‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 25 sur 131 · Vasari, t. ÏV, p. Uî · texte numérisé non relu

Vasari, t. ÏV, p. Uî

tée de même et mêmement taillée? L'exécution seule de ces deux portraits diflere. A la grâce maniérée d'un quattroceniisla et à la langueur d'expression que commande la mise en scène du sujet traité par Lorenzo Costa, Raphaël a substitué la franchise de pinceau d'un vrai maître et la simplicité naturelle d'un véritable portrait. Rien de surprenant, d'ailleurs, à rencontrer Balthazar Castiglione dans le tableau du peintre ferrarais. Ce tableau fut exécuté vers 1506* et placé dans le palais de Saint-Sébastien à Mantoue*. Le Castiglione, alors âgé de vingt-huit à trente ans, avait quitté la cour de Mantoue pour celle d'Urbin ; mais François Gonzague, nous l'avons vu, ne s'était résigné qu'à contrecœur à celte séparation, et il espérait bien reconquérir un jour l'homme éminent qu'on lui avait ravi. Placer Balthazar Castiglione au premier plan d'une épopée romanesque dont Isabelle d'Esté était l'héroïne, n'était-ce pas flatter le désir secret du prince? N'était-ce pas dire non seulement que le Castiglione avait appar-

1. Lorenzo Costa vécut longtemps à la cour des Gonzague. De 4510 jusqu'à sa mort, en 1535, il reçut du marquis de Mantoue une pension de six cent soixante-neuf lires et douze sous, plus une maison à Mantoue et d'autres avantages considérables (Vasari, t. IV, p. 241, note 4]. Il avait sans doute travaillé déjà pour François Gonzague avant 1510, et le tableau qui nous occupe pourrait bien remonter à 1506.

2. En 1630, lors du sac de Mantoue par les Allemands, le palais de Saint-Sébastien fut dévasté et tous les trésoi-s qu'il contenait furent dispersés. Ce palais, depuis lors, fut converti en prison. Le tableau de Lorenzo Costa est au musée du Louvre sous le n* 175 des Écoles italiennes.

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tenu au marquis de Gonzague, mais qu'on le considérait comme lui appartenant encore? I^ convenance historique s'accorde donc ici avec les apparences pittoresques*.

Quel complément délicieux au portrait de Raphaël, et quel piquant rapprochement ! A côté de l'honmie parvenu à la maturité de son âge et à l'apogée de sa situation, à côté du personnage représenté dans la réalité de sa vie et de son costume de chaque jour, voilà le jeune homme avec le charme de sa grâce et l'éclat de sa printanière beauté, entouré d'un appareil théâtral, transfiguré par l'allégorie, accoutré d'accessoires mythologiques, jouant un des premiers rôles dans une de ces cours affolées de prétentions littéraires et d'érudition classique. Le Castiglione en Tircis devait être ainsi.

Ce qu'il avait été comme poète en 1505, il l'était encore en 1515, au moment oii Raphaël nous montre son portrait. Son mariage avec Ippolita Torelli allait porter à leur apogée ses facultés poétiques, et lui inspirer ces élégies latines, tant vantées par les contemporains*. Nous n'en retiendrons qu'une, qui tient au vif de notre sujet; c'est celle où le comte Castiglione, plaçant devant son portrait Ippolita Torelli, sa femme, lui prête les vers dont voici la traduction : a Ton

4. Voir ce que nous avons dit déjà de ce tableau à la {>age 216 et aux pages suivantes du tome I" de Raphaëi et V Antiquité,

2. Les rares poésies italiennes de Balthazar Castiglione sont également estimables.

image, peinte de la main de Raphaël, peut seule alléger mes soucis. Celte image fait mes délices ; c'est à elle que j'adresse mes sourires ; elle est ma joie; je lui parie, et je suis tentée de croire qu'elle va répondre à mes paroles. Souvent ce portrait semble vouloir me dire quelque chose de tes sentiments et de ta volonté, et me parler en ton nom. Ton enfant te reconnaît et essaye devant toi ses premières paroles. C'est ainsi que je me console et que je trompe la longueur des jours \ » La note est juste, elle a de la tendresse, de la sensibilité, et cependant ne nous oiïre plus guère

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