DE LA CHALEUR DAISS SES RAPPORTS AVEC L'HYGIENE
Les études qui se rapportent directement ou indirectement à la chaleur sont les plus importantes de l'hygiène. Cette importance se comprendra sans peine, si on considère la nécessité de la constance de la chaleur du corps de fhomme, et l'action si puissante de ce merveilleux agent sur tous les modificateurs.
Un des progrès les plus considérables qui se soient effectués en
' Becquerel, Traité d'électricité et de magnétisme, 3 vol. in-8°, Paris, i855. — Gavarret, Ti-aité de l' électricité , Paris, i858, 2 vol. in-i8. — Commission de
l'Académie des sciences, M. Pouillet, rapporteur, Instruction sur les paratonnerres. [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1867.)
hygiène a consisté à ne plus considérer isolément la chaleur extérieure et celle qui est produite dans le corps de l'hoinme par les matériaux de calorification.
Il est aujourd'hui surabondamment démontré que la pathogénie des pays chauds est dominée par les effluves des marais, qui, toutes choses égales, sont d'autant plus à redouter que la température du lieu est plus élevée ; et par l'excès de chaleur extérieure coïncidant avec un excès de matériaux de calorification.
Et, par contre, on sait que l'insuffisance de moyens de résistance au froid extérieur ou le mauvais emploi de ces moyens sont la grande cause de mort prématurée dans les pays û'oids ou tempérés. La chaleur convenablement employée aux besoins de f homme est la représentation la plus nette de la force, de la richesse, et l'adjuvant principal de la vie. Les recherches, remarquables par leur précision sur la chaleur animale, ses sources, sur la transformation de la chaleur en force, en lumière, en électricité', ont ouvert à l'hygiène une voie aussi neuve que féconde.
Pour bien comprendre les modifications exercées par la chaleur extérieure sur l'homme, il est indispensable de connaître les causes de la chaleur animale. Les recherches modernes, en les éclairant, nous ont montré qu'elles comprennent un ensemble de phénomènes très-complexes. Ce fut Lavoisier qui ouvrit la voie; quand il eut établi la théorie générale de la combustion et qu'il l'eut appliquée aux principaux cas des combinaisons organiques, il aborda fétude
' Augustin Fresnel,Z)e la lumière, ad- vrier et mars 1861), mémoire présenté à
(lition à la traduction de la Chimie de l'Académie des sciences le 5 mars 1860;
Thompson, t. I, p. lio. — Mayer, Die les expériences ont été faites pendant ies
organischen Bewegungen in ihrem Verhal- étés des années i858, iSSg. — Les tra-
ten zuin Sloffwechsel. — Colding, Philo- vaux de M. Ch. Hem sur le même sujet
sophical Magaune. — J. Lifhig, Qua- sont de 1 862 et i863 : ce sont les conclu-
irihne lellre sur la chimie. — J. Béclard, sions du mémoire de M. J. Béclard gé-
De la contraction musculaire dans ses rap- néralisées. — Athanase Dupré, Théorie
ports avec la température animale [trans- mécaniq^uc de la chaleur. [Annales de chimie
formation delà chaleur en force) [Archives et de physique, i864-i865.) — Verdet,
générales de médecine, n" de janvier, fé- Conférence à la Société chimique.
de la chaleur animale. Ce fut l'objet de ses constantes préoccupations. W. Edwards, avec une rare sagacité, élargit les bases posées par Lavoisier; mais c'est aux belles expériences de Regnault et Reiset^ qu'il faut recourir pour se faire une idée féconde de ces grands phénomènes. En les méditant, on s'aperçoit qu'une des propriétés les plus admirables de l'organisme animal, c'est l'aptitude qu'on lui voit à modifier, dans des limites très-étendues, le jeu de ses rouages, sans qu'ils cessent de marcher ensemble et de concourir efficacement à l'eflét commun qu'ils sont chargés de produire. On voit que l'homme peut entretenir sa même température, quel que soit le milieu ambiant, quelle que soit son alimentation. Dans les cas de diète prolongée, ce sont les matériaux du corps qui pourvoient à ce besoin; un herbivore représente alors un Carnivore , sous le double rapport de sa respiration et de ses excrétions.
Les réserves et les ressources pour atteindre constamment le but sont considérables, mais l'observation hygiénique nous apprend qu'il n'en faut point abuser : à la longue, l'épuisement succède à la privation, avec tout le cortège des maladies qui l'accompagnent. Les excès ne sont pas moins à redouter. Dans certaines conditions de la vie, la dépense peut être considérablement diminuée, pourvu qu'd n'y ait pas de brusques oscillations, qui sont aussi funestes à l'organisme qu'à nos machines les [jlus perfectionnées.
Les découvertes modernes de la pliysique et de la physiologie sur la chaleur en général, et sur la chaleur animale en particulier, permettent à l'hygiène d'aborder ces problèmes, qui ne pouvaient être compris avant cela.
Les travaux qui ont été exécutés depuis vingt-cinq ans par nos médecins militaires en Algérie^, par les médecins de la flotte^, ont
' Regnauit et Reisel, Annal, de chimie ^ Recueil de Mémoires de médecine et
et de physique, 3' série, loc. cit. — De la de chirurgie militaires. — Ces Mémoires
chaleur produite par les êtres organisés, sont cite's dans VHygiène de l'armée de
par J. Gavarret, i vol. in-i8, i855. — terre, par M. Micliel Le'vy.
Boussingault, Annales de chimie et de phy- ^ Les Mémoires des médecins de la flotte
siqne, 3° série, t. XI, p. 433. sont imprimés pom* la plupart dans les
fait mieux apprécier les causes de l'hépatite et des autres maladies des pays chauds. Ces causes étant rigoureusement connues, l'hygiène devient facile à régler convenablement.
Une des plus redoutables endémies des contrées septentrionales, le scorbut, a chaque année perdu du terrain. La direction hygiénique des personnes qui habitent ou fréquentent ces contrées, s'appuyant sur une appréciation plus rigoureuse des causes qui produisent la maladie, est devenue plus rationnelle et plus facile \
Les grands médecins de tous les temps avaient reconnu l'influence décisive des refroidissements pour produire les maladies. Sydenham avait dit : crSi un médecin veut se donner la peine d'interroger en détail un malade atteint d'une affection aiguë sur la cause qui a déterminé le mal, il trouvera presque toujours qu'elle est venue de ce que le malade a quilté trop tôt des habits qu'il portait depuis longtemps, ou de ce cpi'il a éprouvé un refroidissement subit, étant en sueur, Ces remarques ont reçu une éclatante confirmation par les recherches des médecins de notre temps ^.
Les observations nombreuses des médecins qui se sont spécialement occupés d'hydrothérapie ont fourni à l'hygiène de précieuses lumières sur les bienfaits d'une prompte réaction après un refroidissement et sur les moyens de produire cette réaction.
On connaît aussi infiniment mieux et l'on caractérise pour ainsi dire par une augmentation de fibrine dans le sang^ les affections si diverses en apparence , mais si pareilles en réalité , qui sont déterminées par un refroidissement non suivi de réaction.
Archives de médecine navale ; ils sont cités ^ Grisolle , Traité de la pneumonie ,
dans YHygiène navale, par M. Leroy de 2° ëdilion, p. i A8. — Macarlo , Etiologie de
Méricourt. — Nouvelle Hygiène pratique la pneumonie chez les paysans. (^Moniteur
des pays chauds, par M. E. Celle, 1868, des hôpitaux, t. I, n° 90.) in-8°. Andral et Gavarret, Recherches sur
' Thèses et cours d'hygiène de la faculté la composition du sang. [Ann. de chimie et
de médecine de Paris. de physique, 3' série, t. V, p. 3o6.)
DE L'HVGIENE. 17
Les belles études de M. Chaussât^ sur l'inaultion, qui ont été continuées par plusieurs observateurs, nous ont permis de comprendre les différences individuelles présentées par des personnes soumises aux mêmes causes de refroidissement non suivi de réaction. On peut, presque à coup sûr, désigner aujourd'hui ceux qui en ressentiront les funestes atteintes. Le danger étant prévu, la prophylaxie hygiénique est fondée sur des bases rationnelles.
Voici l'indication sommaire des individus qui auront plus à redouter l'influence d'un refroidissement non suivi de réaction : en première ligne , les nouveau-nés le premier jour de leur vie exlrautérine; le danger est plus pressant pour ceux qui sont nés avant terme. Viennent ensuite les inanitiés, les vieillards caducs et mai nourris, les malades et les amputés qui ont été souuiis à une diète trop longue, les phthisiques, les glycosuriques, les albuminuriques, et, pour désigner par une appellation commune tous ceux qui sont sous l'imminence du danger qui suit un refroidissement non suivi de réaction, nous dirons : sont menacées toutes les personnes c|ui, pour une cause ou pour une autre, présentent cet état qui a été désigné sous les noms de misère physiologique ou à'appauvrissentent général de l'économie^.
Ces études, qui ne sont encore qu'à leur début, mais qui chaque année se continuent et se complètent, seront profitables à une foule d'individus qui étaient d'autant plus sérieusement menacés cju'ils ne connaissaient pas le danger qui les poursuivait incessamment.
Voici l'énoncé d'une nouvelle loi étiologique dont l'importance n'est pas moins grande : la continuité dans l'insuflisance ou la con-
' Mémoire sur l'inanilion, par M. Chaussât. (^Mémoires de l'Académie des sciences, savants étrangers, t. VIII, p. 438.) — Vierordt, Dictionnaire de physiologie, par R. Wagner, t. II, p. 883.
' Bouchardat, De l'alimentation insvf- Hygiène.
fsante, Paris, iSSa, in-8°. — Bouchardat, De h misère, Paris, 1865-1867. — Husson, Population indigente de Paris d'après le recensement de i863. [Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques.)
tiiiuité dans l'irrégularité des moyens de résistance au froid extérieur conduit, suivant les âges, à l'affection scrofuleuse ou à la tuberculisation pulmonaire'. La démonstration de ces principes nous a éclairés sur l'efficacité des moyens qu'il fallait adopter pour écarter ces fléaux, qui pèsent si cruellement sur l'humanité.