‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 78 sur 131 · Carm. illuslr. poet. ital, vol. YIII, p · texte numérisé non relu

Carm. illuslr. poet. ital, vol. YIII, p

Mages répond à ce signalement. Il n'a pu être fait, cependant, quede seconde main. Sandro, né en 1417, n'avait que dix-sept ans en 1461, à la mort de Corne. Il avait pu voir ce grand et imposant vieillard, mais il n'avait pu être mis à même de faire son portrait. V Adoration des Mages est déjà l'œuvre d'un maître, et ne put être peinte que bien après la mort de Côme. Sandro Botticelli se servit alors de quelque ancien portrait, et sans doute aussi du beau médaillon de bronze consacrant le titre de Père de la Patrie, que les Florentins, dans leur douleur, décernèrent à Côme après l'avoir perdu. Cette médaille paraît avoir été faite en présence de la mort. Avec un art exquis, le sculpteur a tenté de faire revivre ce qui déjà n'existait plus ; mais, sous les apparences de la vie, on sent quelque chose d'éternellement reposé. La tête, de profil à gauche, est coiffée de la barrette. Le front, sillonné de rides, est plat, plutôt rentrant que bombé. Les traits sont fins et expressifs, réguliers encore, malgré les déformations causées par la vieillesse. L'œil semble se rouvrir et le regard venir d'outre tombe. Le nez est aquilin et tombant, la bouche grave, le menton accentué. Les joues sont creuses et ravagées par l'âge. On lit autour de ce portrait : Comus mbdices DECRETo PUBL1C0 PATER PATRIE. Au rcvcrs, unc femme drapée représente Florence; elle tient de la main gauche une branche d'olivier, et, de la main droite tendue an avant, présente une patère. Les mots suivants accompagnent cette figure : Pax libertasqvb pv- BLiCA Florbntia. ToujouTS la liberté! Plus la chose

est morte, plus le mot retentit,. • Le portrait peint par Sandro Botticelli est conforme au portrait sculpté sur cette médaille. Le peintre, seulement, usant de son droit, a quelque peu idéalisé son modèle. En confondant le vieux Côme avec le plus important des roia Mages, il Ta fait revivre dans les hautes régions du panégyrique religieux.

Pierre de Médicis, fils de Côme l'Ancien, est agenouillé sur le premier plan du tableau. Sa tête est nue; ses cheveux noirs sont relevés en toupet au sommet du front, et il est vêtu d'un long manteau rouge doublé d'hermine. Vu presque de dos, il tourne la tête adroite vers son frère Jean, de trois ans plus jeune que lui *, et se montre ainsi de profil perdu. Vasari se porte garant du portrait de Jean et ne dit mot de celui de Pierre ; mais on a, pour contrôler ce dernier portrait, le buste de Mino de Fiesole. La vraisemblance historique plaide d'ailleurs en faveur de la présence de Pierre de Médicis dans le tableau de Sandro Botticelli.

Laurent de Médicis lui-même, dans le tableau de Sandro, n'est pas mentionné par Vasari. L'érudition moderne le désigne, cependant, comme se tenant debout à la droite de son oncle Jean. Il est là très jeune

4. Giovaani, second fils de Côme, était né en 4419. II épousa Maria Ginevra, fille de Niccolo degli Aibizzi, et mourut à quarantequatre ans, en 1463. Dans le tableau de Botticelli, on le voit agenouillé, tête nue aussi et vêtu d'une robe blanche. II paraît être beaucoup plus jeune que son frère Pierre, qui pourtant, né en 4446, n'était que de trois ans plus âgé.

encore, puisque, du vivant de son grand-père Côme, il avait atteint tout au plus sa seizième année. Le peintre, il est vrai, en a pris à son aise avec les relations d'âge et de dates. Laurent représenterait ici un jeune homme d'environ vingt ans. Il est de profil à gauche, vêtu de rose et de noir. La tête, coiffée d'une abondante chevelure noire, reproduit, avec de très flatteuses atténuations, les traits énergiques et irréguliers, si bien caractérisés sur les médailles. Rapprochez notamment du tableau de Botticelli le relief du Médailkur à la tenaille^. Celte médaille a été faite sans doute à l'occasion du tournoi de i 468. Elle reproduit le Laurent décrit par Valerinus, jeune, passionné pour réquitation, pour la chasse, pour les brillantes passes d'armes. Sa taille élevée et sa robuste ossature donnaient h son extérieur l'apparence de la force plutôt que de la grâce. Sa contenance avait de la dignité, ses manières trahissaient la magnanimité de son caractère... C'est le panégyriste qui parle... Le Laurent du médailleur et celui du peintre ont donc à peu près le même âge, et, comme ressemblance, ils concordent aussi. La figure peinte par Sandro n'est pas non plus en trop flagrant désaccord avec les autres médailles. Voyez entre autres la médaille de Niccolô

4. Peut-être ce sculpteur s'appelait-il Tanagli. «M. G. CampaDi fait remarquer, à propos de la tenaille [en italien tanaglia] qui est figurée au-dessous du buste de Laurent, qu'il y a encore, à Florence, des orfèvres du nom de Tanagli. » (Voir les Médailleurs italiens des xv« et xvi® siècles, par M. Armand, p. 29.)

Fiorentino : la tête coiffée de longs cheveux ne rappelle-t-elle pas également la figure introduite dans V Adoration des Mages ? L'os frontal, de même que chez Côrae, est puissant, tourmenté dans sa ligne, fouillé, sinueux et comme creusé en son milieu. L'œil clair et vif n'est pas sans beauté. La bouche est grande, et la lèvre inférieure est proéminente. La charpente des joues est massive, le maxillaire très saillant, le menton bizarrement accentué ; mais on remarque, en dépit de toutes ces irrégularités, beaucoup d'esprit, de finesse et de mobilité dans la physionomie. On reconnaît le petit-fils de Corne, un vrai Médicis, auquel une Tornabuoni a en outre imprimé sa marque*. Les mêmes traits caractéristiques se retrouvent encore sur la médaille qu'Antonio Pollajuolo a exécutée à rt)ccasion de la conjuration des Pazzi*, ainsi que sur une autre médaille apologétique, au revers de laquelle on lit cette inscription écrite au milieu d'une couronne

4. On lit autour de ce buste : uagnvs lavrbntivs hedigbs. Au revers, une femme représentant Florence est assise à l'ombre d'un laurier. Elle tient de sa main droite une branche de trois lis. Ce sont les lis de la maison de France que Louis XI venait de concéder aux Médicis. De sa main gauche elle retient d'autres fleurs éparses sur ses genoux. On lit comme exergue à ce revers :

TVTELA PATRIAB — FLORENTIA. OP. NI. F. S. { OpilS NiCoUli

Florentini sculploris,)

t, La tète de Laurent est posée sur une estrade qui représente Tautel de Santa-Maria-del-Fiore. Au bas se joue le drame même de la conjuration, où Ton voit Laurent qui échappe aux poignards des assassins. Gomme exergue : lavrentivs medigbs. — salvs pvblica. Et au bas: op. ni. f. s.

de lauriers : vt lavrvs semper lavrenti fama vivkbit : a Ainsi que le laurier, la renommée de Laurent vivra toujours. »

Au revers de la médaille consacrée par Pollajuolo au drame qui eut pour théâtre le dôme de Florence, on voit la tête de Julien de Médicis, et on la peut comparer aussi avec le portrait de Julien, que Vasari signale très explicitement dans V Adoration des Mages de Sandro Botticelli. Julien, dans ce tableau, est de profil à droite. Vêtu d'une robe blanche et d'un manteau bleu d'azur, il se tient debout derrière Côme. Sa tête, jeune et très séduisante, est coiffée d'un chapeau de drap d'or à double visière, d'où s'échappe une longue chevelure qui tombe jusque sur le col. C'est bien le beau jeune homme dont parle l'histoire, élégant, ami du plaisir, aimé des femmes. La médaille de Pollajuolo, cependant, est beaucoup moins flatteuse que la peinture de Botticelli*.

4. Dans la médaille de Pollajuolo, la télé de Julien est placée sur Taulel comme celle de Laurent. On voit, au bas aussi, un épisode de la conjuration des Pazzi, avec le meurtre de Julien. On lit comme exergue : ivlianvs. hedice. lvgtvs. pvbligvs. D'un côté, Pollajuolo célèbre encore les Médicis comme symbole du salut public à Florence ; de Tautre, il proclame un deuil également public. — Dans le tableau de Botticelli, on remarque à droite le portrait même du peintre. : le personnage est debout, vôtu d'un manteau jaune. Si Litta ne parle pas de ce tableau et n'en cite pas les portraits, c'est que la peinture de Botticelli n'a été retrouvée que longtemps après la publication du fascicule concernant les Médicis. Ce fascicule (Medici di Firenze, Fasciculo XVII, Milano MDCCCXXIX) a été publié en 4829, et c'est au moins vingt-cinq ans plus tard que

Il y a, entre tous ces Médicis, un air de famille dont il importe de se bien pénétrer. Il est bon de vivre un moment au milieu d'eux, avant d'étudier les portraits de Léon X. On ne saurait regarder trop attentivement ces figures robustes, ces têtes aux bosses puissantes, aux traits fortement accusés, ayant entre elles certaines analogies, certains caractères de race qu'il faudra retenir et que nous retrouverons difficilement dans Léon X. Le fils de Julien, qui sera Clément VII, serait plus dans son centre s'il était mêlé aux Médicis de Botticelli, que le fils de Laurent qui sera Léon X.

V Adoration des Mages de Filippino Lippi, dans laquelle se rencontrent encore des Médicis, nous offre un complément d'informations où le fils de Laurent le Magnifique trouvera peut-être mieux son compte. Ce tableau*, il est vrai, ne contient que des cousins de Léon X; mais, dans une même famille, la nature a de tels caprices de ressemblance, qu'un personnage est quelquefois moins dépaysé au milieu de certains de ses collatéraux qu'en présence de ses ascendants directe. C'est la descendance d'Averardo Medici * que Filippino Lippi a mise en scène dans son tableau. Le vieillard qui est agenouillé devant le groupe

M. Carlo Pini a renda à Sandro l'œuvre qui s'était égarée aux Offlces sous le nom de Domenico Ghirlandajo.

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