Par dérision, Fra Carnavale
2. Dans le portrait de Pietro délia Francesca, à la galerie de Florence, le buste est de profil à droite et coupé à la hauteur des pectoraux. L'œil droit, ayant été crevé, est ainsi dissimulé. La tête est coiffée d'un bonnet rouge, d'où s'échappent des cheveux bruns, coupés en brosse à la hauteur de la nuque. Le corps est vêtu d'une robe égalentient rouge. Le front est droit, mais très brusquement
et de fra Garnavale ^ nous font connaître maintenant Frédéric de Montefeltro. Quant au portrait du duc par Raphaël, s'il a réellement existé, il est à craindre qu'il ne soit à jamais perdu.
brisé à la hauteur des yeux, ce qui produit comme une grosse bosse sur le nez. L'œil, au regard profond, esl en partie couvert par de larges paupières. La bouche est mince et serrée, et le menton fortement accentué. Le visage, sans être maigre, n'a pas d'embonpoint. Assurément le personnage est laid ; mais il y a, dans cette laideur, ainsi que nous venons de le dire, quelque chose de fin et de spirituel, d'énergique et de résolu. — Comme pendant à ce portrait, on voit celui de Battista Sforza, femme de Frédéric. Elle est de profil à gauche, en contre-partie de son époux, avec une abondante chevelure blonde, enroulée en volute au-dessus de l'oreille. Un voile recouvre les cheveux. Le front est très haut, le nez droit, l'œil grand, la bouche petite avec des lèvres minces. La robe de damas noire est agrémentée de manches en brocart d'or. — Les mêmes portraits de Frédéric de Montefeltro et de Battista Sforza se retrouvent, très légèrement idéalisés pour l'apothéose, dans les deux Triomphes peints également par Pielro délia Francesca, à la galerie de Florence.
\ . Dans le tableau de fra Garnavale, au musée Brera, le duc Frédéric, en costume de guerrier, est agenouillé, tête nue, à gauche de la Madone.
DE
GTJIDOBALDE DE MONTEFELTRO
DUC d'uRBIN
Si le fait d'un portrait de Frédéric de Montefeltro peint par le Sanzio est problématique, l'existence d'un portrait de Guidobalde dû au pinceau de Raphaël ne paraît pas douteuse. Pierre Bembo mentionne ce portrait dans une lettre adressée de Rome au cardinal Bibbiena le 19 avril 1516 et il le compare, ainsi que le portrait de Balthazar Gastiglione, au portrait de Tebaldeo, pour exalter la merveilleuse beauté de ce dernier ^ Mais, en parlant du portrait du duc en 1516,
4. Il ritralto di messer Baldassare Gastiglione a quelle délia buona e sempre da me venerata memoria del sig. Duca nostro, a Dio dia beatudine, parebbero di mano di un dei garzoni di
Bembo rappelle un souvenir qui datait de dix ans déjà. Raphaël, en effet, ne peut avoir exécuté cette peinture que pendant un des deux séjours qu'il fit à Urbin en 1504 et en 1506. Or, en 1504, il était trop obscur pour qu'on l'admît à l'honneur de peindre son souverain, tandis qu'en 1506 la renommée le désignait déjà pour un pareil ouvrage. C'est donc à cette dernière date (1506) qu'il convient de faire remonter ce portrait. 11 est impossible d'admettre une date postérieure, puisque Guidobaldo mourut le 11 avril 1508 et que Raphaël le vit, en 1506 pour la dernière fois. Malheureusement on a perdu depuis longtemps tonte trace de cette peinture. On sait seulement qu'il était encore à Urbin au commencement du xvii*' siècle, car Baldi en parle en 1605 dans la description qu'il fait des funérailles de Guidobalde : « Le corps du duc était vêtude hauts-de-chausses roses et d'un habit de damas noir, avec une barrette sur la tête, selon la mode du temps, et tel qu'il est représenté dans son portrait peint de la main de RaphaëP. » D'après Wolkmann, ce portrait aurait passé du palais des ducs d' Urbin dans la maison Bovi, à Bologne; mais c'est là une indication vague et que rien ne confirme. Quant au portrait qui est désigné, dans la galerie Lichtenstein à Vienne, comme celui de Guidobalde par Raphaël, il n'est pas de Raphaël et ne représente pas Guidobalde. Le por-
Rafaello in qiianto apparliene alla rassomiglianza in comparazione di quello di Tebaldo. (Roma, 19 aprile 1516.)