THOMAS INGHIRAMI
Voici un rhéteur cicéronien qu'Érasme aimait à entendre, dont Léon X fit un de ses favoris, et que Raphaël a inamortalisé par un admirable portrait.
THOMAS INGUIRAMl.
Thomas Inghirami était un Toscan naturalisé Romain. 11 naquit d'une famille noble à Volterra, en H70, et n'avait que deux ans quand sa mère, fuyant la guerre dans laquelle son père venait de succomber, se réfugia à Florence pour se mettre sous la protection des Médicis. En 1483, comme Raphaël venait de naître
à Urbin, Inghîrami était envoyé à Rome, où ses heureuses dispositions le firent bientôt remarquer. Les Porcari l'introduisirent fort jeune encore dans l'intimité des Borgia, et sa fortune commença sous le pontificat d'Alexandre VI. Ayant été adjoint, à l'âge de vingt-trois ans, au cardinal Bernard Carvaja, dans sa nonciature en Allemagne, il prononça devant l'empereur Maximilien une harangue latine qui lui valut la couronne poétique et le titre de comte Palatin, avec permission de joindre l'aigle impériale à ses propres armes*. De retour à Rome, où le bruit de ce succès l'avait précédé, il fit, le 16 janvier H98, l'oraison funèbre du duc de Gandie, assassiné par son frère César Borgia*.
Depuis quelque temps déjà, Pomponius Laetus avait remis le théâtre en honneur et jouissait de la plus grande faveur. Quand il mourut, le 6 juin de cette même année 1498, le pape, qui venait de faire brûler Savonarole, envoya sa cour à l'Aracœli pour assister aux obsèques du plus fervent des admirateurs de Térence et de Plaute. Inghirami paraissait souvent dans les fêtes de famille que Ton organisait au Vatican, et avait un rôle important dans les comédies représentées devant Alexandre VI.
4 . Le diplôme qui conrère ce titre à Thomas Inghirami est daté du 4 4 mars 4 497 ; il éoumère tous les mérites du savant orateur. (W. Roscoë, Vie de Léon X, t. IV, p. 454.)
2. A Toccasion de celte mort tragique, Fambassadeur d'Espagne fit célébrer un service mortuaire dans Téglise de Saint-Jacob, sur la place Navone. Ce fut là qulnghirami prononça son discours.
PORTRAIT DE THOMAS INGHIRAMI. th
Carlo Canale, l'époux de la Vannozza, qui s'était familiarisé avec le théâtre à Mantoue, jouait aussi dans ces représentations , où les Mellini et les Porcari paraissaient également, en compagnie de CoUenuccio, ambassadeur du duc de Ferrare. Une étonnante réunion d'hommes remarquables s'était groupée autour des Borgia aux approches du jubilé de 1500 : d'élégants cardinaux, dans tout l'éclat de leur jeunesse et de leur opulence, les Riario, les Médicis, les Cesarini,les Farnèse ; une noblesse où l'on retrouvait les plus beaux noms du patriciat romain, les Orsini, les Golonna, les Gaetani, les Santa-Groce, les Massimi, les Yalle, les Altieri; des financiers tels que les Altoviti*, les Spanocchi, les Chigi* ; des hommes d'affaires comme Camille Beneimbene, le Nestor des notaires romains ' ; des artistes en renom, Pérugin *, Pinturicchio % Anto-
4. Antonio Alloviti, contemporain d'Alexandre VI, était père de Bindo Altovili, dont Raphaël fit le portrait en 4543.
2. Le chef de cette maison était alors Mariano Chigi, père de Lorenzo et d'Agostino.
3. Gamillo Beneimbene était le confident juridique d'Alexandre VI et de tous les Borgia. U avait suivi Lucrèce et César depuis leur enfance. Son étude était située sur la place des Lombards, aujourd'hui place Saint-Louis-des-Français. C'est là qu'il vécut jusqu'en 4505. Il fut toujours Tami dévoué de Lucrèce, qui avait pour lui une affection toute filiale. ( Voir V Histoire de Lucrèce Borgia, par M. Gregorovius.)