‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 79 sur 133 · Voir la Résurrection dans la galerie du Vatican · texte numérisé non relu

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dans le Sposalizio du musée Brera. En l'année 1498 ou 1499, un portrait comme celui qui nous occupe aurait fait scandale à l'école de Pérouse et passé pour un acte de rébellion. Ce portrait, d'ailleurs, témoigne de toutes les qualités que le plus grand des peintres a pu seul posséder. S'il y a quelques incorrections, elles sont le fait, non de l'inexpérience, mais de l'improvisation. Pour peindre un portrait d'apparence aussi lâchée, pour produire d'abondance une telle œuvre, pour orner h ce point de délicatesse ce qui est familier, il faut s'être soumis longtemps au respect du style, au culte de la forme et de la raison, il faut avoir appris, comme dit Boileau, a à faire difficilement des vers faciles ». L'erreur accréditée par Emeric David n'en subsista pas moins, et, en 1843, Forster grava le Portrait déjeune homme du musée du Louvre avec cette légende : Raphaël Sanzio à Vâge de quinze ans.

Par réaction contre cette manière de voir, on veut maintenant attribuer le Portrait de jeune homme à la suprême évolution du génie de Raphaël. « Cette peinture a dû être exécutée de 1515 à 1520 », dit M. Frédéric Yillot dans sa Notice des tableaux du musée du Louvre. C'est là un autre genre d'erreur. Après être remonté trop haut, on descend trop bas. Pourquoi ne pas s'arrêter à mi-chemin? Entre 1498 ou 1499 et 1516 ou 1520, pourquoi ne pas prendre de 1509 à 1511 ? Ce portrait, quoique d'une exécution tout à fait magistrale, n'a pas le caractère des dernières productions de Raphaël. Tout y rappelle,

au contraire, les premières peintures exécutées h Rome par le Sanzio, dans ce moment divin d'exaltation, dans ce premier transport d'un génie qui prend possession de son domaine, et qui, à l'âge de vingtcinq ans, se fait reconnaître comme le maître des maîtres. Rapprochez le Portrait de jeune homme des fresques de la Segnatura^, et vous verrez qu'ils sont peints, non seulement de la même main, mais aussi de la même manière et dans le même esprit, qu'ils sont du même âge, qu'ils ont même jeunesse, même fraîcheur, même beauté. Le dessin a, de part et d'autre, la même incomparable grâce. La couleur aussi, malgré la différence du procédé matériel, produit la même impression. La coloration du Portrait de jeune homme^ blonde, fluide, diaphane, a quelque chose en effet de la limpidité de la fresque et en particulier des fresques de la première Chambre. Ne voit-on pas de remarquables analogies entre ce charmant visage et les figures non moins charmantes des jeunes disciples réunis autour d'Archimède dans V Ecole d'Athènes? Archimède n'étant autre que Bramante, n'est-il pas probable que ses disciples sont aussi des contemporains, des amis même du peintre? Raphaël, avant d'exécuter sa fresque, n'aurait-il pas peint rapidement quelques portraits, parmi lesquels peut-être le Portrait déjeune homme? L'élan de la pensée, la spontanéité de l'exécution, la verve, inspirée de l'artiste en présence du modèle vivant, ne sont-ils pas comme autant de preuves en faveur de cette hypothèse? Nous pen-

sons donc que ce portrait a été fait entre 1509 et 1511. Placé dans la Chambre de la Signature^ il y est en famille, y paraît comme chez lui. Transportez-le tout à côté, dans la Chambre d' Héliodore, qui fut peinte de 1512 à 151i, vous l'y trouverez déjà comme dépaysé. Pourquoi? C'est qu'à partir de 1512 Raphaël a reçu l'impression des Giorgione et des Sébastien del Piombo, et que, sans rien perdre de sa grâce intime et de son sentiment personnel, il s'est assimilé quelque chose des qualités extérieures de ces grands coloristes ^ .

Cet admirable portrait n'a pas d'histoire. Vasari n'en dit mot. On le trouve dans la collection de Louis XIV, sans qu'on sache d'où il venait, ni par quelles mains il avait passé.

\. Voir, d'après le Portrait de jeune homme, la gravure de Nicolas Édelink, pour le Cabinet de Crozat. F. Forster, Paris, in-fol., etc.

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