Sur le territoire de Pesaro
2. Une lettre du cardinal Bibbiena, adressée au Bembo le 49 avril 4546, est le document le plus ancien qui fasse mention de ce portrait.
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abandonné, et il semblait fait désormais pour le conseil plutôt que pour l'action. Raphaël Ta représenté presque de face, légèrement tourné vers la gauche, vêtu d'un costume qui a quelque chose d'opulent, sans rien de voyant. La coloration de la tête pai^it d'autant plus chaude que les tons du vêtement, oscillant entre le noir et le gris, sont comme neutres et éteints. La baiTette, de velours noir, portant à sa base une coiffe agrémentée de broderies également noires, est surmontée d'un large toquet de même étoffe et de même couleur. Ce toquet, dont les pans tailladés se relèvent au-dessus de l'oreille gauche, tombe de côté sur l'oreille droite*. Une chemise blanche, chiffonnée plutôt que plisséc, cache le haut de la poitrine; Sur cette chemise est passé un vêtement de velours noir complètement ouvert par devant, dont le collet, de forme carrée, se dresse derrière le col. Des manches bouffantes, en grosse peluche grisâtre, se drapent largement sur les bras, tandis que, sur les avant-bras, reparaissent les manches noires du vêtement. Un plastron, enfin, de même étoffe que les manches bouffantes et orné de pièces en velours noir, couvre le bas de la poitrine et complète ce costume, qui n'a rien de pompeux et qui ne rappellerait en rien l'homme de guerre, si le pommeau d une épée ne se voyait sur la hanche gauche. Ainsi vêtu, le comte Balthazar Castiglione est assis, vu à mi-corps, les mains ramenées l'une sur l'autre
4 . Une médaille est ûxée sur le côté droit de ceUe coiffure.
dans une attitude pleine d'abandon et de familiarité. Sa tête est belle de forme et d'une certaine puissance. Une barbe soyeuse, d'un blond foncé, encadre le visage, couvre toute la partie inférieure de la face et remonte le long des joues jusqu'aux tempes, où elle se confond avec les cheveux. Le front, très dégagé par la barrette, est d'un large développement; la lumière s'y trouve naturellement concentrée, comme au foyer même de l'esprit et de la pensée. D'épais sourcils blonds couronnent les yeux, qui sont d'un bleu très intense et d'un admirable dessin. Les paupières, bien ouvertes, les découvrent entièrement, de manière à ne rien voiler de leur clarté. Le grand charme de ce visage est dans le regard, qui est doux et ferme à la fois, loyal et sincère au plus haut point. Le nez n'est pas d'une forme irréprochable. La bouche, aux lèvres un peu fortes, est petite, spirituelle, aimable, bienveillante. Les joues sont hautes en couleur et respirent la santé. Tous les traits sont en parfait accord les uns avec les autres, expriment instantanément la même pensée, sans l'ombre de rélicence ni de duplicité. On se sent entraîné par une singulière puissance d'attraction vers ce personnage, en qui tout est franchise, honnêteté, bonté. Ce portrait est d'une large et magistrale exécution. La vie et l'intelligence s'y montrent avec plénitude. Le dessin de la tête n*a rien de sec, et il est remarquable de pureté. Les contours, pris dans la couleur et fondus dans le modelé des chairs, sont pour ainsi dire insaisissables. Raphaël, en présence d'un
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modèle dont il conuaissait les qualités maîtresses, a peint de verve, d'une main sûre, rapidement, sans la moindre hésitation.
Voilà un de ces portraits amis avec lequel il fait bon vivre, une de ces compagnies qu'on voudrait ne quitter jamais. « Être avec les gens qu'on aime, dit La Bruyère, cela suffit; rêver, leur parler, ne leur parler point, penser à eux, penser à des choses plus indifférentes, mais auprès d'eux, tout est égal. » Balthazar Castiglione fut de ceux-là pour ses contemporains, et il revit pour nous dans son portrait... Nous avons dit quelle amitié le liait à Raphaël. La lettre célèbre écrite par ce dernier au sujet de la Galatée suffit pour montrer quel idéal de perfection ces deux hommes poursuivaient en commun*. Le Castiglione était d'ail-
4. «Seigneur comle, j'ai fait, de différentes manières, plusieurs dessins sur les indications de Votre Seigneurie. Tout le monde en est content, si tout le monde ne me flatte point; mais, à mon prepre jugement, je ne saurais être satisfaits! vous-même ne Fêtes. Je vous envoie ces dessins {>our que Votre Seigneurie en choisisse quelques-uns, si elle en trouve qui lui paraissent dignes d'elle. Notre seigneur le pape, en me faisant honneur, m'a mis un grand fardeau sur les épaules : c'est la charge de la fabrique de Saint- Pierre. J'espère bien n'y pas succomber, d'autant que le modèle que j'ai fait platt è Sa Sainteté et à quantité d'autres bons esprits. Mais je m'élève en pensée plus haut encore. Je voudrais trouver les belles formes des monuments antiques. Je ne sais si mon vol ne sera pas celui d'Icare. Vitruve m'apporte de grandes lumières, mais pas autant qu'il m'en faudrait. Quant à la Galatée, je me tiendrais pour un grand maître si la moitié seulement do toutes les choses que Votre Seigneurie m'écrit à ce sujet s'y trou-
leurs le centre et l'oracle d'un cercle qui comprenait dans une même intimité Bembo, Sadolet, Béroalde, Bibbiena, Navagero, etc. Léon X lui-même l'avait en particulière affection. Balthazar n'en quitta pas moins Rome en 1516 et se relira à Mantoue, quand le pape eut enlevé le duché d'Urbin à François-Marie délia Rovere, pour le donner à Laurent II de Médicis*.
Les Gonzague jugèrent alors le moment opportun pour reconquérir leCastiglione. Us lui prodiguèrent les plus tendres caresses, et, voulant le fixer à Mantoue, le marièrent avec Ippolita, fille de Guido Torelli* et de Giovanna Bentivoglio'. Balthazar Castiglione était alors âgé de trente-huit ans. Il avait dû, dans sa jeunesse, épouser Clarisse de Médicis, fille de Pierre de Médicis et d'Alphonsine Orsini^ Ce mariage, arrangé pendant
vait réellement; mais je reconnais dans vos paroles l'amour que vous me portez, et je vous affirme que, pour peindre une belle femme, j'ai besoin d'en voir plusieurs, à la condition que Votre Seigneurie soit avec moi afin de m'aider à choisir. Mais, étant privé de bons juges et de belles femmes, je -me sers d'une certaine idée qui me vient à l'esprit. Si cette idée a quelque excellence, je ne sais ; c'est à quoi cependant je m'efforce d'atteindre. Je me recommande à Votre Seigneurie. — De Rome. Rapbael. »
4 . François-Marie s'était lui-même réfugié à Manlouo, chez son beau-père.
?. Des comtes de Monte-Gbiarugolo.