécutée à Urbin, pendant les quelques mois que Raphaël passa à la cour de Guidobaldo en 1506. Raphaël, nous le verrons bientôt, fit alors plusieurs autres portraits d'une exécution analogue, et voulut sans doute laisser sa propre image à sa famille et à sa ville natale, qu'il allait quitter pour ne plus les revoir. Ce portrait resta, en effet, à Urbin jusqu'en 1608 \ Il fut alors porté à Rome et placé à l'Académie de Saint-Luc, que Federio Zuccheri venait de fonder ^ L'Académie de Saint-Luc, à son tour, ayant eu besoin d'argent pour construire la façade de l'église des San- Martino et San-Luca^, vendit ce portrait au cardinal Léopold de Médicis, qui en fit don à la galerie de Flo-