Fils de Maximilien Sforza
2. Tous les mécontents et tous les anciens partisans des Sforza furent rassemblés par les agents pontificaux et ameutes dans le Milanais contre les Français. Lescun se plaignit d'un pareil procédé et se présenta en parlementaire devant Reggio, que commandait Guichardin. H fut fait prisonnier, et ]e pape, en plein consistoire, l'accusa d'avoir voulu s'emparer de la ville.
Péninsule *, guerre désastreuse pour la France et déplorablement conduite par ses généraux. Le 19 novembre 1521, Milan fut pris presque sans coup férir'. Les anciens ducs furent réintégrés dans leur duché, et le peuple prodigua à Françoîs-Marie-Sforza les mêmes cris d'enthousiasme par lesquels il avait naguère acclamé François P' ^
La politique du pape était partout victorieuse. C'est ce que célèbre la médaille sur laquelle est reproduit le quadrige triomphal des pièces de Syracuse. C'est ce que proclame aussi cette autre médaille où les armes des Médicis sont entourées de ces mots ;
GLORU ET HONORE GORONÂSTI EVM (vOUS l'aveZ COU-
ronné de gloire et d'honneur) . C'est ce que montre encore la médaille au revers de laquelle un ange place une couronne sur la tête d'un lion, qui, de sa griffe, prend possession du globe terrestre. Toutes ces médailles sont à l'efTigie de Léon X; mais elles ont plus d'intérêt pour l'histoire que pour l'iconographie, car les
4 . Les troupes de la France commandées par Lautrec, celles do Venise commandées par André Gritti et celles du duc de Ferrare, eurent à combattre les armées romaines, espagnoles et allemandes, commandées par Prospère Golonna, Frédéric de Mantoue et le cardinal Jules de Médicis.
%. Lautrec, retranché derrière l'Adda, en fut délogé par Prospero Colonna. Il se retira à Milan, où il fit décapiter Gristoforo Pallavicini, comme partisan du pape. Cruauté d'autant plus coupable qu'elle était inutile.
3. Milan ayant été rendue aui Sforza, Parme et Plaisance firent retour au saint-siège.
portraits qu'elles nous fournissent reproduisent d'une manière presque identique ceux que nous ont donnés les médailles ou monnaies étudiées déjà, dans ce travail.
Léon X était à la M agliana quand lui parvint la nouvelle de la déroute des Français. Voulant présider lui-même aux réjouissances publiques par lesquelles on allait fêter cet événement, il revint èi Rome aussitôt, le 24 novembre 1521, et convoqua le consistoire pour le 27. Se sentant indisposé, il se retira dans ses appartements. Durant quelques jours, les médecins ne crurent à rien de grave. Tout à coup le mal empira, et le l*"" décembre au matin la mort survint. Elle fut tellement prompte, que les derniers sacrements ne purent être apportés au mourant. Léon X était dans sa quarante-sixième année. Il avait régné huit ans, huit mois et dix-neuf jours. La plupart des historiens attribuent sa mort à l'excès de la joie qu'il ressentit en apprenant l'humiliation de la France. Dans l'entourage du pape on crut au poison : François P% le duc de Ferrare et le duc d'Urbin furent soupçonnés d'avoir soudoyé l'empoisonneur*. Les funérailles eurent heu au
4. Le dataire apostolique Paris de Grassis croit au poison. S*étant aperçu, après la mort du pape, que le corps était fort enflé, il demanda au consistoire sMl ne convenait pas de faire une autopsie, et le consistoire refusa. l\ raconte en outre que, durant sa maladie, Léon X sentait un feu interne qui le dévorait. « En conséquence, dit-il, il est certain que le pape a été empoisonné. » H rapporte aussi que, Léon X étant encore à la Magliana, un moine hiéronymile fit avertir le pape qu'un des familiers de sa maison le devait
Vatican, sans grande pompe, le soir même de la mort. Le camérier du pape, Antonio da Spello, prononça une pâle oraison funèbre, et, durant quinze ans, le pape qui avait donné son nom à la grande Renaissance n'eut pas même un monument pour désigner au passant le lieu de sa sépulture. En 1536 seulement, le cardinal Hippolyte de Médicis ayant fait transporter à la Minerve le corps de Clément VII, y fit déposer également celui de Léon X, et ordonna que des tombeaux fussent élevés à chacun de ces papes*. Mais alors la Renaissance descendait avec rapidité la pente de la déca-
empoisonner, non par des aliments, mais par son linge. (W. Roscoe, tome IV, appendice n» ccxiv.) — Du Plessis, dans le Mystère d'iniquiléj fait mourir Léon X du saisissement de la joie. Mais quand on meurt de joie, on meurt subitement et on ne met pas plusieurs jours à mourir. — La narration de Jean Crespin n'est pas plus vraisemblable. Selon lui, Léon X mourut a en beuvant et faisant grande chère, et comme il se réjouissoit merveilleusement de telles nouvelles... » (Jean Crespin, Étal de l^Église, ann. 4524, p. 546.) Les historiens peu favorables à Léon X ne lui refusent pas la sobriélé. — Voici le récit de Guichardin, traduit par Chomedey (livre XIV, chap. xiv, fol. 443, à Tannée 4524) : « Ayant receu au village de Magiiane, oi!i il alloit souvent se récréer, la nouvelle de la prise de Milan, il entra en tel excès de joye que, la nuict même, lui survint une petite fièvre dont il mourut dans très-peu de jours, non sans un grand soupçon d^avoir esté empoisonné par Barnabe Malespine, son chambrier, qu'on avoit député pour lui donner à boire. » — Famien Strada a fait deux récits de la mort de Léon X, Fun dans le goût de Tite-Live, l'autre dans la manière de Tacite.
4. D'après Titi, un autre monument aurait été élevé à Léon X dans la basilique de Saint-Pierre, près de la Pietà de Michel-Ange. On ne l'y trouve plus.
dence. Nombre de grands talents restaient encJore en Italie, le génie faisait presque partout défaut. Le Moïse de Michel-Ange est un digne gardien du repos de Jules II ; les insignifiantes figures de Rafiaelo da Montelupo, de Nanni di Baccio Bigio et de Baccio Bandinelli, veillent sans dignité ni grandeur sur le sommeil éternel de Léon X *.
Les fresques de Raphaël au Vatican, avec la série de portraits qu'elles contiennent, nous ont tenu dans le domaine exclusif de l'histoire et de la politique, politique détestable, qui nous a montré le pape sous son plus mauvais jour. Léon X, en effet, qui avait pris l'Italie des mains de Jules II au lendemain de Ravenne, la laissait à Clément VII * à la veille de Pavie et à l'avant- veille du sac de Rome. Il était mort dans l'enivrement de son triomphe, sans rien prévoir des catastrophes prochaines et inévitables. Après avoir promis la paix, il n'avait donné que la guerre. A force de mensonges et de ruses, il avait chassé les Français du nord de l'Italie, mais il avait livré l'Italie tout entière aux Espagnols et aux Allemands. Ne valait-il pas mieux encore voir François P' à Milan que Charles-Quint partout ? Léon X, dont le règne s'était annoncé conune une
4 . Il y a, sur la tombe de Léon X, une statue de ce pape. C'est une œuvre sans valeur iconographique.
2. Nous ne parlons pas d'Adrien VI, qui ne régna guère qu'une année et qui n'eut pas le temps de voir mûrir les fruits de la politique de Léon X.
réaction pacifique contre le règne belliqueux qui avait précédé, n'avait fait que continuer la politique de Jules IL II avait hérité de sa haine contre la France, et, pour assouvir cette haine, il avait tout sacrifié. Jules II cependant, agissant au grand jour et allant droit au but, n'avait songé qu'à l'Italie, pour laquelle il ne s'était point épargné. Léon X, au contraire, cheminant dans l'ombre et par des voies tortueuses, n'avait songé qu'à sa propre maison et ne s'était jamais exposé. Jules II, jusque dans ses plus grands écarts, montre de la grandeur; Léon X, d'un bout à l'autre de son pontificat, ne fait preuve que d'habileté. Le népotisme l'entraîna dans les plus détestables aventures. Ce qu'avaient fait Sixte IV pour les Riario et Alexandre VI pour César Borgia n'est pas pire que ce que fil Léon X pour Laurent de Médicis. Quoi de plus injuste que la guerre contre François-Marie délia Révère? Quel parjure plus odieux que celui dont Jean- Paul Baglioni fut victime* ? Quelle trahison plus manifeste que celle dont Alphonse de Ferrare eut tant de peine à se tirer * ? Et quelle prodigalité de l'or chré-
4. En 4524 , Léob X allire Jean-Paul Baglioni à Rome sous la foi d'un sauf-conduit et le reçoit au Vatican, où il met la main sur lui. n le fait jeter au château Saint-Ânge, mettre à la torture et décapiter; après quoi il s'empare de Pérouse. H prit également par trahison Ferme et les principales villes et forteresses de la Marche d'Ancône.
â. Léon X refusa de restituer les villes de Modène et de Reggio qu'il avait promis à François I" de remettre au duc de Ferrare. U
tien! Quel gaspillage des deniers de l'Église! Quel coupable aveuglement en présence des révoltes religieuses, que tant d'abus et de scandales étaient en train de susciter*! Il est peu de papes auxquels l'Italie et la papauté aient à demander de si redoutables comptes... D'où vient donc que le nom de Léon X ait traversé les âges entouré de tant de prestige et comme un des grands noms de la papauté? C'est qu'à côté du pape roi, qui fut mauvais, mais qu'on a presque oublié, il y eut le pape de la Renaissance, qui seul a survécu, l'humaniste passionnément épris du beau sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, le représentant d'une majesté intellectuelle sur laquelle les lettres et les arts ont répandu un incomparable éclat... Voilà ce que nous allons regarder dans le portrait de la galerie Pitti.
se serait même emparé de tout le duché, si le marquis Frédéric de Manloue n'était arrivé au secours du duc Alphonse.
4. Léon X ne vit pas venir la Réforme. Quand on lui parlait des démêlés de Lulher avec ses adversaires, il haussait les épaules avec indifférence et se contentait de dire : « C'est une affaire de moines ». De même, fait observer très judicieusement M. Renan, le proconsul d'Achaïe refusait d'entendre les zélés de la synagogue de Corinthe, qui traînaient saint Paul devant lui, et leur répondait avec hauteur : « C'est une querelle de juifs ».