VI. — POLYSINUSITES
Au terme de ce rapport, nous arrivons à cette conclusion, développée déjà dans la première partie, que c'est par la participation de plusieurs sinus à l'infection et à la suppuration que l'on doit aujourd'hui expliquer presque toutes les manifestations oculo-orbitaires. Nous en avons donné de nombreux exemples, et si Ton veut bien reprendre les observations qui datent maintenant de quelques années, on verra que la marche des accidents est inexplicable, si on ne fait pas intervenir
(1) Furet, Presse médicale, 1901.
les infections multiples des cavités pneumatiques de la face.
Dans toute sinusite paraissant isolée, il faut donc rechercher, avec le plus grand soin, l'état des autres cavités. Ceci est particulièrement important pour les sinusites maxillaires, dont les symptômes, faciles à reconnaître, masquent pendant un certain temps les lésions des autres sinus.
Dans ma communication, en 1898, j'ai fait allusion à un cas qui est des plus caractéristiques. Chez une femme de 25 ans, ayant eu précédemment une attaque d'influenza, nous constatons avec le Dr Gaudier, en même temps qu'une sinusite maxillaire purulente très nette, du gonflement de la paupière supérieure avec léger strabisme externe, sans lésions du fond de l'œil. L'opération par voie canine soulage la malade, mais le gonflement de la paupière supérieure augmente, il se produit de l'exophtalmie, avec déviation du globe en bas et en dehors, et bientôt apparaît à la partie supéro-interne de l'orbite une saillie qui devient rapidement fluctuante. La transillumination du sinus frontal semble indiquer que cette cavité n'est pas atteinte. L'abcès orbitaire étant ouvert, la sonde cannelée conduit à quelques centimètres en arrière du rebord orbitaire, sur la paroi interne, à une perforation répondant au siège des cellules ethmoïdales antérieures. L'examen rhinoscopique confirmait le diagnostic de sinusite ethmoïdale antérieure. Bien que ce soit une exception, le sinus frontal ne nous paraît pas avoir été pris dans ce cas. Un mois après, l'orifice orbitaire était complètement fermé, mais on devait continuer pendant longtemps le traitement de la sinusite maxillaire.
Toutes les combinaisons sont possibles dans les poiysinusites. Le groupement le plus ordinaire se fait entre le sinus frontal et les cellules ethmoïdales antérieures, entre le sinus frontal et le sinus maxillaire, constituant l'ensemble des sinusites antérieures. D'autre part nous avons vu que les sinus postérieurs, cellules ethmoïdales et sinus sphénoïdal, sont fréquemment pris simultanément.
Au point de vue des complications orbito-oculaires profondes, qui se rencontrent au cours de sinusites maxillaires, je crois qu'il faudra rechercher avec le plus grand soin la participation des sinus postérieurs, sans suppuration fronto-
ethmoïdale. Nous avons vu que, dans certains cas, les rapports entre la partie la plus reculée de l'antre d'Highmore et les sinus postérieurs étaient très intimes, l'infection peut se propager des uns aux autres.
Enfin le processus suppuratif envahissant les cavités du côté opposé, par l'intermédiaire surtout du sinus frontal, il arrivera un moment où toutes les cavités péri-orbitaires seront prises en même temps et la pansinusite sera constituée. Luc (1) qui a si bien décrit toutes ces questions des sinusites, pense que cette éventualité n'est pas exceptionnelle, mais au lieu d'admettre une infection gagnant de proche en proche, il n'est pas éloigné de croire qu'un certain nombre de sinus, sinon la totalité, sont atteints simultané ment par la même cause infectante générale.
Traitement. — Dans ces conditions l'intervention chirurgicale doit être des plus énergiques. Luc opère autant que possible tous les sinus en une même séance. Mais comme la durée de ces opérations multiples est fort longue, et que ce n'est pas sans inconvénients qu'on maintiendrait les malades sous le chloroforme, pendant plusieurs heures,il conseille de commencer par la partie fronto-ethmoïdale de l'opération et de ne passer au sinus, ou aux deux sinus maxillaires, que si l'état général de l'opéré restait parfaitement satisfaisant.
Il ne faut pas se dissimuler d'ailleurs que,pour opérer vite, il faut être très familiarisé avec cette chirurgie très spéciale et avec lui, nous concluons « qu'il est préférable d'apporter tout le soin et toute la lenteur désirable au curettage de chaque foyer ouvert, quitte à imposer au malade, à quelques jours d'intervalle, l'ennui d'une deuxième séance opératoire complémentaire ».
(1) Luc, Leçons sur les suppurations des cavités accessoires des fosses nasales, etc., Paris, J.-B. Baillière, 1900.
Imp. J. IHEVENOT, Saint- Dmer (Haute-Marne)