‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 78 sur 133 · CONTROVERSES AUXQUELLES A DONNÉ LIEU CE PORTRAIT · texte numérisé non relu

CONTROVERSES AUXQUELLES A DONNÉ LIEU CE PORTRAIT

Dans l'inventaire de la collection de Louis XIV, fait par Bailly de 1709 à 1710, cette peinture est ainsi cataloguée : <( Tableau estimé de Raphaël représentant son portrait ^ . » Ainsi, au commencement du xviii" siècle, on voyait dans ce portrait le propre portrait de Raphaël à l'âge de quinze ans, et l'on ne se préoccupait pas de l'invraisemblance, ou plutôt de l'impossibilité qu'il y avait à ce qu'une telle œuvre eût été faite par la main d'un enfant.

Vingt ans plus tard, Mariette, plus clairvoyant que Bailly, dit, dans la description du Cabinet de Grozat : « Ce portrait est considérable par la beauté du pinceau et par le savant mélange des couleurs. La tête paraît vivante ; le caractère du dessin est grand et ressenti à propos, avec beaucoup de fermeté et de précision. On dirait que Raphaël l'a peint rapidement au premier coup. Il est, par là, plus piquant qu'aucun

1. « Ce tableau a été rehaussé de six pouces et demi, et élargi de trois pouces et demi. »

autre que nous ayons de ce grand homme. Parmi quelques-uns, il passe pour être le portrait de ce peintre ; mais on a peine à se persuader que dans un âge si peu avancé que l'est le jeune homme représenté dans ce tableau, Raphaël fût déjà aussi éloigné de sa première manière qu'il le paraît dans le tableau dont nous parlons*. »

Lépicié, dans son Catalogue raisonné des tableaux du Roy (1752), tint compte de l'opinion de Mariette, et intitula cette peinture : « Portrait déjeune homme. » Ce qui n'empêcha pas la rédaction de Bailly d'être rééditée jusqu'à nos jours. En 1805, Emeric David, dont le nom fit autorité, écrivait : « Peut-être le désir involontaire de posséder un portrait du jeune Raphaël, peint par lui-même, entre-t-il pour quelque chose dans l'opinion que nous allons émettre; mais il nous semble, malgré l'autorité de Mariette, que ce tableau, quelque beau qu'il soit, n'excède pas les rares talents dont Raphaël avait déjà donné des preuves à l'âge de seize ou peut-être de dix-sept ans. Le faire est sans doute très déhcat ; les couleurs sont liées et fondues avec beaucoup de soin ; mais on sait que cette manière d'imiter la nature était familière à l'élève de Pérugin, dès ses plus jeunes années, et il dut particulièrement s'y attacher dans cette occasion, où il voulait représenter le coloris d'un adolescent. Ce portrait présente

4 . Mariette, Recueil d'estampes de Crozat, t. P'", p. 8, n° x,

d'ailleurs quelques imperfections, qui semblent annoncer l'ouvrage d'un jeune homme : l'œil gauche, la main, le poignet, ne sont pas dessinés correctement, les cheveux manquent de légèreté. De semblables erreurs n'auraient point échappé à Raphaël dans un âge plus avancé. Nous retrouvons ici, au surplus, la grâce qui distingue tous les ouvrages de ce grand peintre. Son dessin acquit successivement de la correction, son coloris de la vigueur; la grâce lui était naturelle. » Si Emeric David avait été mieux avisé, il se serait d'abord assuré qu'entre le Portrait de jeune homme du musée du Louvre et les portraits authentiques de Raphaël il n'y a aucune ressemblance. Il aurait su ensuite que, à l'âge de seize à dix-sept ans, Raphaël, élève respectueux de Pietro Yannucci, marchait docilement dans le sillon de son maître et n'osait en sortir, faisait tout simplement du Pérugin en y mettant quelque chose de son âme et de son génie personnel, peignait dans le style et dans la manière péruginesques les gracieuses figures de soldats endormis au pied du Saint-Sépulcre % que le chef de l'école devait signer de son nom, composait de lui-même r Enfant Jésus caressé par le petit saint Jean pour l'église de Santa-Maria dei Fossi à Pérouse, la Bannière de Città di Castello, le Couronnement de saint Nicolas de TolentinOj, le Calvaire de la chapelle des Gavri, et que, même à l'âge de vingt ans, c'était Pérugin qu'il copiait

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