‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 98 sur 131 · Cet officier est vêtu de rouge · texte numérisé non relu

Cet officier est vêtu de rouge

Pérugin dans le massier pontifical ^ ; mais si Ton examine attentivement cette figure, on est forcé de renoncer à cette opinion. Le portrait authentique de Pérugin se trouvant dans VÉcole d'Athènes, il est impossible de confondre ce périrait avec celui du massier pontifical dans la fresque d'AUila. Ne serait-il pas plus simple de chercher, dans ce massier, un des massiers en exercice au moment où Raphaël peignit cette fresque? Caradosso, qui avait été mazztere sous Jules II, continua de l'être sous Léon X*. Ne pourrait-on dès lors supposer qu'on a là un portrait de Caradosso ? Et quelle trouvaille que le portrait d'un artiste aussi éminent et dont l'histoire est aussi obscure ! Rien n'est donc plus séduisant que cette hypothèse, et rien ne semble en même temps plus naturel. Cette probabilité ne prendelle pas d'ailleurs quelque chose du caractère de la certitude, quand on considère l'étroite amitié qui avait uni Bramante à Caradosso et l'intimité qui continuait de rattacher Raphaël à l'illustre graveur en médailles?

4 . Voir : Bellori, Descrizioni délie imagini dipinte da Raffaello dHJrhino nel Valicano (Roma, 4821), p. 67; Montagnani, Illustrazione slorico-piltorica délie pinture nelle stanze vaticane (Roma, MDCGCXXX), p. 4t. Nous avions nous-mème, sans un contrôle suffisant, adopté jadis cette manière de voir. (Yoy. les Chambres de Raphaël au Valican^ p. 227). Mieux informé aujourd'hui , nous sommes obligé de l'abandonner.

2. Cette information nous est fournie par M. Eug. Piot; elle est donc de celles avec lesquelles il faut compter. — Benvenuto Gellini fut massier pontifical à son tour sous Clément VU (de 4531 à 4533), et il dit que cette charge lui rapportait environ deux cents écus.

En 1514, Ambrogio Foppa {il Caradosso) avait de soixante-huit à soixante-dix ans : c'est à peu près l'âge du massier dans la fresque d'Attila. En l'absence de preuves, il n'y a là malheureusement qu'une présomption. C'est presque toujours à tâtons que l'on marche dans l'iconographie de la Renaissance. Nous le répétons à chaque instant : pourquoi Vasari ne nous a-t-il pas mieux renseignés ?

Nos regrets augmentent encore quand nous regardons les deux cardinaux qui suivent Léon X. Montés sur des mules richement caparaçonnées, ils sont coiffés de leurs barrettes et largement drapés dans leurs longs manteaux ouges. Voilà encore deux admirables portraits. On ne saurait voir la réalité serrée de plus près, un plus vif accent de nature joint à plus de grandeur dans l'interprétation de la vie. Ces princes de l'Église romaine ne semblent-ils pas descendré en ligne directe des sénateurs de l'ancienne Rome, et Raphaël n*est-il pas ici très voisin de l'antiquité? Mais quels sont ces personnages? Lorenzo Pucci*, Jules de Médicis*, Bemardo Dovizi da Bibbiena ' et

4. Le Florentin Laurent Pucci avait été dataire apostolique sous iules IL

2. Nous trouverons plus loin le portrait de Jules de Médicis. (Voy. au présent volume, p. 339 et suivantes.) Ce cardinal, qui fut plus tard Clément VII, est donc ici hors de cause.

3. Voir le portrait du Bibbiena à la page 35 de notre premier volume. Nous retrouverons à la page 345 du présent volume un autre portrait du môme cardinal.

Innocenzo Cibo * venaient d'être créés cardinaux. Le cardinal de Médicis et le cardinal Bibbiena nous sont connus par des portraits authentiques, mais nous n'avons aucun renseignement iconographique sur Lorenzo Pucci et sur Innocenzo Cibo. Ce dernier était trop jeune en 1513 pour qu'on puisse le confondre avec un des massifs cardinaux introduits par Raphaël dans la fresque d'Attila. Il n'en est pas de même pour Lorenzo Pucci, qui avait été dataire apostolique sous Jules II et qui devait avoir un certain âge à l'avènement de Léon X. Peut-être, sans le savoir, passonsnous là devant lui. Comment, encore une fois, les contemporains de Raphaël n'ont-ils pas compris l'intérêt qu'il y avait pour l'histoire et pour l'art à conserver les noms de tous ces personnages?

Trois palefreniers, enfm, conduisent à la main la monture du pape et les mules des cardinaux. Ce sont là certainement trois portraits, mais dont on s'est gardé toujours de conserver les noms.

1 . Innocenzo Cibo était fils de Francesco Cibo et de Maddalena Médicis, sœur de Léon X. Jean de Médicis, qui avait été nommé cardinal à Fâge de treize ans, nomma cardinal aussi Innocenzo Cibo, son neveu, alors âgé de vingt et un ans. Il paya ainsi en 1513 la dette de reconnaissance qu'il avait contractée vis-à-vis d'Innocent Vin en 1492, et satisfit du même coup son ambition de famille. « Innocenzo Cibo, écrivait alors Léon X à Ferdinand d*Âragon, est rempli de capacité. Ses mœurs sont irréprochables, et il fait d'étonnants progrès dans ses éludes. Enfin, on ne peut être plus vertueux ni plus accompli en toutes choses. » {Bembi epist. pontif., lib. V,ep. 7.)

Voilà donc groupés autour du souverain pontife huit portraits dont les noms nous sont inconnus. Ils n'en complètent pas moins le portrait de Léon X, et font pour ainsi dire partie de ce portrait. C'est un groupe officiel, dont la figure du pape est le centre et le lien. Jules II, dans la fresque d'Héliodore, arrivait entouré de son cortège et porté sur la sedia geslatorta. Il fallait que vis-à-vis, dans la même chambre, Léon X intervînt avec la même valeur pittoresque et la même signification historique. Raphaël a su, sans se répéter, dire une seconde fois la même chose.

Nous croyons devoir mentionner ici le Jules d'argent gravé par Caradosso, la seule des monnaies ou médailles de Léon X qui soit signée d'un nom d'artiste. On voit, au droit, la façade de Saint-Pierre, telle que Bramante l'avait dessinée, avec cette inscription : leo . DECiMVS. PONT. MAX . — MARC. Au revcrs, le pape agenouillé présente à saint Pierre et à saint Paul le modèle du temple : PETRE.ECCE.TEMPLVM.TVVM. Bramante étant mort en 1511, il est permis de croire que celte pièce appartient au début du règne de Léon X*. Ainsi, dès le commencement de ce pontificat, la gravure en médailles, sans venir grandement en aide à l'iconographie, lui fournirait cependant un témoignage authentique ".

4. Ce n*est là qu'une supposition, car on ne songea pas tout d'abord à changer la façade de Bramante.

Page 1