PORTRAIT DE DON BALTIIAZAR
Don Balthazar, vu de profil à gauche, est moins âgé que don Blasio et lui est de beaucoup supérieur par l'intelligence et par l'expression religieuse. Le visage amaigri laisse, pour ainsi dire, transparaître la vie intérieure. L'œil, profondément enchâssé dans son orbite, est à la fois l'œil d'un penseur et l'œil d'un croyant; avec le regard, la prière monte rapide vers les cieux. La bouche est comme frémissante de ferveur. Plus de double menton dans cette tête de moine, plus de ces chairs épaisses qui alourdissent et matérialisent les traits. Tout s'enlève comme en saiUie, sans dureté, mais avec fermeté. Le maxillaire inférieur, vigoureu-
sèment accusé, projette sur le col une ombre tranquille, qui met la face en pleine lumière. L'oreille, ainsi que dans le précédent portrait, est d'un fort beau dessin. Les cheveux, rasés au sommet de la tête, forment autour du crâne et jusque sur le front une couronne qu'on est tenté de prendre pour une auréole, tant le sentiment contemplatif répand d'éclat sur ce visage.
Ces deux portraits sont peints à la détrempe sur des panneaux presque carrés de 0'",27 de haut et de 0'",26 de large. On lit, sur le premier : blasio-servo-tvosvGGVRRE, et, sur le second : d-baltasar-monaco-s- TVO-svGGVRRE. Ils out été, l'un et l'autre, rapidement exécutés d'une main désormais magistrale et tout à fait sûre d'elle-même. Le dessin en est serré, sévère, voulu et facile en même temps; le modelé, obtenu à l'aide de hachures, selon la manière des f reschistes, est à la fois d'une grande fmesse et d'une remarquable fermeté. Durant trois siècles, le monastère de Yallombrosa garda ces peintures, C|ui passèrent ensuite à Florence, dans la galerie de l'Académie des beauxarts, où elles furent longtemps attribuées à Pérugin. Bottari lui-même tint pour cette attribution. L'erreur était flagrante cependant et une critique attentive en eut aisément raison. Jamais Pietro Yannucci n'a su associer tant de scrupules dans le rendu de la nature à tant d'élévation dans l'expression du sentiment moral, accorder aussi justement la chair avec l'esprit, faire