PORTRAIT D'UNE FEMME INCONNUE
une résille brune [lenza) et tombent, ainsi emprisonnés, jusque sur les épaules. Le front est très haut, mais si limpide et si pur, que ce qu'il a d'excessif peut-être dans sa hauteur ajoute à la grâce et au caractère particulier du visage. Les yeux sont beaux, et le regard est plus beau que les yeux; ils se tournent à droite, en sens inverse du mouvement de la tête, et voient les choses du dehors avec cette vue intérieure, qui est pour certaines femmes le privilège de l'honnêteté. La forme et le dessin du nez ont de la finesse. La bouche est d'un délicieux contour. Le galbe et le modelé des joues sont délicats, sans rien de maladif. Tous les traits sont en parfait accord les uns avec les autres, et le reste de la figure, ainsi que le costume, sont faits à souhait pour en compléter l'harmonie. Le col s'allonge comme pour donner à la tête plus de relief, de grâce et de légèreté. Les épaules bien tombantes, dont la ligne continue doucement la ligne du col, sont chastes dans leur nudité ^ L'ajustement enfin, quoique très simple, est d'un grand goût. La robe verte est munie d'un devantier blanc, attaché par un cordon rouge. Le corsage, bordé d'un large ruban rouge aussi, découvre la gorge et enserre étroitement la poitrine. Une guimpe de mousseline blanche, brodée de noir, dépasse ce corsage et lui donne quelque chose de sévère. De larges manches, vertes comme la robe, sont attachées sur les épaules et enveloppent les bras jus-
'1. Un fichu de gaze transparente, a peine visible, est jeté sur ces épaules quasi nues.
qu'aux poignets ; un crevé d'étoffe blanche s'échappe du haut de ces manches, et mêle une note claire, quoique discrète encore, au ton grave et tenu de l'ensemble. Une petite croix, suspendue à un collier d'or très précieusement pemt^ communique à cette parure un accent presque religieux. La figure est coupée à mi-corps, juste au-dessous des mains, la gauche posant sur une barre d'appui et la droite reposant sur le poignet gauche. Une bague se voit à l'index de la main droite. Deux autres bagues sont passées à l'index et à l'annulaire de la main gauche^; l'index de cette main gauche est tendu et séparé du médium. Il semble qu'il y ait dans le dessin de cette main une sorte de parti pris dont Raphaël s'est rarement écarté. Le fond est monochrome et d'un ton vigoureux.