NOMS DONNÉS ARBITRAIREMENT A CE PORTRAIT
La femme que représente ce tableau respire par l'âme autant que par les sens. Elle n'est pas précisément belle, mais elle possède au suprême degré cedolce ciera, cet air de douceur qui est inséparable de la grâce et supérieur à la beauté. Tout en ayant passé l'âge de la première jeunesse, elle a gardé cette fraîcheur morale qui conserve à l'épouse et à la mère quelque chose du charme de la virginité. L'apparence et la tournure de cette figure sont toutes florentines, tandis que le sentiment du peintre est redevenu ombrien. Il en résulte une impression qui a porté certains esprits, contrairement à la vérité historique la plus
évidente, à prendre ce portrait pour celui de la mère de Raphaël*. Or, Maggia di Battista Giarla, mariée à Giovanni Santi en l/l82, avait mis Raphaël au monde Tannée suivante, le G avril i/l83, et était morte après neuf ans de mariage, le 7 octobre 1491. Raphaël avait alors huit ans et demi... D'autres ont voulu reconnaître là Maddalena Doni, bien qu'on sache l'histoire du portrait de la fille de Giovanni Strozzi et de Lucrezia d'Antonio délia Luna jusqu'au jour où il est entré au palais Pitti. On a imaginé d'autres noms, également empruntés à la famille des Strozzi. Tout cela est de pure invention. La vérité est qu'on ne sait rien, ni du nom de la femme, ni de l'origine du portrait.
DESCRIPTION DE CE PORTRAIT
La femme inconnue, peinte par Raphaël vers l'année 1506, se montre de trois quarts à gauche, élégante de tournure, simple de manières et d'une rare distinction. L'ovale allongé de la tête est d'une forme charmante et appartient en propre à la nature toscane. Les cheveux blonds, séparés en bandeaux au milieu du front, descendent sans apprêt le long des joues ; ils sont contenus d'ailleurs presque complètement dans
1. C'est même sous cette dénomination qu'il est généralement connu.