‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 29 sur 131 · BALTHAZAR CASTIGLIONE DE 4520 A · texte numérisé non relu

BALTHAZAR CASTIGLIONE DE 4520 A

Aux approches de 1520, la politique et la guerre ressaisirent Balthazar Castiglione. Il fut alors envoyé à Rome pour amener Léon X à nommer Frédéric Gonzague capitaine général de la sainte Église, obtint gain de cause et fit campagne ensuite auprès du marquis de Mantoue contre les Français. Presque aussitôt Léon X meurt et Frahçois-Marie délia Rovere reconquiert son duché d'Urbin; mais il est forcé de restituer Novilara à la municipalité de Pesaro, et Balthazar

1. Le Corlegiano, dès Tannée 1548, fut soumis au Rembo par le Castiglione; mais ce fut seulement en 4527 que le comte Balthazar remit au net son manuscrit et le ût imprimer à Venise. Il parut en 45Î8, in-folio, chez Aide Manuce.

«. Il faudrait parler aussi des lettres du Casliglione. Elles furent réunies par SerassI, qui les publia en 4769. Ces leltres, écrilcs pour la plupart pendant les ambassades du comte Balthazar, sont d'une grande importance. Quelques autres lettres encore furent publiées, en 4843, par le baron Vernazza, et en 4820, dans les Éphé/nen'des de Home.

Castiglione, dépouillé de sa seigneurie, reste comte sans comté... On le retrouve en 1523 à Rome, où il représente encore Frédéric Gonzague. Le cardinal Jules de Médicis avait été son ami et Tavait vu à Tœuvre dans les affaires les plus délicates; devenu Clément VII, il l'envoya conrnie ambassadeur à Madrid, avec l'agrément du marquis de Gonzague. 11 s'agissait de gagner l'empereur à la cause du pape, de ménager une réconciliation entre l'Espagne et la France, d'obtenir enfin que la malheureuse Italie cessât d'être le champ de bataille où venaient s'entrechoquer à chaque instant les deux grandes puissances de l'Occident. Parti de Rome le 5 octobre 1524, avec une suite nombreuse, emportant avec lui ce qu'il avait de plus précieux, notamment son portrait et le portrait du cardinal Bibbiena peints par Raphaël, Ballhazar Castiglione s'arrêta d'abord à Lorette pour y faire ses dévotions, puis à Mantoue pour y régler quelques affaires personnelles et y installer Jules Romain, et n'arriva à Madrid que le 11 mars 1525. Charles-Quint fit le meilleur accueil h ce grand charmeur, le combla des distinctions les plus flatteuses et ne put dès lors se passer de sa compagnie'. Bientôt, cependant, les affaires se brouillèrent entre Rome et Madrid. Clément VU devint l'ennemi personnel de l'empereur, qui n'en redoubla pas moins d'égards envers l'envoyé du pape. Le Cas-

4. A partir de ce moment, Charles-Quint, quand il voyageait dans ses Élats, se faisait accompagner par le Castiglione.

liglione pensa bien servir les intérêts du Saint-Siège en restant près du puissant empereur, mais le sac de 1527 et la captivité du pape lui portèrent un coup dont il ne se releva point. Clément VII, qui n'aurait du accuser que lui-même, fit retomber sur son ambassadeur le poids de ses propres fautes. Vainement Charles- Quint voulut consoler le Castiglione. Le comte Balthazar refusa toute nouvelle faveur. Ce fut seulement après avoir réconcilié le pape avec l'empereur qu'il accepta l'évêché d'Avila. Mais ces événements l'avaient frappé mortellement. L'amitié personnelle dé Charles- Quint ne put qu'adoucir ses derniers moments. Il mourut à Tolède, le 2 février 1529, dans sa cinquante et unième année, et fut pleuré d'un bout à l'autre de l'Italie. Pour comprendre la grandeur de cette âme, l'âme du pape n'avait point été assez grande, et ce fut le roi d'Espagne qui se chargea des funérailles de ce généreux Italien. « Je vous affirme que la mort vient de nous enlever un des meilleurs chevaliers du monde. Yo vos digo que es muerto uno cfe los mejores cavalleros del mundo, » dit Charles-Quint au jeune Louis Strozzi, neveu du Castiglione, qui exprimait sa reconnaissance à l'empereur*... Le corps du comte Balthazar Castiglione ne fut ramené en Italie que seize mois après et fut déposé dans l'église des Frères Mineurs, à cinq milles de Mantouc. La mère du comte, qui survécut

1. Louis Strozzi était fils d'une sœur du comte Ralthazar, Francesca. mariée à Tommaso Strozzi.

quelques années encore, y avait fait construire un mausolée sur les dessins de Jules Romain. Aloysia Gonzaga contra votum superstes filio bene merito posuit\ Tels sont les derniers mots de Tépitaphe composée par Bembo.

1 . Au-dessus des urnes funéraires s'élève une pyramide formée de sept gradins, au sommet desquels plane la 6gure du Rédempteur. Cette pyramide est soutenue par deux larges pilastres sur lesquels on lit :

BALDASSARI CASTILIONI

HANTVANO OMNIBVS NATYRA

DOTIBVS PLVRIHVS BONIS

ABTIBVS ORNATO GRiBCIS

LITTBRIS ERVDITO IN LATINIS

ET HBTRVSCISBTIAM POET.T.

OPPIDO NEBYLARIJE IN PISAVREN

OB VIRT . MILIT. DONATO .DVAB.

OBITIS LEGATION . BRITANNICA

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