‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 9 sur 133 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

grâce à la Vierge et au Bainhmo, plus haut qu'aucun autre dans le domaine de l'imagination religieuse, il est aussi, comme peintre de portraits, le représentant des plus saines traditions.

A l'art du portrait s'applique par excellence le vieux catéchisme biblique : l'homme est fait à l'image de Dieu. De quelque religion que l'on soit, quelque philosophie même que l'on professe, on ne peut, au point de vue de l'art, rendre meilleur compte des origines de l'homme et aussi de ses fins. L homme ainsi compris est un esprit revêtu de matière. Sur les quelques grains de poussière dont il est formé l'intelligence souveraine a soufflé ; sur la forme corporelle Dieu a marqué son empreinte. Cette empreinte, l'œil du vulgaire souvent ne la découvre pas, mais l'artiste en a la claire perception et il en marque profondément son œuvre. Est-ce à dire que, dans l'homme, l'anatomie et la physiologie, qui sont du domaine de la science, ne soient pas du domaine de l'art? Nullement; mais l'ame lui appartient aussi, et la certitude de son immortalité, qui est l'ennoblissement de la vie et la consolation de la mort, en s'emparant de l'artiste, lui souffle l'inspiration. Ainsi compris, les arts d'imitation sont également des arts d'imagination. Tributaires de la réalité, sans laquelle ils perdent leur clarté et

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leur raison d'êlre, ils cherchent dans le monde intérieur l'esprit qui éclaire les choses du dehors. Si, par l'intermédiaire du dessin et de la couleur, vous faites comprendre que ce que nous voyons n^est que l'image incomplète de ce que nous ne voyons pas, si en même temps que des habitudes et une manière d'être, qui appartiennent à une époque déterminée de l'histoire, vous révélez une âme et des affections qui sont de toute éternité, vous faites véritablement une œuvre d'art. Sinon, vous ne montrez que l'apparence d'un homme, et, quelque habile que vous soyez, vous n'êtes point un artiste. Les portraits des maîtres, ceux de Raphaël notamment, sont la démonstration de ces principes. Non que Raphaël ait eu le loisir de philosopher beaucoup; mais, quoi qu'on dise aujourd'hui, il ne peignait pas seulement comme l'oiseau cliante; il était sans cesse en quête d'une certaine idée, — il le dit luimême, — à laquelle son génie subordonnait son talent. Ce n'est pas lui qui, en peignant un portrait, eût cherché un morceau. Il avait trop le respect de la personne humaine pour la sacrifier aux accessoires. Dans l'homme physique il voyait l'homme moral, le reste venait par surcroît.

L'expression du beau dans le vrai, tel est le

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