‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 88 sur 133 · PORTRAIT DE GUIDOBALDE D'URBIN · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE GUIDOBALDE D'URBIN

trait de Guidobalde par Raphaël est donc , ainsi que celui de Frédéric, à retrouver encore. Raphaël avait dû peindre avec un soin particulier ce prince que tout le monde aimait et qui avait été l'ami de Giovanni Santi.

Guido - Paolo - Ubaldo ( par abréviation , Guidobalde), né en l/l70, était le seul fils de Frédéric de Montefeltro et de Battista Sforza. Il avait douze ans en l/l82, quand il succéda à son père, et seize ans en 1/186 , quand il épousa Elisabeth Gonzague. Doué de rares qualités de cœur et d'intelHgence, les talents militaires et la calme énergie de son père lui firent à peu près défaut. En butte à la perfidie d'Alexandre YI et aux violences de César Borgia, il ne sut trouver son salut que dans la fuite , et de Mantoue, où il s'était réfugié, il écrivait au cardinal Juhen délia Rovere, qui devait être bientôt Jules II : (( Je n'ai sauvé du désastre que ma vie, un pourpoint et une chemise. » Pour que l'honneur fût sauf, il n'avait point assez lutté... Cinq mois après, il rentrait dans son duché aux acclamations de tout son peuple; mais, César revenant, il reprenait encore une fois le chemin de l'exil, pour ne rentrer définitivement dans ses Etats C{u'à la mort d'Alexandre YI. A partir de 1503, Guidobalde, libre dans son domaine sous le haut patronage de Jules II, ne pensa plus c^u'aux lettres et aux arts, n'eut plus d'autre ambition que de faire de sa cour un des centres les plus éclairés de la Péninsule. Sous son règne désormais pacifique, le goût s'épure,

le classicisme devient moins pédantesque, mie certaine indépendance littéraire se fait sentir, la langue vulgaire reconquiert ses droits, et la Calandra^ la plus ancienne comédie du répertoire italien , est représentée pour la première fois dans le palais ducal au commencement de 1508.

Raphaël revint en 1506 à Urbin, au milieu de cette cour élégante, lettrée, spirituelle, et, quoique très jeune encore, il y fut accueilli déjà comme une des plus radieuses personnifications de l'art de son temps. Rien de plus naturel qu'il ait désiré faire alors le portrait de Guidobalde. Le pauvre duc, il est vrai, n'avait plus pour lui que le charme de son esprit et de sa bonté. Goutteux dès sa première jeunesse, perclus de tous ses membres depuis l'année 1502, il était condamné à d'atroces souffrances pour le reste de ses jours; mais son âme grandissait en proportion du dépérissement de son corps, et il s'acheminait vers la mort avec sérénité ^ Il mourut en effet, en 1508, à Fossombrone, d'où sa dépouille fut ramenée à Urbin avec un appareil triomphal. Balthazar Gastiglione a montré avec émotion le lugubre cortège s'avançant, entouré de torches, au miHeu des populations accourues de toutes

4 . Il répondait, par ces vers des Géorgiques, aux amis qui faisaient luire encore à ses yeux l'espoir de la guérison :

Me cîrcum limus niger et deformis arundo Cocyti

(Voyez la belle étude de M. le vicomte Henri Delaborde sur les ducs d'Urbin; Mélanges, t. I", p. 169.)

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