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GÉOLOGIE HYGIÉNIQUE

L'influence de la constitution du sol sur la santé des hommes qui l'habitent a été pressentie par les grands observateurs de tous les temps. Hippocrate avait dit : crTout ce que la terre produit est semblable à la terre elle-même, n II y a sans doute beaucoup d'exagération dans cette appréciation générale ; mais elle comprend d'incontestables vérités. Des observations récentes, sur lesquelles nous reviendrons bientôt, ont démontré l'existence constante de certaines endémies sur des terrains déterminés, et le rôle hygiénique des principales couches qui constituent le globe terrestre est aujourd'hui plus rigoureusement apprécié.

Commençons par aborder une question générale , celle de l'imperméabilité des terrains près de la surface du sol. Il est bien établi maintenant qu'il y a là une grande cause d'insalubrité, dépendant : 1° de la réfrigération, suite d'humidité constante; 2° de la décomposition des matières organiques animales et de la transformation de sulfates en sulfures; 3° de l'infection par suite de la décomposition des végétaux : d'où les fièvres intermittentes.

Ces terrains imperméables sont très-répandus en France et dans notre Algérie, où leur influence pathogénicjue est si considérable. Ce qui, pour la question qui nous occupe, caractérise surtout notre époque, ce sont les travaux d'assainissement, aussi importants qu'heureux, exécutés dans ces contrées jadis condamnées aux fléaux des maladies intermittentes ^

L'état de la surface et en particulier l'influence du déboisement

' Travaux de culture et d'assainissement Sologne, en Bresse, en Brenne, etc. (Rapexècutés dans la plaine de lu Mitidja , en ports aux conseils généraux de ces dépar-

sur l'hygiène d'une contrée ont été l'occasion, depuis quelques années, d'un grand nombre de traA^aux, qui ont éclairé cette question importante d'hygiène publique'. On a également publié plusieurs documents précieux sur l'atmosphère maritime^.

Nous allons présenter quelques considérations nouvelles sur les principaux groupes de terrains, étudiés au point de vue de l'hygiène.

Terrain granitique. — Sans engrais, la végétation des céréales sur ce terrain est faible ; l'industrie et le travail y sont plus nécessaires qu'ailleurs pour éloigner la misère et les maux qui marchent à sa suite. Les eaux y sont, en général, pures et salubres, les sources nombreuses et peu abondantes. La taille y est peu élevée, le sang y est beau. Les maladies contagieuses y font de plus rares apparitions que sur les autres terrains; ils présentent par rapport au choléra une immunité relative remarquable. On y observe des maladies intermittentes, mais les espaces attaqués sont limités, et les affections le plus souvent sont légères^.

Les maladies les plus communes sont : les pneumonies, les bronchites, les rhumatismes et les affections qui marchent à leui" suite.

Sur les terrains calcaires des groupes jurassiques et tertiaires

tements.) — Becquerel, Etudes sur la t. XX.) — Garnier, De l'influence de l'air

Sologne et Rapports présentés au conseil marin sur la phthisie. [Rapport sur ce Mé-

généralduLoiret, Varis, i8hQ-i853, 'm-8''. nioii-e, par M. Blache, Rulletin de l'Aca-

— Chevreul, Du soldes villes. [Mèm. Soc. demie de médecine, 1861.)

d'agricult. i859.) A. FourcavAl, Conditions géologiques et

' Bomsingmït, Mémoire sur l'influence hydrographiques qui favorisent le décelop-

des défrichements dans la diminution des pement et la marche du choléra asiatique,

cours d'eau. {Economie rurale, t. II, p. 70 1 .) (Gaz.méd. 1 849.) — Documcnis statistiques

— Becquerel père. Des climats et de l'in- sur l'épidémie de choléra de i85â, in-fol. jluence qu'exercent les sols boisés et non Imp. imper. 185-3. — Six départements boisés, Paris, i853, in-S". du centre de la France se touchant sans

" Carrière, Recherches erpérimentales intervalle. Creuse, Haute- Vienne, Corrèze,

sur l'atmosphère maritime. [Union médicale. Cantal, Lot et Lozère, et enfin un sep-

i858.) — Bocliard, De l'influence de la tième, séparé des autres par Tarn-et-Ga-

navigation sur la marche de la phlhisie ronne, ont été jusqu'à présent préservés

pulmonaire. [Mémoires de l'Acad. de méd. du choléra. — Gagniard, Thèse de Paris.

formés par les eaux douces, l'aboiidance règne quand les cultures sont bien dirigées; l'aisance est plus générale, la taille élevée; les maladies de refroidissement, toutes choses égales, sont moins fréc[uentes; à moins d'exceptions locales, les fièvres intermittentes y sont inconnues; les maladies contagieuses, fièvre typhoïde, choléra, etc. y apparaissent de temps à autre épidémiquement.

Les terrains crétacés et les sables qui se rencontrent en couches épaisses dans les terrains secondaires et tertiaires, à moins d'engrais abondants, constituent des sols peu fertiles; la misère y règne avec les maladies qui l'accompagnent, mais ce sont des terrains perméables, sains, qui ne sont point exposés au ravage des fièvres intermittentes. L'emplacement du camp de Châlons a donc été très-heureusement choisi au point de vue de l'hygiène; les soldats foulent un sol qui ne leur est pas nuisible, et le pays s'enrichit par les engrais que fournit un va^te campement d'hommes et de chevaux. Avec du temps et un judicieux emploi de ces ressources nouvelles, la contrée doit être transformée^

Terminons ce très -rapide exposé des progrès de la géologie hygiénique, en insistant sur deux exemples de terrains, le calcaire dolomitique et le terrain sub-apennin, sur lesquels régnent des endémies ou surviennent des épidémies. Les recherches exécutées dans ces dernières années ont beaucoup contribué à éclairer les causes de ces redoutables affections.

Le calcaire dolomitique se rencontre en couches limitées appartenant à la deuxième ou à la troisième formation; les substances minérales qui le caractérisent sont : la dolomie, le gypse, le sel marin et les argiles. Les endémies qu'on observe sur ce terrain sont le goitre endémique, qui, dans les vallées encaissées, est accompagné du crétinisme ^.

' H. Larrey, Rapport sur l'état hygiénique du camp de Ornions.

' J. Grange, trois Mémoires sur l'éliologie du goitre et du crétinisme. (Archives

des missions scientifiques, t. 1, p. 667; 1860.) — Élie de Beauraont, Rapport sur les Mémoires de M. Grange. (Comptes rendus de l'Académie des sciences , i86a.)

Le terrain sub-apennin est le dernier groupe de la loi'iiiatioii tertiaire; il est constitué par des dépôts lacustres formés par les mers géologicjues les plus nouvelles.

On y observe, et c'est ce qui le caractérise, un mélange en proportions à peu près égales de coquilles appartenant aux mers géologiques et aux mers actuelles.

Quand, sur ce terrain, la terre végétale repose sur l'argile à une profondeur de lo à 5o centimètres, on observe dans ces localités des maladies paludéennes, sans qu'il y existe de marais'.

INoLis ne pouvons terminer cette esquisse des progrès de la géologie hygiénique sans mentionner l'ouvrage de M. Boudin, si riche en documents précieux , intitulé : Traité de géographie , de stalislique médicales et des maladies endémiques'^. La publication de cet ouvrage a été précédée par celle de plusieurs mémoires du même auteur.

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