X PRÉFACE
que la fin de ma vie approche. Je me rends compte que dans quelques heures elle aura cessé, non sans que j'aie reçu préalablement les saints sacrements de l'Église. Arrivée à ce point, je me suis rappelé en chrétienne, quoique pécheresse, de demander à Votre Béatitude qu'elle daigne puiser dans sa bonté un trésor spirituel afin de pouvoir offrir quelque soulagement à mon âme par sa sainte bénédiction. Je l'en supplie dévotement et je recommande à sa sainte grâce mon époux et mes enfants, qui sont tous les serviteurs de Votre Sainteté. — De Votre Sainteté l'humble servante, Lucrèce d'Esté. Ferrare, le 22 juin j5i9, â la 24^ heure*. » Étrange époque! également féconde en chefs-d'œuvre et en atrocités, où le bien et le mal prenaient des proportions inouïes, où l'homme, écrasé par la force brutale, se réfugiait dans le pacifique domaine du beau, où tout un peuple, submergé par les flots de l'invasion, se relevait à force de génie, conquérait ses vainqueurs et les faisait rougir encore de leur barbarie !
Nul mieux que Raphaël ne peut nous instruire. Peintre d'histoire dans les Stan^e, ayant rattaché par des liens indissolubles l'art de la Renaissance à l'art de l'antiquité, s étant élevé,
1. Lucrèce Borgia, par M. Ferdinand Gregoroviu?, t. II, p. 5:2o,