DE L'ATMOSPHÈRE
L'étude de l'atmosphère est une des plus considérables <[ue l'hygiène embrasse. C'est avec l'aii' qu'on inhale les effluves des marais et les miasmes qui donnent naissance à un grand nond^re de maladies contagieuses.
Outre les principes ordinaires que le chimiste étudie dans l'atmosphère, l'hygiéniste doit tenir compte des substances moiganiques provenant de la terre, des mers, des volcans, des êtres organisés et de l'industrie humaine. 11 doit apprécier l'influence des germes animés : sporules de mucédinées, ovules d'infusoires microscopiques, causes et elfets des fermentations des matières animales et végétales, et enfin de ces substances organicpies qui se produisent dans les conditions de maladie et qui sont désignées sous le nom de miasmes spécifiques.
' Paul Savi, Considérations sur l'insa- de citim. et de phys. 'S" série, l. Ul,^.^^!*.) lui) nU: de l'air dans les maremmes. Annal. - Paris, iSôy, a vol. iii-8°.
C'est seulement depuis quelques années que la science est entrée dans cette voie qui promet pour l'avenir les plus féconds résultats ^
Les questions qui se rapportent à l'air au point de vue de l'hygiène sont aussi nombreuses qu'inq)or(antes. On étudie d'abord les propriétés physiques de l'atmosphère, tout ce qui tient à la pression et aux mouvements. L'hygiéniste a ensuite à se préoccuper des modifications de propriété et des proportions des principes normaux, de l'action de chacun de ces gaz, puis il aborde l'étude des principes accidentels chimiquement définis, puis celle des principes non chimiquement définis, appréciables seulement par leurs effets jîathogéniques.
On rattache encore directement aux altérations de l'air tout ce qui est compris sous la désignation collective d'encombrement. Il importe, comme cela a été démontré par les études nouvelles sur l'hygiène des hôpitaux, de distinguer avec le plus grand soin l'encombrement d'hommes ou d'animaux sains de l'encombrement des hommes ou des animaux malades.
Des applications de ces principes se rencontrent dans l'hygiène générale, lorsqu'on traite des habitations privées, des manufactures, des mines, des hôpitaux, des salles de spectacle.
Pression. — De nombreuses observations ont été recueillies depuis vingt ans, se rapportant directement ou indirectement à l'influence de la pression atmosphérique sur la santé de l'homme. Reconnaissons cependant cjue, dans les faits observés, l'action est complexe : outre celle de la pression, celle de la raréfaction ou de la condensation du gaz oxygène, celle de la température, etc. y interviennent.
Les descriptions du mal de montagne sont beaucoup plus exactes depuis qu'on a pu comparer les faits observés dans nos Alpes avec
Des poisons, des effliwes, des virus, ■ mec les ferments, pai- M. Bouchardat. des miasmes spécifiques dans leurs rapports {Annuaire de thérapeutique , 1866, p. 299.)
ceux que des savants et des médecins instruits ont recueillis sur les Andes américaines ou sur les montagnes élevées du Mexique
La pathologie des climats de montagne est aujourd'hui mieux connue dans ses causes et dans ses elTets. Distinguons d'ahord les maladies spéciales, les maladies communes et celles qu'on observe plus rarement que dans les plaines.
Mentionnons au premier rang cette fièvre inflammatoire spéciale, désignée sous les noms de marco ou mal de Puna, qui atteint les nouveaux venus au Pérou et dans la Bolivie; les hémorragies générales dans la Veruga , les méningites foudroyantes de la haute Bolivie, et, dans la pathologie alpine, cette pleuropneumonie hémotique désignée sous le nom de asthnia montanimi. Voilà des affections que des travaux modernes ont beaucoup uiieux caractérisées dans leurs causes et dans leurs effets^. Ces recherches nous ont également appris c[ue les maladies de cœur, l'emphysème pulmonaire, l'asthme, les inflammations, les bronchites, les pleurésies, les pneumonies, s'observaient communément dans les pays de montagnes; que les affections rhumatismales étaient surtout fréquentes à la base de ces montagnes. Par contre, les maladies plus rares, toutes choses égales, que dans les plaines sont: les fièvres paludéennes, la fièvre jaune, le choléra, la peste, les fièvres bilieuses, Fhépatite, la dyssenterie. L'influence de l'élévation est au contraire peu sensible pour la fièvre typhoïde et les fièvres éruptives.
' Lepilear, Mémoire sur les phénomènes excelleat travail. — Jourdannet, Les alpltijsiologiques que l'on observe en s'élevant litudes de l'Amérique tropicale comparées à une certaine hauteur dans les Alpes. an niveau des mers, au point de vue de la (Revue médic. i845.) — Barrai et Bixio, constitution médicale, Paris, 1861. ia-8°. Journal d'un voijage aérostatique fait le — L'air raréfié dans ses rapports avec •2 j juillet 18 5o. [Comptes rendus de l'Aca- Vhomvie sain et l'homme malade, Paris, dé mie des sciences, t. XXXI.) 1862, in-8°. — Note sur l'anémie dans
Gmlhert, Sarroche ou mal de la mon- ses rapports avec l'altitude. [Acad. inéd. tagne; de la phthisie dans ses rapports 16 mars 18G2.) — Lombard, Le climat avec l altitude et avec les races au Pérou et de montagne au point de vue médical , en Bolivie {Thèses de Paris, i86-2,n'' Genève, i858, in-8°.
2f> RAPPORT SUR LES PROGRÈS
L utilité ou les contre-indications des voyages dans les pays de montagnes s'appuient aujourd'hui sur des observations d'une grande valeur'. Voici l'énumération des maladies qui sont le plus souvent améliorées par cette thérapeutique hygiénique:
En première ligne, les cas de nutrition alanguie par une vie trop sédentaire, les gastralgies, les diarrhées persistantes, la chlorose, les convalescences en général et surtout celles des fièvres intermittentes , l'épuisement nerveux par suite de travaux intellectuels excessifs, l'hypocondrie, etc.; les maladies des pays chauds, et, en première ligne, l'hépatite et la dyssenterie. Voilà pourquoi le séjour de la Preste, la station thermale la plus élevée de nos Pyrénées, est si utile à nos marins éprouvés par les voyages dans les contrées chaudes ^.
Les voyages dans les pays de montagnes sont à redouter pour les emphysémateux, pour les maladies du cœur, pour les individus prédisposés aux hémorragies. Pour la plithisie, nous pouvons citer deux exemples opposés : dans notre Europe, le séjour au Saint-Gothard est funeste aux phthisiques; au Pérou, le séjour sur les hauts plateaux des Cordilières leur est favorable ^. Voilà des faits trèsintéressants qui ont été mis en lumière par les travaux modernes.
L'augmentation de la pression atmosphérique a une influence certaine sur la santé de l'homme : dans quelques cas elle peut être nuisible; dans plusieurs maladies cette influence est favorable et elle a été utilement invoquée. Cette condition spéciale de l'atmospiière intéresse encore l'hygiéniste, parce qu'elle se rencontre à divers degrés dans les travaux des mines, dans la cloche à plongeur, etc.
De nombreuses et rigoureuses observations ont été recueillies depuis vingt ans. Elles nous permettent d'apprécier avec précision le rôle physiologique de l'air condensé, les ellets thérapeuticjues de
' Lombard, Le climat de montagne au •point de vue médical.
' Bouchardut, Rapport général sur le
service des eaux minérales. (^Mémoires de l'Académie de méd. 186/1.) Guilberl, loc. cit.
l'air comprimé; elles ont reçu la consécration de nombreuses et utiles expériences ^
Modifications de propriétés et de proportions des principes normaux de r atmosphère; ozone. — La (jnestion de l'ozone a certainement une grande importance en hygiène, mais elle est embarrassée de faits confus et mal observés. Sous le point de vue de la philosophie naturelle , un grand nombre d'observations paraissent démontrer que la plupart des corps simples peuvent présenter des propriétés dissemblables dans des conditions données, et que c'est surtout dans le moment qui précède les combinaisons avec d'autres corps que CCS propriétés se révèlent. Parmi ces modifications moléculaires des corps simples, celle du gaz oxygène désignée sous le nom d'ozone présente pour l'hygiéniste un double intérêt. L'ozone en excès dans l'air peut devenir cause de maladie ; quand il fait absolument défaut, certaines matières organiques nuisibles (miasmes, effluves), qui sont incompatibles avec cet oxygène actif, peuvent se rencontrer dans l'atmosphère. Quoi qu'il en soit de ces vues théoriques, ré- })étons que , malgré de très-nombreuses observations suivies pendant ces dix dernières années, l'histoire hygiénique de l'ozone est encore à faire ^.
' Pravaz , E.ssai sur l'emploi médical de l'air comprimé, Paris, i85o, in-8°. — Taharië, Effets de la variation de pression à la surface du corps. [Comptes rendus de l'Acad.dessciences, t.WW, p. aSSet loyj.) — Millet, De l'air comprimé comme agent thérapeutique, Lyon, i854, in-8°. — Berlin, Etude clinique de l'emploi et des effets du bain d'air comprimé, Paris, 1 855 , in-8°. — Pravaz fils. Air comprimé; effets phjsiologiques , appt. thérap. Lyon, 1859, in-8°. — François, Air comprimé; effets sur les ouvriers. (Annales d'hi/g. 2° série, t. XIV. — W iUeniin, Air comprimé dans
les travaux d'art. ( Gazette médicale de Strasbourg, 18G0.) — Foley, Travail dans l'air comprimé , Paris, i8G3, grand in-8°. — Herniel, Des accidents produits par l'usage de chambres à air comprimé. [Art médical , i86â-i86.'5.)
^ Schônbein , un grand nombre de nie'inoires et de notes dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences et dans les Annales de chimie et de physique. — Fremy et Ed. Becquerel , Becherches électro-chimiques sur l'oxygène électrisé. (Annal, de chimie et de physique , 3° se'rie, t. XXXV, p. 62, 100.) — Scoutetten, L oione, Metz.
Diminution dans la proportion du gaz oxygène. Augmentation du gaz acide carbonique. — Les recherches si complètes sur les phénomènes de la respiration de l'homme et des animaux nous ont montré la limite qu'on pouvait atteindre dans la diminution de proportion du gaz respirahle\ Ces mêmes observations, corroborées par des expériences directes, ont fixé le rôle de l'acide carbonique ^ en nous faisant rigoureusement connaître ses propriétés physiologiques. L'influence hygiénique de l'augmentation ou de la diminution de la vapeur d'eau dans l'air est aujourd'hui nettement appréciée,
Viciation de l'air par des principes cliimiqiiement définis.
Les principes chimiquement définis, étrangers à l'atmosphère, qui peuvent vicier l'air se rapportent à trois groupes : i° les gaz, 2° les vapeurs, 3° les poussières. L'étude de ces viciations intéresse principalement l'hygiène des manufactures. Nous y reviendrons dans la division de l'hygiène générale (voyez p. 98 et suiv.); mais nous pensons que nous devons indiquer ici les progrès nouvellement réalisés sur l'appréciation du rôle hygiénique des poussières.
Les poussières sont distinguées en toxiques, et en poussières relativemenl inojfensives , qui ne nuisent que par une action en quelque sorte mécanique.
i856, in-12. — Desplats, De l'ozone (Thèses de Paris , i857,n° 176.) — Nombreux articles, depuis i85/i, de Bôckel.
(Gaz. méd. de Strasbourg.) — Mémoires de MM. Marignac, Wolf, Bei'igny, Houzeau, Cioës, Bineau, dans les Comptcsrendus de l'Académie des sciences depuis i85o.
' Regnault et Reiset, loc. cit. — Leblanc , Recherches sur la composition de l'air confiné. [Annales de chimie et de physique , 3' série, t. V, p. 3 18.) — Rapport au ministre de la guerre relativement au volume d'air à assurer aux hommes de troupe dans les chamhret des casernes. [Ann. de
chimie et de physique, t. XXVIf , p. 3 7 3.)
— Lassaigne, Sur la composition de l'air des salles de spectacle. [Annales d'hygiène, t. XXXVI, p. 296.)
^ Orfila, Viciation de l'air par l'acide carbonique. {To.ricologiegénér.}^.']Z&,t. IL)
— Malgaigne, Asphyxie par la vapeur du charbon. ( Gai. méd.) — Regnault et Reiset, loc. cit. — A. Chevallier, Dangers et inconvénients des fours à chaux. [Ann. d'hygiène, cet. 1862.) — J. Ch. Herpin, De l'acide carbonique, de ses propriétés physiques, chimiques et physiologiques , etc. Paris, 186/1, grand in-18.
Le rôle des principales poussières toxiques a été fixé par des expériences nombreuses et des observations variées, dont les plus importantes se rapportent à l'intoxication plombique \ Citons encore, parmi les poussières toxiques qui ont fourni l'occasion de bons et utiles travaux, celles de cuivre^, de mercure^, d'arsenic*,
' A. Lefebvre, plusieurs Mémoires sur l'intoxication saturnine, cause de la colique sèche, 1 vol. iii-8°, 18.59. — Cuisine et appareils dislillatoires dans la marine. [A unales d'hygiène, avril 1862.) — Comités, Rapport sur la fabrication de la ccruse en. France, au point de vue de la santé des ouvriers. ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 576; 1849.) — Bi-achet, Traité pratique de la colique de plomb, Paris, i85o, in-8°. — Coiilier, Question de la céruse et du blanc de zinc, Paris, 1809, ia-8". — A. Tardieu, Sur la suppression de la fabrication et de l'emploi de la céruse. [Moniteur des hôpitaux, i853.) — V. TliibauU, Affections saturnines chez les dessinateurs en broderie, les ouvrières en dentelles. [Annales d'hygiène, i856.) — Paul, Sur certaines maladies saturnines. [Thèses de Paris, 1861.) — Arcliambault, Empoisonnement saturnin par poussière de cristal chez les ouvriers travaillant a la contre-oxydation du fer. [Arch. méd. 1861.) — Duchesne. Colique de pdomh des ouvriers émailleursen fer. [Annales d'hygiène, 1861.) — Beaugrand, Accidents saturnins chez les ouvriers fabriquant des éliquetles vitrif. [Gazette des hôpitaux, 1862.) — Duraesnil, Accidents saturnins chez les ouvriers travaillant le verre mousseline. [Thèses de Paris, 186/1.) — Gallard, Verre mousseline.
[Annales d'hygiène, janvier 1866.)
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vriers qui travaillent le cuivre. [Annales d'hygiène , 18/17, i856.) — Blandet , Mémoire sur la colique de cuivre. [Journal de médecine de Beau, i8/i5.) — Pietra- Santa , De la non-existence de la colique de cuivre. [Annales d'hygiène, i858.) — Pierron , Des maladies des horlogers produites par le cuivre. [Bulletin de la Société médicale de Besançon, 1860.)
' Chevallier, De l'intoxication par l'emploi du nitrate acide de mercure chez les chapeliers. [ Thèses de Paris, 1860 .) — Lizé, Injlueuce de l'intoxication mercurielle sur le produit de la conception. {.Journal de chimie médicale , 1862.)
'' Blandet, Mémoire sur F empoisonnement externe produit par le vert de Sclmeinfurt, ou De l'œdème, de l'éruption professionnelle des ouvriers en papiers peints. [Journal de médecine de Beau, t. III, p. 1 1 2 , 18 A 5.) — A. Chevallier, Essai sur les maladies qui atteignent les ouvriers en papiers peints qui emploient dans la préparation de ces papiers le vert de Sclnveinfurt, etc. [Ann. d'hyg. 1 "série, t. XXXVIII, p. 56; 18/17.) — Becherches sur les dangers que présentent le vert de Schweinfurl , le vert arsénical, l'arsénite de cuivre. [Ann. d'hygiène, 2 "série, t. XII, p. /19; 1869.) — Follin, Sur l'éruption papulo-ulcéreuse qu'on observe chez les ouvriers qui manient le vert de Schweinfurt. [Archives générales de médecine, 5' série, t. X, p. 68.3 ; 1867.) — P. de Pietra-Santa , Existe-t-il une affection
de phosphore ^ Pour les autres poussières, ie progrès le plus cousidérable a consisté à bien démontrer que chaque poussière avait un rôle spécifique qu'il importait de déterminer, et que presque toutes les appréciations générales étaient erronées. On a étudié avec le plus grand soin les eflets des poussières très-dures et insolubles, telles que celles de silex et d'acier, dont l'inhalation continue détermine une forme spéciale de tuberculisation pulmonaire ^.
propre aiuc ouvriers en papiers peints qui manient le vert de Schweinfurt? [Annales d'hijgihie, 2' série, t. X, p. SSg; i858.) — E. Reaugrand, Des différentes sortes d'accidents causés par les verts arsenicaux employés dans l'industrie. [Gazette des hôpitaux, 1869, n" 25, 28.) — M. Vernois, Mémoire sur les acciden ts produits par l'emploi des verts arsénicaux chez les ouvriers fleuristes en général et chez les apprêteurs d'étoffes, etc. (Fig. dans les Annales d'hygiène, <2.' série, t. XII, p. Skj; 1869.)
' Sédillot, Nécrose des os de la face produite par le phosphore. [ Comptes rendus de l'Académie des sciences , t. XXII, p. /I37 ; 18/17.) — Rriclieteau, Roys de Loury el A. Chevallier, Mémoires sur la fabrication des allumettes chimiques. [Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 618; 18/17.) — E. Hervieux, De la nécrose des mâchoires produite par l'inJJuence des vapeurs de phosphore dans la fabrication des allumettes chimiques. [Union médic. p. 200; 18/18.) — A. Chevallier, série de Recherches sur le phosphore amorphe substitué au phosphore ordinaire. [Annales d'hygiène, 9° série, t. III, p. 1 2/1.) — A. Tardieu, Etude historique et médico-légale sur la fabrication et l'emploi des allumettes chimiques. [Annales d'hygiène , 2° série, t. VI, p. 5; i856. ) — A. Glenard, Sur la fabrication du phosphore et des allumettes
phospliorées à Lyon. [ Gazette médicale de Lyon, p. 98; i856.) — U. Ti'élat, De la nécrose causéepar le phosphore. — E. Leudel, Recherches cliniques sur l'empoisonnement par la matière phosphwée des allumettes chimiques. [Archives générales de médecine, 2' série, t. IX, p. 3o8; 1867.) — Gaultier de Claiibry, Des allumettes chimiques avec et sans phosphore. [Annales d'hygiène, 2''série, I. XII, p. 260; 1869). — Chaumier, Etudes chimiques, hygiéniques et médicolégales sur le phosphore. [Thèses de Pans, 18.59, n° 167, in-/i°.) — Poggiale, Rapport sur la fabrication et l'emploi des allumettes chimiques, et discussion. [Bull, de l'Acad. de médecine, t. XXV, p. 2 /16; 1 860.) — Roiivier, De la nécrose phosphorée et de la prohibition des allumettes chimiques; rapport fait à l'Académie de médecine.
[Bull, de l'Acad. de méd. t. XXV, p. io3i ; 1860.) — A. Chevallier, Mémoire sur les allumettes chimiques préparées avec le phosphore ordinaire, et les dangers quelles présentent sous le rapport de la santé des ouvriers, de l'empoisonnement et de l'incendie. [Annales d'hygiène, 2° série, t. XV, p. 254; 1861.) — Recourt et Chevallier, Accidents qui atteignent les ouvriers qui travaillent le bichromate de potasse. [Annales d'hygiène, juillet i863.)
^ A. Morin, Sur les moyens proposés par M. Peugeot pour présenter les ouvriers
On a apprécié avec beaucoup plus de rigueur riiifluence des poussières de houille^ de charbon ^, de ponsii"^. On a nettement démontré que les effets d'un grand nombre de ces poussières ne se révèlent qu'après plusieurs années de leur inhalation \
Altération de l'air par des principes non chimiquement définis ^
Si la question de l'altération de l'air par les principes non chimiquement définis n'occupe qu'une place très-secondaire dans les
des dangers qu'offre l'emploi des meules eu grès. [Comptes remlus de l'Académie des sciences, t. XXXV, p. i.) — Willermé fils, Note sur la santé de certains ouvriers en aiguilles. [Annales d'hygiène, i85o.) — Piilegnal et ].ondès, Maladies des tailleurs de cristal de verre. [Ballet, de l'Académie de médecine, iSSg-iSôo.) — Belz, Sur les causes de la mortalité des tailleurs de pierre et sur les moyens de les prévenir. [Thèse de Strasbourg, i86-3.) — Bouchardat, Des poussières qui ont une action évidente sur la production de la tuberculisation pulmonaire. (Supplément à Y Annuaire de thérapeutique de 1861, p. 5 1-60.) — Feltz, Maladies des tailleurs de pierre. [Gazette médicale de Strasbourg, i865.) — Jordan, Fabrique d'aciers; aiguiseurs. [Annales d'hygiène, avril i865,p. 288.)
' Ducpetiaux, Du travail des enfants dans les mines des houillères de la Belgique et de son influence sur la santé. [Annales d'hygiène, t. XXIX.) — Francon, Mémoire sur l'anémie des houilleurs. [Bulletin de l'Académie de Belgique, 1861.) — Demarquette , Essai sur les maladies des ouvriers des houillères de Carrières. [Moniteur scientifique, 1861.) — A. Riembaull , Hygiène des ouvriers mineurs employés dans les houillères, Paris, 1861 , in-8°. —
Fossion , Bapport de la Commission chargée d'examiner les Mémoires envoyés au concours ouvert sur les maladies propres aux houilleurs deBelgique. [Bullet. de l'Académie de médecine de Belgique, 1861.) — Boens-Doisseau , Traité pratique des maladies et des accidents des houilleurs, Bruxelles, 1862, in -8°. — Beaugrand, Anthracose des houilleurs. [Annales d'hygiène, 1869.)
' Cruveilhier, Bronchite mélanique des charbonniers. [Annales thérapeutiques , t. V, p. 989.) — Hervieux, Action nuisible des poussières. [Bull. Soc. hopit. i855.) — Vernois,/)e l'action des poussières de charbon sur la santé des charbonniers. [Annales d'hygiène, i858.)
^ A. Tardieu. Etude hygiénique sur la profession de mouleur en cuivre. [Annales d'hygiène, i854.) — Bouillaud, Cas de pseudo-mélanose chez, un mouleur. [Bulletin de l'Académie de médecine, 1860-1861.)
' A. Tardieu , loc. cit.
^ Bouchardat, Analyse micrographique de l'air. [Coui-s d'hygiène.) — Pasteur, Travaux divers sur la génération dite spontanée. [Comptes rendais de l'Académie des sciences, t. LVII, p. 67.) — Ch. de Vauréal, Essai sur l'histoire des ferments , in-8°, Paris, iS&h.
n RAPPORT SUR LES PROGRÈS
études que le cliiiiiiste aborde, elle en a au contraire une tout à fait dominante lorsqu'il s'agit d'hygiène : les effets de quelques-uns de ces corps qui sont mêlés à ces innombrables poussières que l'air transporte sont des plus remarquables; c'est l'homme qu'on peut considérer comme le réactif qui révèle leur puissance \ Ces principes, entraînés dans l'atmosphère avec la vapeur d'eau, sont rangés aujourd'hui sous trois titres principaux : i" les effluves des marais; 2° les produits des fermentations putrides; 3° les miasmes spécifiques.
EJJhtves des marais. — Sous le double rapport de l'importance pour les doctrines médicales et de l'utilité pratique, la question des marais est une des plus grandes que l'on puisse aborder en hygiène. La modification si profonde et quelquefois si fatalement durable que peut imprimer à l'organisme humain une quantité infiniment petite de matière engendrée dans les marais est bien digne de toutes nos méditations.
L'action de ces produits qui prennent surtout naissance dans les plus belles contrées du globe est la plus grande cause de dépopulation de pays si éminemment privilégiés sous tant d'autres rapports.
En liygiène, la signification du mot marais est beaucoup plus large c{ue dans le langage ordinaire. Admettons pour un moment comme démontrée l'existence de ces matières organiques que nous nommons effluves, entraînées par la vapeur d'eau et possédant la propriété de donner les maladies intermittentes; nous dirons : on donne en hygiène le nom de marais à un foyer où se développent des ejfhwes palustres.
La circonstance qui a puissamment contribué à augmenter pour la France l'intérêt qui s'attache à la question des marais, c'est qu'elle doit venir au premier rang lorsqu'il s'agit de nos colonies du Sénégal, de la Cochinchine et de nos possessions d'Algérie.
' Beaugrand, Analyse des travaux ayant pour but l'analyse microscopique de l'air. [Annales d'hygiène, juillet 1 862 .)
Plusieurs départements du centre, une partie de notre littoral, ont aussi rudement à souffrir de ces maladies intermittentes.
L'état physique des marais est aujourd'hui assez bien connu. S'il existe des lacunes importantes, nous pensons que ce sera hâter la solution de ces problèmes que de signaler ces lacunes.
On sait par des observations concordantes que les eaux impures favorisent la formation des effluves; on connaît la nature des substances salines et leur proportion. On sait que l'existence de certains débris végétaux qui se putréfient dans les limons constitue la matière première de la fermentation palustre. On connaît les gaz qui se développent dans les localités maremmatiques. La flore et la faune de ces localités ont été étudiées dans ce qu elles ont de plus ordinaire. Mais une étude microscopique patiemment et habilement conduite est encore indispensable pour nous faire connaître les spores de certains végétaux des marais qui ont été mis en cause, et surtout pour nous apprendre à distinguer les animaux microscopiques si nombreux qui pullulent dans ces débris végétaux qui se putréfient, et qui sont les moteurs de ces fermentations et la cause première de tous les accidents des marais. Ce qu'il importerait surtout de connaître, ce seraient les conditions d'existence de ces êtres, dont, il y a quelques années, on soupçonnait à peine l'existence etsurtout le rôle immense qu'ils jouent dans les phénomènes de la mort et de la vie.
Quoiqu'il existe encore bien des inconnues pour établir sur des bases inébranlables une théorie qui rende compte des eflets des marais, la science s'est cependant enrichie, dans ces dernières années, d'observations d'une valeur incontestable. Tous les gaz qui se dégagent des marais ont été successivement mis en cause, et l'on a reconnu que l'inhalation d'aucun d'eux ne pouvait rendre compte des effets observés. La théorie de l'influence de l'humidité, soutenue il y a trente ans par un éminent observateur, n'est plus admise par personne. On a renoncé de même à attribuer l'origine des maladies des marais à des insectes entraînés par l'air. Si dans ces derniers
Ifygiène. .3
temps on a remis de nouveau en avant l'hypothèse , si souvent défendue , de l'influence de l'émanation de plantes spéciales , on n'a point déterminé la nature des spores qu'on mettait en cause, on n'a pas répondu à l'objection capitale qui consiste à dire que les maladies de marais se produisent dans des localités où les plantes désignées n'existent pas; puis on n'a point examiné s'il ne s'agissait pas d'une simple question de coïncidence.
Les conditions de la formation des effluves ont été établies avec une netteté sufîisante par un grand nombre d'observations : on sait tout d'abord que la condition primordiale est la présence de certaines parties de végétaux morts; on admet ensuite que l'eau est indispensable à la manifestation du phénomène; on a aussi démontré que l'accès de l'air était une condition absolue. Les espaces submergés ne produisent pas d'effluves; on en constate seulement l'existence par leurs efl"ets pendant l'assèchement des boues. La loi qui nous montre la progression constante des dangers, toutes choses égales d'ailleurs, avec l'élévation de température est aujourd'hui établie par de nombreuses et concordantes observations. Enfin le rôle de certains sels, en proportions déterminées, tels qu'ils résultent du mélange des eaux douces et des eaux salées, a été nettement apprécié. C'est à une cause du même ordre qu'il faut rapporter l'existence de fièvres des marais sur certains sols où l'on ne remarque cependant aucun vestige d'eaux stagnantes ^ Quelles peuvent être les matières organiques entraînées par la vapeur d'eau qui constituent les êfîluves? L'hypothèse la plus vraisemblable consiste à admettre que c'est un venin produit par une des espèces des animaux microscopiques qui déterminent la fermentation des marais ^.
Cette espèce n'appartient pas au genre Vibrio, qui comprend les infusoires moteurs de la fermentation putride. Deux raisons s'y
' Sa\i , Mémoire sur les effluves. [Annal, (le chimie et de phjsique , 3° série, t. III, p. Zhh.) — Fr. Daniell, Sur les effluves.
(Annuaire des eaux de la France, i85i.)
Bouchardal, Des venins et des effluves. [Ami.de thérap. pour 1866, p. 336.)
DE L'HYGIÈNE. â5
opposent : la première, c'est que les produits de la fermentation putride, qui affectent si péniblement l'odorat, ne déterminent pas des maladies à quinquina; la seconde, c'est que les effluves des marais ne se révèlent par leurs effets que lorsque les boues des marais reçoivent l'accès de l'air. Les vibrions moteurs de la fermentation putride (^anaérobies , Pasteur) ne vivent que dans un milieu privé d'oxygène. Les infusoires microscopiques moteurs de la fermentation des marais ne paraissent vivre que lorsqu'ds ont l'accès de l'air (^aérobies).
Ce ne sont point des infusoires microscopiques eux-mêmes qui sont entraînés par l'air; le microscope nous en aurait démontré l'existence. Mais, lorsqu'on examine avec son secours les vapeurs condensées dans les localités maremmatiques, on y découvre des flocons organiques, mélange d'un grand nombre de produits, parmi lesquels se trouve la matière toxique.
Admettre qu'elle est produite par un acte de la vie de ces infusoires qui pullulent dans la boue des marais en voie d'assèchement est l'hypothèse qui rend mieux compte des observations. Dire que cette substance se rapproche alors des poisons produits par les animaux (les venins), oe n'est que donner aux faits leur interprétation la plus légitime K
Sans doute bien des études restent à faire pour déterminer l'espèce ou les espèces d'infusoires auxquelles nous attribuons la plus grande cause d'insalubrité qui pèse sur riiomme, pour connaître les conditions de leur propagation; mais ces études auront une immense portée, car elles nous serviront de guide assuré pour arriver à la prophylaxie des maladies qui dépeuplent les plus belles parties du globe.
11 est vraisemblable que ces études donneront une interprétation
' H existe, en effet, parmi les infusoires qui pullulent dans les produits de la décomposition des matières ve'gétales, plusieurs espèces qui ne paraissent avoir
d'autres moyens de s'emparer de leur proie ultra-microscopique que de l'attaquer par un venin.
très-simple de faits dont nous ne pouvons nous rendre compte dans l'état actuel de nos connaissances.
Admettons pour un instant que ce n'est point une espèce unique qui détermine tous les accidents des marais, mais des espèces voisines ayant des aptitudes et des conditions d'existence différentes.
On comprendra aisément comment les effluves qui naissent sous l'influence du dessèchement des boues provenant du mélange des eaux douces et des eaux salées sont plus à redouter que les effluves provenant du dessèchement de houes déposées par les eaux douces ou salées isolément, si deux espèces différentes d'infusoires toxifères vivent dans ces boues.
Gomment plusieurs localités de la Nouvelle-Calédonie^ et de quelques îles de l'Océanie sont-elles exemptes des maladies des marais, malgré l'existence de marais dans lesquels les matières végétales se décomposent? Cette immunité ne résulterait-elle pas de l'absence des infusoires toxifères, soit par le fait qu'ils n'existaient pas et qu'ils n'ont pas été transportés dans ces localités, soit encore parce que les végétaux qui pourrissent dans ces marais sont des mellaleiica ou d'autres végétaux à essence qui tuent les infusoires toxifères?
On est conduit par un grand nombre d'observations concordantes à admettre que les effluves des marais jouent un rôle important dans la genèse des foyers primitifs du choléra contagieux , de la fièvre jaune et peut-être de la peste.
On s'explique difficilement pourquoi, sous l'influence de conditions qui paraissent en apparence identiques, on voit naître, la misère et l'encombrement aidant, des maladies si différentes. Tout s'interpréterait avec facilité si l'observation venait à nous démontrer que ce sont des poisons produits par des espèces voisines, mais spécifiquement différentes. Une de ces espèces vit au delta du Gange, et son poison donne le choléra; une autre à l'embouchure des
' Rochas, Topographie de la Nouvelle-Calédonie. [Thèses de la faculté de médecine de Paris, 1861.)
grands fleuves de l'Amérique du Sud, elle devient le moteur des foyers primitifs de la fièvre jaune. On sait que, pendant de longues années, les foyers primitifs de la fièvre jaune ont été peu nombreux. Leur multiplicité plus grande depuis vingt ans s'expliquerait aisément par le fait de la propagation de l'espèce favorisée par de plus rapides et plus fréquentes communications entre les localités lui offrant les conditions d'existence qui lui conviennent.
Les foyers primitifs de la fièvre jaune, du choléra, étant formés, leur propagation s'explic[ue par la transformation de la maladie : infectieuse d'abord, elle devient contagieuse, comme cela s'observe pour le typJius feher et probablement pour bien d'autres affections.
Mais, hâtons-nous de le dire, ces vues théoriques ont besoin, pour être admises , de la sanction de l'observation et de l'expérience.
On a depuis plusieurs années, et successivement, déterminé avec rigueur les maladies qu'il convenait d'attribuer à finfluence des effluves des marais; on les a distinguées en : i° endémies intermittentes, variant par le type et la gravité; 2° épidémies et épizooties. On a également montré que certaines affections, telles que la dyssenterie épidémique, la colique endémique des pays chauds, etc. si elles ne sont pas déterminées par les effluves des marais, pouvaient cependant, par leur influence, être favorisées dans leur développement.
Les questions qui ont trait à la non-accoutumance aux effluves et aux récidives qui s'étendent sur un si grand nombre d'années ont reçu de nouvelles et éclatantes confirmations par le séjour de nos armées en Algérie ^
L'influence des effluves des marais sur les hommes aux différents âges de la vie a été très-nettement appréciée. Cette connaissance a surtout pris une importance considérable pour le jeune âge. Si les enfants allaités présentent une préservation relative, après le se-
' Consulter les travaux des nie'decins militaires ou de la marine, Maillot, Boudin, Laveran, F. Jacquot, Laure, soit
dans leurs ouvrages spéciaux, soit dans le Recueil de Mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires,
vrage ils sont frappés avec une telle puissance, que cette question de la mortalité excessive des enfants dans les localités maremmatiques est devenue la plus importante dans la pensée des hommes soucieux de l'avenir, qui s'occupent de la colonisation de l'Algérie.
L'influence défavorable, au point de vue de l'action des effluves, du travail des champs, de l'alimentation insuflisante, de privation de vin, d'habitation dans les rez-de-chaussée, a été établie par de trop nombreuses observations pour qu'il soit permis de la révoquer en doute. Il est bien démontré que ce sont les plus pauvres parmi les travailleurs des campagnes qui sont surtout exposés aux maladies des marais. Voilà pourquoi il est si désirable que le remède efficace, le sulfate de quinine, puisse leur être vendu au plus bas prix possible^.
La question de l'antagonisme des maladies des marais avec la phthisie pulmonaire et la fièvre typhoïde a été éclairée par de nombreuses observations contradictoires, et cet antagonisme est restreint aujourd'hui dans d'étroites mais légitimes limites^.
Règles hygiéniques se rapportant aux marais. — Les règles hygiéniques qui ont trait directement ou indirectement à la production des eflluves des marais sont du ressort de l'hygiène privée et de l'hygiène publique. Il est peu de questions plus importantes pour la France dans ses rapports avec ses grandes possessions africaines. C'est par la puissance de nos armes qu'a été faite^la conquête de l'Algérie; c'est par l'hygiène que notre établissement y sera solide et définitif.
Les règles d'hygiène tant privée que publique se déduisent lé-
' C'est ]a pensée qui m'a inspiré en que sont exposées les raisons qui militent
publiant avec M. Delondre la Quinologic, en faveur de la culture régulière des bons
ouvrage dans lequel sont décrits, pour la quinquinas : Cinchom Cah/saija, C.sttcci-
première fois , les quinquinas de la Nou- rubru, C. pilmjansis. {^Annuaire de tJiéra-
veile-Grenade, qui aujourd'hui jouent un peut'upie , 1866.)
si grand rôle dans la fabrication du sul- ^ Boudin, Essai de géograpliie médt-
fate de quinine; et c'est dans cet ouvrage cale, p. ; i843.
gitimement des considérations tliéoriques que nous avons exposées. Les conditions dans lesquelles se développent et s'éteignent les foyers de production des effluves des marais étant connues, le premier soin est de les écarter autant qu'il est en notre pouvoir. L'influence des habitations, du séjour nocturne, des vêtements, de la nourriture, étant appréciée, nous touchons bientôt au but, celui d'être maîtres d'un des plus grands fléaux de l'humanité. Reconnaissons que, depuis c[uinze ans, de grandes choses ont été réalisées chez nous : l'insalubrité a été chassée de plusieurs parties de la Sologne, de la Brenne et d'autres contrées de la France; un grand nombre de locahtés de notre Algérie, inhabitables il y a dix années à peine, sont devenues relativement salubres, grâce à des travaux énergic[uement poursuivis et aux efTorts d'une agriculture progressive.
Il nous reste à choisir cpielques exemples parmi les exploitations diverses dans lesquelles se produisent les effluves des marais à propos descjuelles des progrès ont été réalisés récemment. Les causes des dangers des étangs^ mal tenus et de ceux à culture alternative sont aujourd'lmi beaucoup mieux appréciées. Le Gouvernement a tendu une main ferme et secourable aux populations laborieuses qui soufl"raient de ce voisinage; beaucoup d'étangs à culture alternative ont été transformés en fécondes prairies, et tous y ont gagné. Les étangs dans lesquels on élève les sangsues, et qui présentaient de si graves conditions d'insalubrité, ont été examinés avec le plus grand soin par les conseils d'hygiène, et les dangers ont été éloignés ^.
L'influence des défrichements d'après l'état du sol et du climat
' Puvis , Des causes et des effets de l'insaluhrité des étangs. Bourg, i85i, in-8°.
— Gaudon , De Ja Brenne et de ses étangs , le Blanc, 1861, in-8°.— J. Rollet, Étangs des Dombes, leur influence sur la 'population. [Gaz. méd. de Lijon, février 1869.)
— Siraud , Mémoire sur les étangs , Paris , 1860. — Reinhard, Influence des contrées
paludéennes sur la durée de la vie. (Annal, d'hi/giène, jiùUel 1862.)
^ Rapports sur l'élève et la multiplication des sangsues, par M. Clémenceau.
( Travaux des conseils d'hygiène et de salubrité du département de la Gironde , Bordeaux, i85i, i853, iSSy.) — Etudes hygiéniques sur l'élève des sa)igsues dans le
a été beaucoup mieux comprise. Notre expédition en Chine nous a permis de mieux apprécier les procédés mis en usage par les cultivateurs chinois pour éloigner les causes de danger qui accompagnent la culture du riz ^ L'histoire hygiénique des marais salants a été tracée avec une grande intelligence du sujet; des mesures efficaces ont été prises pour écarter autant qu'il est en nous les dangers de cette importante industrie
Le rouissage du chanvre a été étudié à divers points de vue^ Les conseils d'hygiène des départements, les administrateurs de notre Algérie commencent à comprendre que la question des effluves des marais est la plus grande que l'on puisse attaquer. Aussi lui appliquerons-nous ce mot, si connu, de l'opiniâtreté romaine : c'est le delenda Carlhago de l'hygiène.
Produits nuisibles ou incommodes transmissibles par l'air, dérivant des hommes malades ou de la décomposition des matières animales. — On peut rapporter à deux titres distincts l'étude des produits nuisibles ou incommodes provenant des hommes malades ou de la
département de la Gironde, par Ch. Levieux, Bordeaux, i853. — Mémoire du conseil agricole central des éleveurs de sangsues de la Gironde, Bordeaux, i853.
— Guide pratique des sangsues, par Louis Voyson, 2° éd. Bordeaux, i855. — Rapports des travaux du conseil d'hygiène des départements de la Meurthe et de la Nièvre.
— Mémoire sur l'hirudiniculture ou l'élève des sangsues , considérée sous le rapport commercial, industriel, agricole, humanitaire et hygiénique, par A. P. Laurens, Paris, i85h.
' Sorgoni, Influence de la culture du riz sur la fréquence des fièvres intermittentes. {Gazette médicale, iS/iS-iS/iQ.)
— Boileau de Casteinau, De l'insahérité des rizières. [Annales d'hygiène, i85o.)
— Soul(^, Rapport sur les rizières de In Teste. {Conseil d'hygiène de la Gironde,
1851. ) — Levieux, Rizières de la Teste. {Conseil d'hygiène de la Gironde, i855.)
— Culture du riz en Chine. {Mémoires de la Société d'agriculture de France,
^ Consulter les beaux travaux de M. Balard sur les marais salants du midi de la France. — Lelier, Rapport sur les marais salants. {Mémoires de l'Académie de médecine, Paris, 18/18.) — Ad. Wurtz, Rapport au comité consultatif d'hygiène sur les marais salants.
^ Roucher, Du rouissage considéré au point de vue de l'hygiène publique et de son introduction en Algérie. {Annales d'hygiène, octobre 186/1.)
DE L'HYGIENE. hi
décoijiposition spontanée des matières aniniaies : i° miasmes spécifiques; ^° fennentations putrides. Les connaissances nouvelles qui se rapportent aux miasmes spécifiques seront exposées quand nous parlerons des maladies contagieuses. Nous allons nous horner à présenter ici ce qui a trait aux fermentations putrides et aux questions hygiéniques qui s'y rattachent.
Fermentations putrides. — On confond sous ce nom un grand nombre de transformations moléculaires qui commencent à être mieux connues dans leurs causes et dans leurs effets. On sait aujourd'hui que la plupart de ces phénomènes ne sont pas uniquement des actes de destruction de la matière organisée, mais que ces décompositions sont mises en mouvement par faction de la vie d'êtres inférieurs^.
La présence d'infusoires ou ferments vivants est une condition absolue de toute fermentation putride. Examinez à faide d'un microscope toutes les matières en putréfaction, et vous y découvrirez un monde dans un état d'agitation extrême. Le rôle antiseptique d'un grand nombre de poisons s'explique de la façon la plus naturelle ar cette action toxicjue qu'ils exercent sur les ferments ou infusoires, compagnons obligés de la fermentation putride.
crTous les sels mercuriaux qui viennent au premier rang des antiputrides sont aussi, de tous les composés, ceux qui tuent le plus énergic|uement les êtres inférieurs; il en est de même des sels de cuivre, de zinc, de plomb, d'argent, etc., de facide arsénieux.
rcLes éthers, le chloroforme, les essences, les produits pyrogénés analogues aux essences (créosote, acide phénique), possèdent
' Bouchardat , Tlièse de concours pour l'agrégation, i8.B3. — Dumas, Traité de cliimie , t. VI, p. 38 1. — Pasteur, Fermentation pvtridc. {C. R. do VAcad. des sciences, t. LVI, p. 788 et 1189, juin
i863.) — Ch. de Vaure'al , jË'ssaî sî/»' l'histoire des ferments, Paris, 186A, in-8°.
(Tlièses de lafacidté de médecine, p. loA.) — Bouchai'dat, Des frrinents putrides.
(Annuaire de thérapeutique, 1866, p.3'2o.)
/lâ RAPPORT SUR LES PROGRÈS
des propriétés antiseptiques bien constatées, et détruisent aussi , avec une grande énergie, la vitalité des êtres inférieurs ^
Les vibrions de la putréfaction, dont Ehrenberg a décrit six espèces, sont appelés : *
1° Vibrio lineola; 2° Vihrio fremulans; 3° Vibrio stihlilis; h° Vibrio régula; 5° Vibrio prolifor; 6° Vibrio bacilhis.
Ces vibrions sont regardés comme six espèces de ferments putréfiants; M. Pasteur a reconnu qu'ils peuvent tous vivre sans oxygène, et que ce gaz les tue lorsqu'ils ne sont pas protégés contre son action directe.
Il est de connaissance vulgaire que la putréfaction met un certain temps à se déclarer, temps variable suivant les circonstances de température , de neutralité, d'acidité ou d'alcalinité du liquide. Dans les circonstances les plus favorables, il faut au minimum environ vingt-quatre heures pour que le phénomène commence à être accusé par des signes extérieurs. Pendant cette première période, un mouvement intestin s'etl'eclue dans le liquide, mouvement dont l'effet est de soustraire entièrement l'oxygène de l'air qui est en dissolution , et de le remplacer par du gaz carbonique. La disparition totale du gaz oxygène, lorsque le milieu est neutre ou légèrement alcalin, est due, en général, au développement des plus petits des infusoires, notamment duMoms crepnsculum et du Bacterium termo ^. Un très- léger trouble se manifeste, parce que ces petits êtres voyagent dans toutes les directions. Lorsque ce premier effet de soustraction de l'oxygène en dissolution est accompli, ils périssent et tombent à la longue au fond du vase, comme ferait un précipité, et si, par hasard, le liquide ne renferme pas de germes féconds des ferments dont je vais parler, il reste indéfiniment dans cet état sans se putréfier, sans fermenter d'aucune façon. Ce cas est rare, mais M. Pasteur en a rencontré cependant plusieurs exemples. Le plus souvent, lorsque l'oxygène qui était en dissolution dans le
' Bouchardat, Mémoire sur les désinfectants. [Annuaire de thérapeutique de iSSg.) — ^ Pasteur, loc. cit.
DE L'HYGIÈNE. liZ
liquide a disparu, les vibrions-ferments qui n'ont pas besoin de ce gaz pour vivre commencent à se montrer, et la putréfaction se déclare aussitôt. Elle s'accélère peu à peu en suivant la marche progressive du dévelop^pement des vibrions.
Un liquide putrescible devient alors le siège de deux genres d'actions chimiques fort distinctes, f[ui sont en rapport avec les fonctions physiologiques des deux sortes d'êtres qui s'y nourrissent. Les vibrions, d'une part, vivant sans la coopération du gaz oxygène de l'air, déterminent dans l'intérieur du liquide des actes de fermentation, c'est-à-dire qu'ils transforment les matières azotées en produits plus simples, mais encore complexes. Les bactériums (ou les mucors), d'autre part, comburent ces mêmes produits et les ramènent à l'état des plus simples combinaisons binaires , l'eau , l'ammoniaque et l'acide carbonique.
Dire que les vibrions sont les seuls ferments putrides, c'est peutêtre devancer les résultats de l'observation.
Quoi c[u'il en soit, le fait général qui domine toutes ces études, c'est que les transformations organiques les plus imjiortantes s'exécutent sous l'influence de la vie d'infusoires microscopiques. Les phénomènes les plus considérables des êtres vivants s'opèrent par l'action de ces infiniment petits dont le microscope seul nous révèle l'existence; et, comme l'a dit avec tant d'élévation M. Pasteur, que je viens de citer presque textuellement, ffsans la vie qui succède à la mort, pour transformer les dépouilles mortelles des êtres qui vivent à la surface de la terre, le sol se trouverait encombré de cadavres, n M. de Lamartine avait exprimé une pensée analogue dans le vers que j'ai cité dans ma thèse de i833 :
L'être succède à Yèlre, et la mort est féconde.
Les questions hygiéniques qui se rattachent aux fermentations putrides sont aussi nombreuses qu'importantes. Ces questions sont surtout discutées et éclairées dans les rapports des conseils d'hygiène des départements et particulièrement dans ceux du dé-
parteiiient de la Seine. Voici l'énoncé rapide de ces principales questions :
1° Boues et immondices; 2°Egouts; 3° Latrines; k° Fumiers; 5° Fabrique d'engrais; 6° Voiries; 7° Embaumement; 8" Cimetières; 9° Amphithéâtres d'anatomie; 10° Boyaudiers; 1 1° Abattoirs, etc. '
Toutes ces questions ont une grande importance pour l'hygiène des villes, pour en éloigner une cause incessante d'incommodité, et pour l'hygiène des campagnes, car ces produits constituent d'excellents engrais.
La loi hygiénique qui résume nettement ce que l'on sait de pratique sur les fermentations putrides peut se fornmler ainsi :
Les produits des fermentations putrides dont l'air peut se charger sont presque toujours incommodes et souvent à un point extrême, dangereux très- exceptionnellement, par accumulation dans un espace confiné, ou par certaines conditions spéciales qui n'ont pas été bien étudiées 2.
' Rapport général sur les travaux du conseil (Vhjgihie publique et de saluhritc du département de lu Seine depuis i8âg jusqu'à i858 inclusivement, rédigé par A. Trébuchet, Paris, 1861, m-h°. — Rapport général sur les travaux du conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine depuis i85g jusqu'à 1861 inclusivement, Paris, i864, in -4°.
— Rapports des conseils d'hygiène des départements de la Gironde, du Nord, de la Seine-Inférieure, du Rhône, des Bouches-du-Rhône , de la Nièvre , du Finistère , de l'Aube , etc. depuis 18/17.
' Chevallier, Ralayage. [Annales d'hygiène, 18/19.) — Boudin , Etudes sur le pavage. (Annales d'hygiène, 1 85 1 .) — Montfalcon et Polinière, Traité de la salubrité dans les grandes villes, p. 107; 18/16. — A, Husson , Traité de la législation de la
voirie en France, p. 9/17; i85o. — Plusieurs Rapports sur les égouts , l'infection des bords de la Tamise et les moyens d'y remédier, par MM. Hofmann, Frankland, Miller, Bazalgette, W. Johnson, W. Napier, etc. — Guérard, Méphitisme et désinfection des fosses d'aisance. [Annales d'hi/gyène, t. XXXII, p. 826.) — Grassi, Assainissement des latrines. [Annales d'hygiène, 1869.) — A. Tardieu, Voiries et cimetières, Paris, i852,in-8°. — Rapport sur les procédés d'embaumement. [Rulletin. de l'Académie de médecine, 18/17, t. XII, p. A 6 3.) — Scoutetten, Pratique des embaumements, Metz, 1859. — Vernois, Traité d'hygiène industrielle; boyaudiers, t. I,p. i83, Paris, 1860. — Perrin,De l'injlamtnation des gaz, produits dans les fosses d'aisance. [Annales d'hygiène publique, janvier 1867.)