Voir le tome P', page 315, du présent ouvrage
La fresque des Décrétales date de 1511. Jean de Médicis, quoique très jeune encore, est le plus ancien des cardinaux introduits dans cette peinture. 11 a trentesix ans d'âge et vingt-trois années de cardinalat. Par droit de préséance, il se tient donc à la droite du pape, soulevant la lourde chape, de manière à dégager la main droite du souverain pontife, qui bénit l'avocat consistorial. Ainsi placé, il se présente de trois quarts à droite, presque de profil. La tête est forte et largement tonsurée. Les traits sont intelligents, mais n'ont rien d'attrayant. La couronne de cheveux, rabattue sur le front, les cache en partie et en diminue la noblesse. Les yeux, que le personnage n'avait pas beaux, se lèvent avec une dévotion affectée vers Jules II, et la bouche, qui semble murmurer des paroles d'admiration, achève ce que disent les yeux. Le nez est lourd. Les joues ont de l'embonpoint et menacent d'en prendre davantage. On sent le courtisan. Jean de Médicis se fait humble et petit en présence de Jules II. Il s'en vengera plus tard sur François - Marie délia Rovere. Pour le moment il a besoin du pape, sans le consentement duquel les portes de Florence ne se rouvriraient pas devant les Médicis. L'adversité ne lui a pas dit son dernier mot. Avant de toucher aux suprêmes honneurs, il a de rudes épreuves à traverser encore... Dans le cardinal, on n'en reconnaît pas moins le futur pape. La figure est déjà ce qu'elle sera quelques années plus tard, mais avec une carrure moins puissante, une prestance moins haute. Elle est
d'ailleurs ici sommairementpeinte. Le portrait du cardinal Jean dans la Chambre de la Signature n'était pour Raphaël qu'un complément du portrait de Jules II, l'image presque effacée d'un humble serviteur à côté de la représentation d'un maître souverain. La ressemblance ii'en est que plus sincère ; le peintre n'en est que plus vrai quand il montre, comme une chose de nature et non de commande, la grande tournure et la belle tenue du personnage. L'aisance du geste, la simplicité de la pose, la physionomie si bien comprise, si facilement reconnaissable et si largement caractérisée, l'ampleur des draperies, la beauté du style, tout cela est d'un maître. Néanmoins, avec cet unique et sommaire document sur le cardinal Jean de Médicis, l'iconographie du second des fils de Laurent le Magnifique est insuffisante. Grâce à Raphaël, le portrait de Léon X ne va rien laisser à désirer.
PORTRAITS DE LBON X
DANS LES CHAMBRES d'hÉLIODORE ET DE CHARLBMAGNE.