‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 77 sur 131 · PET.VIX.AN.LIII.M.V.D.XV · texte numérisé non relu

PET.VIX.AN.LIII.M.V.D.XV

lOIlAN.AN.XLII. U.IllI.D.XXVlll.

En consacrant cet admirable mausolée à la mémoire de leur père et de leur oncle, Laurent le Magnifique et son frère Julien ont attaché leurs noms à l'un des plus beaux bronzes de la Renaissance florentine. — Quant à Laurent lui-même, le dernier des grands Médicis et le plus grand des grands de sa race, il repose obscurément dans les cryptes de l'église. Les révolutions et les invasions survinrent au lendemain de sa mort et ne permirent pas à ses fils de lui élever immédiatement un tombeau. Plus tard, les nouveaux morts, quelque petits qu'ils fussent, passèrent avant les anciens, quelque grands qu'ils eussent été. Après les terribles secousses de la fin du xv* siècle et du commencement du xvi*, tous les souvenirs dignes d'être conservés s'effacèrent. Michel-Ange dut élever

des mausolées à de médiocres personnages. Le Jour et la Nuit, FAurore et le Crépuscule, se couchèrent avec une inconsolable tristesse sous les statues de Julien, fils de Laurent le Magnifique, et de Laurent, fils de Pierre. Des monuments somptueux et vides d'émotion s'élevèrent avec emphase en l'honneur des premiers grands-ducs de Toscane. Pour Laurent le Magnifique et pour Côme Père de la pairie, rien dans l'intérieur de l'église, rien dans l'ancienne ni dans la nouvelle sacristie, rien dans la chapelle mortuaire des Médicis*. Le père et le bisaïeul de Léon X attendent encore et attendront à jamais des mausolées dignes d'eux.

Pour bien voir un homme, il est bon, nous l'avons dit, d'avoir passé préalablement en revue ses ascendants; pour bien pénétrer son esprit, il importe de s'être familiarisé avec le génie de sa race. Et il en est de la personne physique comme de l'être moral. Le portrait de l'individu s'éclaire des portraits de ses ancêtres. Avant donc de regarder le portrait du plus important des Médicis au commencement du xvi* siècle, il est bon d'avoir vu les portraits des Médicis du xv'. Les maîtres aux peintures desquels nous devons de connaître ces personnages ont rendu à l'art en môme temps qu'à l'histoire un signalé service. Tel avait été Masaccio au temps de Jean de 3Iédicis; tels furent

4. On est heureux d'ailleurs do ne pas voir leurs tombeaux dans cette grande chapelle, si tristenoent et si durement revêtue des plus précieuses matière?.

Sandro Botticelli et Filippino Lippi, qui, sous Pierre et sous Laurent le Magnifique, dans deux tableaux représentant Y Adoration des Mages, nous permettent d'embrasser du même regard les principaux Médicis dont nous venons de rappeler les noms et dont nous voudrions évoquer aussi l'image, pour en faire comme un frontispice à l'iconographie de Léon X.

Masaccio, nous l'avons dit, avait introduit le portrait de Jean de Médicis dans une fresque peinte sur la façade du cloître del Carminé. Cette fresque rappelait la consécration de l'église attenant à ce cloître. Elle a malheureusement été détruite lors de la restauration de 1652, et les destructeurs ont ignoré sans doute qu'ils mettaient à néant un document historique du plus sérieux intérêt. On en est donc réduit aux conjectures sur ce que fut au physique la sympathique figure de Jean de Médicis.

V Adoration des Mages de Sandro Botticelli faillit avoir le même sort que la fresque de Masaccio. Elle avait été placée à Santa-Maria-Novella, à gauche de la porte principale de l'église, à l'endroit même où les Attavanti élevèrent leur autel vers le milieu du xvi'' siècle. Elle disparut alors, et, durant plus de deux cent cinquante ans, on la crut perdue. Comme Vasari la décrit avec détails et en parle avec admiration, tous ses annotateurs déplorèrent une aussi grande perte. Heureusement l'œuvre du maître florentin n'était qu'égarée, ou plutôt elle n'avait été que débaptisée, et, depuis plus de deux siècles, on la regardait sans la re-

nt RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.

connaître. Elle était passée, au milieu duxvp siècle, de l'église Santa-Maria-Novella dans la résidence ducale de Poggio impériale^ et en avait été tirée en 1796 pour être placée dans la galerie des Offices, où l'on en faisait honneur à Domenico Ghirlandajo. Ce fut M. Carlo Pini, le savant directeur de la galerie de Florence, qui, de nos jours seulement, l'a rendue à son véritable auteur, en signalant les portraits de Côme, de Pierre, de Laurent et de Julien de Médicis*.

Le vieillard qui, prosterné devant le groupe divin, baise avec émotion le pied du Bambino^ est Côme de Médicis. Il est vêtu d'une robe rouge et d'un manteau noir tout chamarré d'or. La tête est nue ; les cheveux, presque blancs, sont coupés ras. Le visage est vivant et parlant. Toute la^figure a grand air. Si l'on en croit les panégyristes, Côme, dans sa jeunesse, avait été fort beau. L'âge lui avait fait gagner en noblesse ce que les années lui avaient fait perdre en agréments. Dans les dernières années de sa vie, son air vénérable commandait le respect et l'admiration. Voici les vers de Bartolommeo Scala sur un de ses portraits :

Quae vera est Cosmi faciès, haud vera videtur;

Dissimiles adeo longa senecta facit : * Talis erat quondam, quem nunc perfectior œtas

Ex homine incœpit fingere velle deum *•

Le portrait placé par Botticelli dans son Adoration des

4. Voir la noie 4 de la page 146 du tome Y du Yasari de Le Monnier. Firenze, 4849.

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