G. Camporj, Gazette des Beaux-Arts, 4863, t. XIV, p
2. « Rafaël Sanzio d'Urbino amicissimo del conte e per la crean7.a di civilissimi coslumi, e per Teccellenza singolare délia pittura e deil*arti sue compagne, gli fece la detla medaglia, corne anche lo ritrasse nella sala di Costantino, dove non sono se non principi ecclesiastici e secolari, e due allrechesi conservano in casa Casligliona. » (Ânt. Beffa Negroni, Elogi de* personaggi délia famiglia Castigliona. Manlova, 4606.)
se rapporterait-elle pas à Tindication fournie par le chargé d'affaires de Ferrare? On ne peut former à cet égard que des conjectures. Quoi qu'il en soit, plusieurs copies anciennes furent faites d'après ce portrait. Vers la moitié du dernier siècle, le cardinal Lodovico Valenti en possédait une qui est à Rome, au palais Torlonia*. On n'y voit que la tête, qui est très vivement peinte. Le panneau porte, dans le bas, les armes du Castiglione, avec l'inscription latine suivante, qui donne la date de la mort du comte et ne mentionne pas le nom de Raphaël : « BaUesar de Castiliono Christof. milites primus fi. Henrici Angliae régis aeques. Amor capit nubilariae agri pisaurensis co. et post mortem itxoris. démentis^ P. P. VII, in Hispanijs nuncius et a Carlo Vimperat. abbulae esp. electus. Naùus est in vico casatici agri Mant., obijt vero Toleti in Hispanijs ann. MDXXIX^. » Une autre copie, traitée dans la manière vénitienne, se trouvait en 1820 chez le docteur Pasquale Codde, àMantoue. Elle passa, en 1835, dans la collection du comte Cabrai, à Rome, et est entrée depuis 1845 au musée de Berlin.
Vasari cite aussi un portrait du Castiglione dans la
\. Voir Passavant, t. W, p. 155. (H., 2 palm. 4" 6"'. L., 4 palm. 40".)
9. Ce portrait a été gravé par L. Ceroni, pour l'ouvrage de BJ. Dennistoun, Mémoire of theduks ofUrbino. London, 4854. — Jo. Gottofr. Sauter (4747). Paoio Fidanz^a (Télés choisies de personnages illustres, Rome, 4785). Gius. Longhi et Ant. Gajani l'ont également gravé.
dernière des Chambres de Raphaël^ la salle de Constantin. On sait que ces peintures furent faites après la mort de Raphaël, sous la direction de Jules Romain et de François Penni. C'est à Raffaellino del Colle qu'on attribue l'exécution de la Donation de Constantin et c'est presque au milieu de cette fresque, en inclinant un peu vers la gauche, qu'on aperçoit le comte Balthazar Castiglione. On voit à côté de lui Jules Romain, ainsi que les poètes Pontano et Marullo, en compagnie, ajoute Vasari, d'une quantité de littérateurs et de courtisans'. Combien ce portrait de Balthazar Castiglione est loin du portrait peint par Raphaël ! Raphaël mort, on dirait qu'il a neigé sur la peinture de ses élèves.
Pour être complètement en règle avec l'iconographie du Castiglione, il faut citer deux médailles, sur lesquelles est gravé le portrait du comte Balthazar.
Sur l'une de ces médailles, dont M. Gaudenzio Bordiga, à Milan, possède un exemplaire, le buste du comte Castiglione est de profil à droite, avec ces mots : BALDSSAR CASTIGLIONE. La tête n'ost pas coiffée de la barrette et possède tous ses cheveux. Le visage porte également toute sa barbe. Les traits sont assez insignifiants. Si Ton reconnaît là le comte Balthazar, on ne retrouve presque plus rien de ce qui attire et captive à un si haut point dans le portrait de Raphaël.
\. « E f ra i moUi ritraUi che in questa opéra sono, vi si vede di nalurale esso Giulio piltore ed il conte Baidassar Casliglioni, formalor del Corligiano e suo amicissimo, il Pontano, il Marullo, e moUi aîlri letferati e cortigiani. » (Vasari, t. X, p. 94.)
Au revers, la mer, sans autre perspective que sa vaste étendue, semble dire que l'intelligence du Castiglione était aussi sans bornes*.
L'autre médaille, qui est reproduite dans le Muséum Mazzuchellianum et dont on voit un bel exemplaire dans la collection Trivulce, à Milan, montre encore Balthazar Castiglione en buste et de profil à droite, avec cette exergue : baltuasau CASTiLiONen^ cnistofori Filius. Cette fois le front est chauve et se confond avec la partie antérieure du crâne. L'œil est vif et presque dur, la bouche sévère, le nez quasi droit, la barbe entière et plus longue que dans le portrait de Raphaël. La physionomie n'a rien de cet esprit et de cette ^tffabilité dont le modèle était si abondamment pourvu et dont le portrait du Louvre est si délicieusement paré. Au revers, Apollon, monté sur son char, émerge au-dessus de l'horizon : tenebrarvm ET Lvcïs; fuyant les ténèbres, il s'élance radieux vers la lumière. Allusion transparente à la science du Castiglione, à son ardeur de tout connaître et de tout embrasser*. D'après Antonio Beffa Negrini', le revers de cette médaille aurait été ciselé d'après une esquisse que Raphaël envoya au Castiglione pour la médaille
\. Cette médaille a 0°>,059 de diamètre.
2. Cette médaille mesure O'^fOSS de diamètre. Étant devenue très rare, elle a été répétée en plus grand module par M. Mercandetti, sur l'ordre de la marquise Teresa Cristiani Castiglione.
3. Elogi de*personaggi délia famiglia Castiglione. Mantova, 1606, p. 4î8,
que le comte voulait attacher à sa barrette, selon la mode du temps. Marc- Antoine a gravé en effet, d'après Raphaël, une composition représentant l'Aurore émergeant des flots. Invention charmante, dans laquelle on reconnaît Raphaël avec son goût exquis et son incomparable grâce.
Ces documents complémentaires, quelque intéressants qu'ils soient pour l'iconographie du Castiglione, s'effacent et disparaissent devant le portrait peint par Raphaël en 1515. Après avoir vu ce portrait, on est complètement renseigné.
Le comte Balthazar Castiglione avait été la loyauté même dans un temps de démoralisation profonde. Il avait pu changer de maîtres sans en trahir aucun, ne servir que de bonnes causes, vivre dans l'intimité des plus puissants personnages, sans rien perdre de sa dignité. Les ducs d'Urbin, Guidobaldo de Montefeltro et François-Marie délia Rovere, l'eui'ent en grande affection. Le marquis de Mantoue, Frédéric Gonzague, qui l'avait possédé le premier, crut, en le conquérant de nouveau, rentrer dans son plus précieux apanage. Balthazar avait charmé tour à tour Louis XII, roi de France, Henri VII, roi d'Angleterre, Charles-Quint, roi d'Espagne et empereur d'Allemagne, mérité la confiance des papes Jules II, Léon X et Clément VII, en se montrant supérieur de caractère à chacun d'eux. Grand par la naissance et par la situation, plus grand
encore par l'esprit et par le cœur, c'est aux arts et aux lettres surtout qu'il doit d'avoir vécu jusqu'à nous à travers les siècles. Ainsi, de quelque côté qu'on regarde, on voit une belle âme d'un bout à l'autre de cette belle vie, et cette âme est vibrante encore dans le portrait que nous a laissé Raphaël.
D'ANDREA NAYAGERO ET D'AGOSTINO BEAZZA\0
Andréa Navagero et Agostino Beazzano, bien qu'ils ne fussent à Rome que de passage, avaient été reçus à bras ouvert dans le cercle intellectuel où, sous le patronage de Léon X, les arts et les lettres se donnaient si cordialement la main. Après un séjour dont il est impossible de déterminer précisément la durée, le Navagero devait quitter Rome vers le milieu du mois d'avril de l'année 1516. Le 3 avril, en effet, Bembo écrit au cardinal Bibbiena : « Demain, je reverrai Tivoli avec Navagero et Beazzano, le seigneur Balthazar Castiglione et Raphaël. Nous voulons voir tout, l'antique et le nouveau. Nous y allons pour l'agrément du seigneur Andréa, qui retournera à Venise après avoir fait ses Pâques*. » Heureux temps où,
4 . Beazzano dut partir presque en même temps que le Navagero, ainsi que le témoigne sa correspondance avec Bembo.
PORTllAITS D'ANDRKA NAVAGERO. 91
dans ce renouveau de l'humanité, des homnies tels que Bembo, Navagero, Balthazar Castiglione, Raphaël, allaient, confondant leur enthousiasme, se retremper aux sources, sacrées pour Tart, de Tusculum et de Tivoli!
Bembo, voulant garder du Navagero et de Beazzano un vivant souvenir, demanda leurs portraits à Raphaël, qui les peignit sur un même panneau.
C'est l'anonyme de Morelli* qui fournit le plus ancien document relatif à ce double portrait : In casa di M. Pietro Bembo in Pailoa^ el quadro in tavola delli ritratii del Navagero e Beazzano fe de mano de Raffael d'Urbino. En outre, Pierre Bembo, dans une lettre adressée de la villa Bozza à Antonio Anselmi , le 29 juillet 1538, dit : « Je consens à ce que vous donniez à Beazzano le tableau qui contient les deux portraits par Raphaël d'Urbin. Vous les lui ferez porter ou vous les lui remettrez, en le priant d'y prendre garde, afin qu'il ne leur arrive pas malheur*. » Beazzano, dès que Bembo lui eut confié ce tableau, en fit faire une copie. Ce que devint ensuite l'original, on ne sait. Mais, grâce à cette copie, qui est à Rome dans la galerie Doria, l'œuvre de Raphaël n'est pas entièrement perdue. Depuis le xvn» siècle, ce double portrait a passé pour représenter Bartoldus et Baldus. Comment Raphaël, qui ne suffisait pas aux demandes de ses