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SUJET DE L'HYGIÈNE; FORMES ET MESURE DE LA SANTÉ

La santé ne se définitpas facilement. Quand l'Académie a dit dans son Dictionnaire : rcLa santé est l'état de celui qui est sain, ii on n'a pas une notion très-exacte, et, même quand on y ajoute avec elle que rc l'homme sain est celui qui n'est point sujet à être malade, n on n'est pas beaucoup plus avancé. Si nous disons : La santé est l'harmonie, sans douleur, de toutes les fonctions de l'économie s'exécutant en une juste mesure, avec des organes normaux, nous n'aurons encore donné qu'une idée très-imparfaite de la santé. Quoi qu'il en soit, la conserver, la consolider, la perfectionner, est le but de I hygiène.

Il existe autant de degrés, de formes de santé que d'individualités humaines, car il n'en est point qui se ressemblent exactement. Préciser pour chacun le degré et la forme de la santé serait une connaissance de la plus grande importance pour le traitement des maladies , si elle pouvait être sûrement acquise. En efl'et, est-il parmi les médecins une opinion plus généralement répandue que celle-ci : « On ne peut traiter sûrement une maladie, si l'on ne connaît bien la constitution et le tempérament du malade ?n Cette vérité, car c'en est une, est traduite ainsi par chacun d'entre nous : cr J'ai confiance dans mon médecin, parce qu'il connaît mon tempérament, n Mais quand on étudie ce sujet à l'aide des moyens rigoureux dont la science dispose aujourd'hui, on voit combien nos connaissances sont vagues et incertaines sur un sujet d'une telle importance. On a répété, en les rajeunissant, les conceptions de Galien. Tous les auteurs ont adapté ces conceptions aux doctrines régnantes ou tà celles qu'ils voulaient faire prévaloir.

Le diagnostic des santés est moins avancé et surtout beaucoup plus difficile que le diagnostic des maladies.

Quels sont les termes consacrés qui expriment les formes et les degrés des différentes santés? Il en est trois principaux, ceux de constitution, tempérament, idiosyncrasie. Nous ne nous arrêterons quelques instants qu'à un seul, car il est le pivot de toutes les discussions.

Tout homme, a-t-on dit, est doué d'une constitution propre, distincte du tempérament, et à l'étude de laquelle se rattachent celle de l'hérédité dans la santé et la maladie , et celle de la durée de la vie. La constitution est le fond de la nature individuelle, le tempérament en est la forme plus ou moins durable.

La question des tempéraments paraît à tout esprit superficiel la plus importante qui existe en hygiène, parce quelle se trouve toujours plus ou moins mêlée à toutes les autres, et cju'elle sert de point de départ à cjuelque espèce d'étude cju'on veuille entreprendre sur la santé.

Cependant combien est loin de la certitude la doctrine sur les tempéraments généralement adoptée dans les ouvrages d'hygiène! On y trouve des suppositions au lieu d'observations positives et d'expériences, des analogies qui , par un examen superficiel, paraissent très-ingénieuses, mais qui sont presque toujours dénuées de preuves. On y remarque l'oubli complet ou l'emploi mal fondé des découvertes modernes de la chimie et de la physiologie.

Dans l'étude qu'on fait ordinairement des tempéraments, deux choses sont indiquées : i° les signes extérieurs qui servent à les distinguer les uns des autres; 2° les causes organiques auxquelles on les rattache et par lesquelles on cherche à les expliquer.

Galien se contentait, pour déterminer le tempérament d'un individu, d'un coup d'œil général, de l'examen extérieur des organes, de l'état du pouls. Tous ces signes ont leur importance; nous y reviendrons. Mais, malgré les efforts des modernes pour compléter l'œuvre de Galien, de quelque côté qu'on l'envisage,

cette question de la détermination des tempéraments ou des mesures de santé est hérissée de difficultés : aussi la science moderne a-t-elle jugé préférable de laisser de côté ces problèmes inabordables et de se contenter des notions plus restreintes, mais exactes et comparables, qu'on a obtenues à l'aide des méthodes rigoureuses dont on dispose aujourd'hui.

Si l'on ne peut mesurer directement l'énergie du mouvement vital, on peut au moins en avoir une notion très-précise en pesani les grands résidus des actions organiques produits dans un temps donné.

Toutes choses égales pour l'âge, le sexe, le poids vif, le travail corporel, l'alimentation, on sait ce que doit être la quantité de ces résidus principaux dans les conditions de la santé.

Des travaux aussi remarquables par la netteté que par la grandeur des résultats obtenus ont été exécutés sur les phénomènes chimiques de la respiration ^ On sait les quantités d'acide carbonique^, d'urée^ que, dans un temps donné, un homme peut éliminer. Ces belles découvertes ont ouvert à l'hygiène une voie nouvelle; elles permettront de prévoir et de prévenir un grand nombre d'imminences morbides.

Les noud^reuses recherches exécutées pour mesurer la capacité pulmonaire'* d'une manière rigoureuse, pour suivre, à l'aide de

' Regnault, V. et J. Reiset, Recherches chimiques sur la respiration des animaux des diverses classes. [Annales de chimie et de physique, 3° série, t. XXVI, p. 899.)

' Scharling, Recherches sur la quantité d'acide carbonique expiré par l'homme dans les vingt-quatre heures. [Annales de chimie et de physique, 3' série, t. XIII, p. 478.) — Andral et Gavarret, Recherches sur la quantité d'acide carbonique exhalé par le poumon dans l'espèce humaine. [Annales de chimie et de physique, 3° série, l. VIII, p. 129.)

' Mémoire sur l'urine, par M. Lecanu.

[Mémoires de l'Académie de médecine, t. VIII, p. 676.) — Recquerel et Rodier, Chimie pathologique , article Urine. — Instruction pour l'uromètre de M. Bouchardat. (Supplément à V Annuaire de thérapeutique de 1861.)

" Hutchinson, On the capacily of the lungs and on the respiratory functions , etc. [Medico-chirurg. Transact. t. XXIX, p. 1 87 .) — Schnepf , Détermination de la grandeur des organes thoraciques. [ Moniteur des hôpitaux, t. III.)

traces graphiques, les moindres variations du pouls i, toutes ces innovations ont déjà permis de substituer, dans l'étude du sujet de l'hygiène, des faits précis à des appréciations à vue d'œil, variables suivant les observateurs,

La théorie de l'alimentation s'est pour ainsi dire constituée depuis vingt ans, comme nous le verrons en abordant l'histoire de cette partie de l'hygiène. Ces progrès nous permettent de préciser la cjuantité d'aliments réellement utilisés par un individu, et nous pouvons ainsi apprécier numéric|uement l'énergie d'une des plus importantes des fonctions. Des résultats plus exacts ont été obtenus pour mesurer la force déployée dans un temps donné.

Les observations si nmltipliées recueillies depuis vingt ans sur les etl'ets des procédés divers mis en usage par l'hydrothérapie ^ nous ont permis d'apprécier avec plus de sûreté et de rigueur pour chaque individu le degré d'énergie avec lec[uel il peut réagir contre un refroidissement. Cette donnée hygiénicpie a la plus grande valeur pour prévoir et prévenir une foule de maladies.

Les travaux sérieux sur les races, sur la consanguinité, sur l'hérédité^, ont ouvert un champ aussi nouveau que fécond aux études sur le sujet de l'hygiène. On sait aussi infiniment mieux, par l'examen attentif des antécédents morbides, de quel côté on est le plus

' Marey, Physiologie médicale de la circulation du sang , basée sur l' étude graph ique des mouvements du cœur, Paris, in -8", i863. — Bu mouvement dans les Jonctions de h vie, in-8°, 1867.

Louis Fleury, Traité pratique et raisonné de l'hydrothérapie , Paris, 3' édit. 1 867. — Manuel de matière médicale, par Boucliardat, art. Hydrothérapie , k' édit. t. I, p. 549-55/1.

^ Lucas, Traité philosophique et physiologique de l' hérédité , Paris, i85o,2voL in-8°, — Menière, Recherches sur l'origine de la surdi-mutité. — Devay. Dangers

des mariages consanguins , î2° édit. 1862. — Beaugrand, Mariages consanguins, examen des travaux récents. [Annales d'hygiène, t. XVIII, p. 222.) — Boudin, Danger des unions consanguines. [Annales d'hygiène, t. XVIII, p. 5, juillet 1862 et n°' suivants.) — Sur le même sujet, plusieurs thèses soutenues à Paris et à Montpellier. — Mitchell, Influence de la consanguinité , traduit par M. Fonssagrives. [Annales d'hygiène, i865.) — A. Voisin, Mariages consanguins. [Annales d'hygiène, avril i865.)

menacé. Par rapport à la consanguinité, on sait aujourd'lmi que les races pures de toute tare peuvent s'allier sans inconvénients; mais que, dans certaines conditions d'imminence morbide, les mariages consanguins, ou, plus exactement, les mariages entre individus qui penchent sur une même pente fatale, doivent être soigneusement évités.

Le goitre endémique présente, à ce point de vue, une particularité du plus grand intérêt. Les enfants issus de ces mariages sont très-souvent alfectés de surdi-mutité ou de crétinisme. (Voyez plus loin, p. l'article Eau potable?)

L'étude des races ^ sous le point de vue des immunités morbides a donné l'occasion de faire des remarques du plus grand intérêt; mais le fait le plus instructif à cet égard est l'exemple de l'immunité relative pour la fièvre jaune du bataillon noir égyptien, qui, en tenant garnison dans les Terres Cliaudes, a prêté un si précieux concours à notre armée du Mexique.

On connaît rigoureusement aujourd'hui les maladies qui doivent atteindre les rhumatisants-, les goutteux^, les glycosuriques^. Sachant l'origine et la fdiation de ces maux, on est beaucoup mieux en mesure de les prévenir.

La science ainsi comprise est longue et difficile; avant qu'elle soit fondée, il faudra bien des efforts, et, quand bien même elle le serait, on ne saurait, pour se faire une bonne notion sur le terapéj'ament, l'idiosyncrasie, la constitution, renoncer à ce coup d'œil d'ensemble qui suffisait à nos maîtres.

' Michel Lévy, Sur la vitalité de la race juicc en Europe , d'après le mémoire de M. Legoyt. [Annales dlnjgihie, avril 1 866.) — Glatter, Influence de la race sur le développement des maladies et la durée de la vie. [Annales d'hygiène , janvier i865.)

Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur, i' édit. Paris, a vol. in-8°.

' Traité de la goutte, par M. Baring

Garrod; traduit par M. E. Olivier, avec des notes de M. Charcot; Paris, i vol. in-8°, 1867. — De la goutte, thèse de M. Gallier-Boissière. — De la gravelle et de la goutte , par M. Bouchardat. [Annuaire de thérapeutique 1867.)

* Du diabète sucré ou glycosurie, son traitement hygiénique , par AI. Bouchardal . [Mém. de l'Académie de médecine, t. XVI. )

Ce coup dœil qui devance, devine pour ainsi dire les vérités, est le propre du médecin de génie; pour bien connaître le sujet de l'hygiène, il sera toujours son premier guide; mais ce premier jugement ne prendra de la certitude que lorsqu'il aura été consacré par le contrôle des méthodes nouvelles.

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