‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 74 sur 133 · PORTRAIT DE PÉRUGIN · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE PÉRUGIN

de l'homme frotté aux gens d'église. Assurément Pérugin n'est pas flatté dans ce portrait. La nature y est littéralement, on pourrait dire servilement copiée

Il n'en est pas de même du portrait peint dans la Chambre de la Signature, Pérugin est alors de dix à quinze ans plus âgé que dans le portrait des Offices ; né en 1446, il avait soixante-quatre ans en 1510. Raphaël a su, tout en respectant la réalité, trouver dans la vieillesse de son maître l'ennoblissement de ce que la virilité présentait de vulgaire. La tête, tendue en avant comme par une contention d'esprit particulière, est coiffée d'une barrette, d'où s'échappent les ondes calmes d'une chevelure devenue grise. Le visage se montre de trois quarts faible à gauche. Ainsi se trouve atténué ce qu'il peut y avoir de trop large et de trop carré dans la face. Les yeux, qui regardent avec franchise, perdent ce qu'ils avaient d'oblique dans le précédent portrait, et ne conservent que leur remarquable faculté d'observation. Le nez ne saurait être d'une forme choisie, mais, vu maintenant presque de profil, il ne s'élargit plus comme tout à l'heure et semble n'avoir quasi rien de défectueux. La bouche garde son caractère spécial, il faudrait dire son vice particulier; mais, par une étrange habileté de dessin, la tendance qu'elle avait à se relever d'un côté plus

1. Un très beau et très célèbre portrait de Pérugin se (rouve dans le Cambio de Pérouse. — M. Frizzoni croit avoir découvert encore un portrait de Pérugin dans la galerie Borghèse, à Rome. (Voir VArchivio storico italiano, année 1879, t. IV, liv. V, p. 2T0.}

que de l'autre ne se manifeste plus que par une sorte de vibration qui imprime à la physionomie plus de mobilité, plus d'expression, plus de vie. La ligne du menton a de la fermeté, et les joues, ridées sans être flétries, sont d'un modelé remarquable. Une robe noire, sur laquelle est jeté un manteau bleu clair, compose le costume sous lequel apparaît cette figure de Pérugin, demeurée elle-même et devenue cependant presque majestueuse. Raphaël, en faisant le portrait d'un personnage qui lui était cher, a su en relever et en agrandir l'expression, donner aux traits plus de franchise sans rien trahir de leur ressemblance, mettre en lumière les qualités maîtresses d'un peintre, qui, malgré certaines défaillances routinières, demeure un des premiers dans la noble famille des Quattrocentisli .

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