‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 111 sur 131 · LÉON X DANS LE COURONNEMENT DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

LÉON X DANS LE COURONNEMENT DE CHARLEMAGNE

La dernière des grandes peintures qui décorent la troisième des Chambres de Raphaël fut exécutée durant cette année 1517. Léon X, qui nourrissait toujours en son cœur le désir et l'espoir de chasser d'Italie les Français, devait attendre encore et prendre soin surtout d'inspirer confiance à François P'. Ce fut alors qu'il lui présenta le mirage de l'Empire et

qu'il fit peindre au Vatican le Couronnement de Charlemagney voulant que, dans cette fresque, on confondît Léon X avec Léon III et François I" avec Charlemagne. Voilà donc, pour la quatrième fois dans la même Chambre, sinon un vrai portrait du pape, du moins une réminiscence iconographique qui, sans nous renseigner d'une façon précise, est de nature à nous intéresser... L'empereur, tenant le sceptre de la main droite et portant de la main gauche le globe du monde, est agenouillé devant le pape, ou plutôt devant l'évêque de Rome, qui est assis sur le trône pontifical. Léon X , de profil à gauche et très reconnaissable,est coiffé d'une haute mitre toute resplendissante d'or et de pierreries. De ses deux mains il tient la couronne impériale, qu'il va déposer sur la tête de François P' *. La figure du pape, calme et recueillie, ne manque ni de noblesse ni de distinction. Elle revêt même ici un caractère idéal qui s'accorde difficilement avec les portraits vrais. N'oublions pas cependant que les contemporains célèbrent à l'envi la belle prestance de Léon X dans toutes les cérémonies du culte*. Le souverain pontife semblait alors se dépouiller en partie de son humanité et grandir de toute la majesté dont il était revêtu... Raphaël lui-même n'est d'ailleurs pour rien dans ce pseudo-portrait. Accablé de travaux, il confiait à des

4. Les traits de François I" sont très bien caractérisés dans cetle peinture. Pour que Tallusion soit quelque peu déguisée, Partiste a supprimé la barbe que portait ic roi de France.

t. Voir Paris de Grassis.

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élèves Texécution de ses fresques... Il n'y a pas moins là, tout autour du pape et de l'empereur, de nombreux portraits dont aucun ne nous est connu. Sans cet oubli de l'histoire, que de personnages importants vivraient devant nous !

Au commencement de 1518, tout l'Occident semble vouloir encore une fois se porter vers l'Orient. Ce n'est, il est vrai, qu'un feu de paille, mais il est allumé de la main même du pape, et il en jaillit un instant des flanmies assez vives pour produire l'illusion d'un réel embrasement... Sélim venait de s'emparer de l'empire ottoman. Il avait tué Bajazet son père, Achmet son frère et les deux fils d' Achmet, conquis la Perse, soumis l'Egypte, s'était rendu redoutable par sa cruauté autant que par ses conquêtes, et faisait trembler l'Europe par la guerre qu'il préparait contre elle à Constantinople. Était-ce sur l'île de Rhodes, sur la Hongrie ou sur le royaume de Naples qu'il allait frapper ses premiers coups? Nul ne le savait, chacun était alarmé. Léon X, croyant le moment opportun pour réunir les princes chrétiens contre l'ennemi commun, proclama entre eux une trêve de cinq ans, avec menace d'excommunication contre celui qui viendrait à la rompre. Pour arriver à cette communauté d'action, il envoya le cardinal Bibbiena en France, Lorenzo Campeggio en Angleterre, iEgidius de Vilerbe en Espagne, Alexandre Famèse en Allemagne. A Rome, Sadolet prêcha la guerre sainte, exaltant le souverain pontife et criant sus aux infidèles.

Tout cela ne pouvait aboutir. Le temps des croisades était irrévocablement passé, et Léon X, malgré les flots d'éloquence qu'il fit répandre par toute la chrétienté, ne parvint à former entre les rois qu'une alliance défensive ^.. Des événements considérables allaient d'ailleurs détourner brutalement l'Occident des régions romanesques où, depuis longtemps déjà, il ne voyageait plus qu'en imagination.

Les médailles sur la face desquelles est le portrait de Léon X et qui portent au revers, les unes l'étoile des Mages avec ces mots : lvx vera in tenebris lvcet (la Lumière véritable luit dans les ténèbres), les autres cette inscription : benefac, domine, bonis et rectis CORDE (Seigneur, bénissez les hommes bons et droits), furent sans doute gravées vers cette époque. Elles présentent toutes des portraits conçus et exécutés dans le même esprit et se rapportant à un même type. Sans avoir l'autorité du portrait qui fait l'objet de cette étude, elles sont des compléments d'information nécessaires à l'iconographie de Léon X.

Dès la fin de 1518, le jeune roi d'Espagne demande au pape le titre de roi des Romains et l'investiture du royaume de Naples. François I", que Léon X s'empresse d'informer, supplie le pape de résister à

4 . Chemin faisant, le cardinal Bibbiena négocia en France le mariage de Laurent de Médicis avec Madeleine de La Tourd'Auvergne. Les présenls que fit Léon X à la nouvelle épouse s'élevèrent k la somme prodigieuse de 300,000 ducats. K ne fallut pas moins de troute-six chevaux pour les transporter à Paris.

cette prétention, et la cour de Rome décide que la couronne impériale appartenant de droit à Maximilien, celui-ci devra venir en Italie pour la recevoir des mains du pape^ Léon X comptait sur François P' pour arrêter Maximilien dans sa marche* Mais Maximilien meurt le 12 janvier 1519, et voilà que commence en Italie le grand drame dont la France allait payer les frais et dont la papauté devait porter la honte. Le jeune roi d'Espagne réunissait sur sa tête quatre couronnes royales* et prétendait y ajouter la couronne impériale ; mais il trouva dans François P' un ardent compétiteur. Les électeurs, malgré tout, décidèrent en sa faveur : il fut élu empereur, le 28 juin, à l'âge de dix-neuf ans. Devant ce pouvoir immense

4 . Quant à l'investiture du royaume de Naples, Léon X allégua qu'une des lois fondamentales de ce royaume exigeait que la souveraineté n'en fût point réunie à la couronne impériale. Le jour donc oh le roi d'Espagne aspirerait à cette couronne, il se trouverait dans l'obligation de renoncer au royaume de Naples... En proposant à Maximilien de venir à Rome pour s^y faire couronner, Léon X le trompait. Maximilien se laissa prendre au piège. Il avait été cependant leurré déjà par la papauté et disait quelquefois, en parlant de Léon X : a Si ce pape ne m'eût pas trompé, lui aussi, il aurait été le seul pape dont j'aurais eu lieu de louer la bonne foi. s (Heidegger, Uistor, Papalus, p. %0\.)

5. Il tenait les Pays-fias du chef de son père, l'archiduc Philippe ; Jeanne la Folle, sa mère, fille de Ferdinand et d'Isabelle, lui avait donné d'incontestables droits sur la Gastille et sur l'Aragon ; comme héritier de la branche légitime de la maison d'Aragon, la Sicile et Naples lui appartenaient; la mort de Maximilien le mettait en possession des États héréditaires do la maison d'Autri<*.be.

Léon X conçut des craintes, mais il détestait à tel point François P% que la déconvenue du roi de France lui fit tout oublier. Elle le consola même de la mort de son neveu, Laurent de Médicis. Cette mort, d'ailleurs, l'affranchissait de ses plus détestables préoccupations politiques. Les guerres dans lesquelles il s'était engagé l'avaient conduit aux plus coupables extrémités. Presque tout l'argent extorqué en Allemagne par le trafic des indulgences avait été employé à satisfaire l'ambition de Laurent. On en était arrivé, rapporte Guichardin, à jouer dans les cabarets la faculté de tirer les âmes du purgatoire*. « Sa Sainteté va sans doute devenir ce qu'à l'époque de son exaltation on s'était attendu qu'elle serait, » écrivait Lodovico da Ganossa au cardinal Bibbiena, à l'occasion de la mort du duc d'Urbin *. Cependant, de la paix pro-

4 . « Haveva sparso per tutto il mondo , senza distîntione di tempi e di luoghi, indulgentie amplissime, non solo per poter giovare con esse quelli che ancora sono nella vita présente, ma con facultà di potere oitra questo liberare Tanime de^ defunti dalle pêne del purgatorio : le quali, perché era notorio che si concedevano solamente per eslorquere danari da gli huomini, ed essendo esercitate impradentemente da commissarii deputati a questa esattione, la più parte de' quali comperava dalla corte la facultà di esercitare; haveva concitato in molti luoghi indignatione e scandalo assai, e specialmente nella Germania, dove a molti de' roinistri era veduto vendere per poco prezzo, o giocarsi su le taverne la facultà del liberare ranime de' morti dal purgatorio. » (Guicciard., lib. XIII, p. 395. )

2. a Mostrando sua santità del tutto volersi accommodare al voler di Dio, ed al naturale inslinto suo. Il che ci dà speranza, che

mise au début de ce pontificat, il fut moins question que jamais. Léon X, au contraire, s'abandonna tout entier à sa haine contre la France, et, pour chasser les Français du Milanais, promesses, mensonges, trahisons, perfidies, tout lui fut bon... Il propose à François P** de se joindre à lui afin d'expulser de Naples les Espagnols. Le pape prendra Gaëte et le Garigliano, le roi de France gardera le reste du royaume pour son second fils. Le marché conclu, Léon X fait entrer dans le Milanais les Suisses achetés par lui. Il informe en même temps Charles-Quint des projets de François I" contre Naples, et lui offre de réunir les troupes pontificales à celles de l'empire pour arracher Milan à la France et y ramener François Sforza*. Cela fait, il jette le mtisque, lance l'anathème contre François P' et dévoile son alliance avec Charles-Quint*. Voilà donc la guerre encore une fois allumée dans la

sua bealitudine si possa ancor veder laie, quale si spero che dovesse essere il giorno che fu creata. » (Lettere di Principi, vol. I, p. 57.) Le gouvernement de la Toscane fut remis alors par Léon X au cardinal Jules de Médicis, qui s'acquitta de cette mission avec sagesse et modération. Quant au duché d*Urbin, il fut réuni en 4520 au domaine de l'Église.

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