‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 40 sur 131 · Ses contemporains le mirent au môme rang qu'Homère · texte numérisé non relu

Ses contemporains le mirent au môme rang qu'Homère

3. Terpandre inventa la lyre à sept cordes, et Cépion, son élève, propagea cette invention.

4. Tout instrument à archet suppose deux éléments : ^^ une table d'harmonie, sur laquelle sont tendues des cordes; 2* an archet, composé d'une tige flexible munie d'une mèche de crins à Taide de laquelle on frotte sur les cordes pour en tirer des sons. On a voulu reconnaître une sorte d'instrument à archet dans le plectre; mais leXîixTpcv vient de itX^tiiv, qui veut dire frapper, et c'est à tort que certains lexiques traduisent i?Xf.x7pov par archet d'un instrument de musique. Voyez le plectre dans les statues et les basreliefs, ainsi que sur les vases peints : c'est toujours un morceau de bois, d'or ou d'ivoire, terminé par des crochets pour pincer les cordes, ou par une sorte de petit marteau pour les frapper. Si les Grecs avaient eu le véritable archet, dont les crins servent à mettre

4î4 RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.

et cinq mille ans avant Jésus-Christ, Ravana en avait déposé dans l'Inde le premier germe, et le ravanastron ou le rouana^ aux mains des moines mendiants du culte de Bouddha, représente encore aujourd'hui le violon dans sa forme originelle et rudimentaire ^ Vomerti *, qui constitua un progrès sur le ravanastron^

les cordes en vibration, ils Tauraient appelé roÇapiov, petit arc. (Fétis, Recherches historiques sur les instruments à archet, p. 4.)

4. D'après la légende indienne, ce serait Ravana, roi deCeylan, qui aurait inventé le ravana-stron. Cet instrument se compose d'un cylindre creux, en bois de sycomore, de 41 centimètres de long environ sur 5 centimètres de diamètre. La table d'harmonie est formée d'une peau de serpent boa ûxée à l'une des extrémités du cylindre. Sur cette table d'harmonie sont tendues deux cordes d*intestins de gazelle. La tension des cordes s'opère à l'aide de chevilles placées à l'extrémilé d'un long manche (de 55 centimètres) qui traverse le cylindre de part en part au tiers de sa longueur, du côté de la table. Un petit chevalet posé sur la table d'harmonie sert de support aux cordes. L'archet se compose d'un mince bambou légèrement courbé en arc et soutendu par une mèche de crins. Le crin est fixé dans un Irou taillé à la tôle du bambou et rattaché à l'autre extrémité par une tresse de joncs très flexible. Le son du ravanastron est doux et sourd. (Voy. au musée du Gonsen'atoire de Paris un intéressant spécimen de cet instrument.) Le rouana, également monté de deux cordes, est une variété du ravanastron. L'origine orientale des instruments à archet n'est pas universellement admise. Fétis cependant l'a soutenue par de bons arguments, et M. Antoine Vidal s'est rallié à Fopinion de Fétis.

2. Vomerti indien est aussi monté de deux cordes ; seulement la caisse d'harmonie, au lieu d'être cylindrique, est formée par une noix de coco coupée au tiers et tendue d'une peau de gazelle. A la partie antérieure sont pratiquées quatre ouvertures elliptiques et une autre en forme de losange, qui servent d'ouïes. Voilà l'origine des/ du violon.

servit à son tour de modèle au kemângch à gmz des Persans*, et le rebâh des Arabes, qui n'avait d'autre destination que de guider la voix des poètes, ne fut aussi qu'une modification du rouana primitif*. L'antiquité grecque et romaine, dans ses rapports avec l'Orient, connut-elle ces instruments? Cela est possible ; mais elle ne les adopta pas. En fait d'instruments à cordes, elle ne légua au moyen âge que des instruments pinces ou à percussion.

Le crouth'trithant, le violon des Gaëls et le premier des instruments à archet qui parut en occident, est une importation indo-celtique, qui remonte sans doute au v' siècle de notre ère. Saint Fortunat, évêque de Poitiers en 570, le cite dans les vers qu'il adressait à sainte Radegonde :

Romanusque lyra plaudat tibi, Barbarus harpa, Grsecus achilliaca, chrotta britanna canat.

« Que le Romain t'applaudisse sur la lyre, le Grec sur la

4. De kemân, archet, et de kàk, lien de l'archet; autrement dit, instrument à archet. L'expression à gouz signifie vieux ou vieille. Donc kemângch à gouz répond à vieil instrument à archet, ou instrument à archet primitif. (Fétis, ul supra, p. 7 et 8.)

2. Le rebab esh-shaer c est formé de quatre éclisses, sur lesquelles sont tendus deux parchemins qui forment la table et le dos. Cet ensemble présente Taspect d'un trapézoïde dont le sommet est parallèle à la base et dont les côtés sont à peu près égaux. Le manche est cylindrique et ne fait qu'une seule pièce avec la tète. Le pied est une tige de fer fixée dans le manche et qui traverse TinstrumenL Le rebâb de poète n'a qu'une corde; le rebâb des chanteurs en a deux. » (Fétis, ibid,, p. 40.)

cithare, le Barbare sur la harpe et le crouth breton '. » C'est le crouth en mains que nous apparaît, au xi^ siècle, le barde couronné de l'abbaye de Saint-MartiaL On pourrait presque voir, dans ce grossier dessin, la première représentation figurée d'un joueur de violon, car le crouth est le plus ancien peut-être des instruments à éclisses, et l'éclisse est un des signes caractéristiques du violon.

Après le crouth trithant, vint la rubèbe ou rebelle^ d'où dérivèrent le rebec et la vielle^ qui se partagèrent la vogue à partir du xiii* siècle, et se confondirent sous la dénomination généralç de viole vers la fin du xv*. Les trouvères du moyen âge, qui s'accompagnaient du rebec, étaient les joueurs de violon de leur temps ; de même les anges de la Renaissance, quand ils faisaient vibrer, sous leurs archets divins, les trois cordes de leurs violes en forme de luth. Colin Musset, Pierre Sigelard, tant d'autres encore, qui s'en allaient avec leurs vielles, chantant devant les Madones et charmant la cour des princes, étaient des précurseurs du Joueur de violon. On rencontrait à chaque instant de ces joueurs de vielles ou de violes sur les portails de nos églises : témoin saint Genès, patron des ménétriers, dont la statue, en joueur de viole, gardait l'entrée de l'église Saint-Julien-des-Ménétriers. Quelquefois c'était le diable lui-même, qui, sous des apparences mons-

4 . Saint Fortunat, né en 530, près de Ceneda, dans les environs de Trévise, mourut à Poitiers dans les premières années du vir siècle.

trueuses, prenait la vielle et l'archet, se faisait virtuose, comme à l'extérieur de la cathédrale de Rouen. Rebecs, vielles et violes se montrent partout du XII* siècle au xv* siècle. Sur l'ancien portail de l'abbaye de Saint-Denis, c'est la viole à trois ou à cinq cordes. Voici la vielle à trois cordes et à chevalet sur le portail de Notre-Dame de Chartres. Un ange, jouant de la rubèbe à deux cordes, apparaît rayonnant de lumière dans un vitrail de l'abbaye de Bon- Port, en Normandie. Les manuscrits, de leur côté, abondent en exemples du même genre. La viole à cinq cordes se voit dans un roman français du xiv*" siècle, à la Bibliothèque nationale de Paris; le rebec à trois cordes se trouve dans le Miroir hisiorial de Vincent de Beauvais; lo. Bible historiaux montre la petite' viole; dans les Échecs amoureux^ une femme tient entre ses jambes la grande viole à quatre cordes ; le petit rebec à trois cordes dont joue la Sirène, dans le même manuscrit, est en tout semblable à celui que Martin Agricola représente dans son livre * ; et , en plein xvi* siècle, la viole à quatre cordes et à chevalet du livre des Proverbes et Adages est encore de la même famille.

On voit, par ces exemples, qu'une grande variété de types s'était introduite dès le moyen âge dans les

\. Musica instram.j p. 64, 56, 4529; pelit in-8*. — Marlin Agricola et Ottmar Lucinius (Musurgia seu Praxis musicœ, 4536, petit în-4<» obi.) signalent alternativement des violes avec ou sans chevalet.

instruments à archet. Vers la fin du xiv* siècle, Dufay, Binchois et Dunstaple avaient découvert les éléments d'un art nouveau dans Tharmonie que forment par leur réunion les différentes espèces de voix. Dès lors, rebecs, vielles et violes furent comme une famille complète qui eut ses voix de soprano, de ténor , de contralto et de basse. Le xv* siècle fabriqua nombre de violettes, d'altos^ de basses et de contrebasses. Au commencement du XVI' siècle, on prononçait déjà en Italie le nom de violino, mais on n'apercevait pas encore le violon avec sa forme définitive. Le violino placé par Raphaël dans les mains d'Apollon est" bien toujours la viole des quattrocentisti. Les instruments que Pietro Dardelli* fabriquait à Mantoue, vers 1500, ne différaient guère de ceux que Joan. Kerlino confectionnait enl/i50 àBrescia*.

En 1518, au moment où Raphaël peignait le Joueur de violon^ la lutherie italienne était donc à peine née et n'avait presque rien imaginé de nouveau. Gaspard Duiffoprugcar venait de s'établir à Bologne, où il commençait à fabriquer, pour la chapelle et la chambre du roi François P% ces pardessus de violes, dont le musée du Conservatoire de musique, à Paris,

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