‹ Rapports annuels de Pierre Fortin, ecr., magistrat, commandant l'expé dition pour la protection des pêcheries dans le golfe St. Laurent, pendant les saisons de 1861 et 1862 [microforme]Chapitre 2 sur 63 · PENDANT LA SAISON DE · texte numérisé non relu

PENDANT LA SAISON DE

La goëlette du gouvernement La Cunudienne ayant été de nouveau affectée au service de la protection ct de l'administration des pêcheries canadiennes dans le fleuve et dans le golfe st. Laurent, j'en pris le commandement au commencement de mai, en conformité d' instructions reçues à cet effet de l'honorable commissaire des terres de la couronne ; mais elle avait besoin de e réparations à subir à sa quille ainsi qu'à ses manœuvres dormantes, et elle ne put être prête à prendre la mer avant le 25 mai.

Ce jour-là, done, nous opérâmes notre départ de Québec pour le golfe St. Laurent, favorisés par un vent très léger de la partie de l'ouest. Les jours suivants, nous eûmes des veuts variables, et nous n 'atteiguimes la rivière Crodbout, le premier poste que j'avais à visiter sur la côte nord du fleuve St. Laurent, que le 26 au matin.

La rivière Godbout, comme on le sait, est une des rivières les plus poissonneuses de la côte nord, après celles de Moisie et de Nat: shquan ; elle abonde en saumon et en truite de la plus belle espèce. Un garde- pêche a été placé là pour contraindre les pêcheurs ct les Indiens qui fréquentent ces parages à lobservance des lois et des règlements qui cat pour objet la conservation de ces variétés précieuses de poisson.

Cet officier avait eu, l’année précédente, à porter plainte contre plusiev:+ personnes pour infraction à ces lois et règlements. Des warrants avait été émanés pour ‘rrêter les coupables, plusieurs d’entre eux avaient eu à subir les punitions infligées par la loi; mais deux Indiens, accusés d'avoir pêché dans les limites du locataire de la rivière, M. Holliday, avaient toujours réussi à se soustraire aux poursuites de la justice; et j'avais instruction du gouvernement de les faire arrêter par mes constables ct de les faire traduire devant moi. Mais, comme les années précédentes, ces individus avaient pris la fuite à l'approche de la goëlette, et, à la faveur du bois, ils purent se dérober à nos recherches.

Passemblai les quelques familles de Sauvages qui se trouvaient alors à Godbout, « après leur avoir donné connaissance des clauses principales de l’acte des pêcheries, je les engaseai à les observer, leur démontrant qu'elles devaient être intéressées à la conservation du saumon et de la truite plus que toute autre persoune, puisque ces poissons formaient un des principaux articles de subsistance pour elles, lorsque, l'automne, elles étaient occupées à la chasse aux animaux à fourures dans l intérieur des terres; en même temps, je leur fis comprendre que si les Indiens coupables s’échappaient encore cette fois-ci, on les prendrait plus tard, et que s'ils se rendaient coupables de nouvelles violations de la loi, 1e: peines qui seraient portées contre eux seraient les plus sévères que les règlements ane Tous ces Indiens que je rencontrai me promirent de se conformer strictement aux règle. ments de pêche, et cette promesse fut tenue à la lettre ; car, d’après le rapport du xard pêche, il n’y eut, en 1861, aucune infraction à la loi des pêches dans la Rivière Godbout.

Je n'oceupai ensuite de Ana avec des boufes, un lieu d'ancrage pour les petits bâtiments qui fréquentent cette rivière pour la pêche de la morue; et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés par l’acte des pêcheries, je fis des règlements pour le dit lieu d’ancrage, et je nommai M. Antoine Blais gardien du havre de la Rivière Godbout.

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La débâcle de cette rivière avait eu lieu le 12 mai. Quelques truites avaient déjà commencé à la remouter, mais pas encore les saumons. alançon avait paru sur les côtes depuis environ trois semaines. |

Le lendemain, je me rendis à la Baie de Trinité, et je m'oceupai d'une plainte de M, Med contre Alexandre Comeau, écuyer, portant que ce dernier avait bati une maison et un hangar sur sou terrain. Je me transportai sur les lieux, j'en exuminai les bornes, et je m'assurai que la maison de M. Comeau était hors des limites Est des terres des héritiers Poulin, dont M. Mead était l'agent, et que le hangar en question était sur la pointe de Triuité, sur des rochers qui sont couverts d'eau à mer haute, et, pur conséquent, ne pouvaient faire partie du terrain des plaignants

Puis cette affaire terminée, je donnai l'ordre de partir pour les Fept Tes. Mais le vent d'est qui souffait depuis le matin ne nous permit pas d'avaneer bien vite, et le soir, la tempête nous força à mouiller sous l'Ile aux Œufs.

Le 28 au soir, le vent ayant sauté au N. N. E., nous l'imes voile, et le lendemain matin nous mouillâmes dans la Baie des Sept-Iles, Je m'oceupai de suite de l'installation de M, John Gough Smith comme percepteur du nouveau port d'entrée des Sept-fles. Ce mon sieur était descendu avee moi de Québee, où je devais le ramener dans l'autome lorsque La Canadienne remontrait pour se mettre en hivernage.

Je lui fis remettre, par les employés de M. Hardy, lai maison et les autres bâtisses du poste, autrefois occupées par la compagnie de la Baie d'Ffudson, et que ce monsieur avait louées du gouvernement, depuis que les postes du roi, dont les Kept-fles font partie, ne sont plus loués à la dite compagnie. M. Hardy avait négiixé de remplir quelques-unes des clauses de son contrat avec le gouvernement, et avait perdu ses droits à l'occupation de ce poste import:nt Avant la fin de la journée, le pereepteur de la douane était logé dans sa nouvelle demeure, et son bureau ouvert. Deux patrons de goëlettes canadiennes qui s’en allaient trafiquer sur les Côtes du Labrador, se prévalurent presque aussitôt de ectte facilité qui leur était offerte de faire le commerce dans les limites du port franc de Gaspé, sans être ob igé d'aller au Bassin de Gaspé, et vinrent y prendre leur acquit,

C'était de suite une preuve que ce nouveau port d'entrée, étabh par le gouvernemeuot allait être de la plus grande utilité à nos goëlettes de Québec et des paroisses d'en-bas,, portant des marchandises prises en entrepôt, soit dans les limites du port franc, soit hors de la province. Sans l'établissement du port des Kept-[les, ces guoëlcttes qui se rendaient peut-être jusqu’au détroit de Belle-Tle, peut-être seulement à la rivière Moisie où dans les parages avoisiiants, auraient eu à faire le voyage de Gaspé, ce qui aurait allonsé leur route de plusieurs centaines de milles. Certainement que les navigateurs, tmarchands, pêcheurs et autres intéressés doivent savoir gré au gouver: ement d’avoir établi un port d'entrée sur la côte nord, et d’avoir ainsi facilité à un si haut degré les relations commerciales du eentre du Canada avec les côtes nord du fleuve et du golfe St, Laurent,

Je constatai avec satisfaction que les harengs de printemps étaient entrés en grand nombre dans la baie des Sept-Iles, et les pêcheurs de M, Hardy en prevaient depuis deux semaines de 20 à 60 barils par jour, au moyen d'une pêche faite de claies tendues près de la pointe du poste. C’est une grande ressource pour les habitants de cet endroit et pour les Sauvages surtout, s’ils savaient en profiter.

Le 30 au matin, nous allâmes mouiller vis-à-vis la Rivière Moisie. Le temps était beau et j'en profitai pour faire marquer des lieux d'ancrage dans la Rivière Moisie, en y plaçant plus'eurs bouées, et pour mesurer les limites des quatre nouvelles pêcheries de saumon que j'avais reçu instruction de donner à bail ; puis je visitai les établissements de pêche.

Les glaces de la rivière n'étaient descendues que le 12 mai, et les saumons commençaient à en fréquenter l'estuaire, tandis que la morue avait fait son apparition sur les bancs du large et près des côtes depuis trois jours, en même temps que le capelan, dont it y avait une grande quantité près des rivages.

À 11 heures p. m., je retournai à bord ; nous miîmes de suite sons voile, et le jour suivant, à 2 heures de relevée, nous entrâmes dans le havre de Mirgan. Aussitôt, je me mis en communication avec M. Anderson, l'agent principal de la compagnie de la Baie d'Hudson sur la côte nord du golfe St. Laurent, et je lui communiquai mes instructions reçues du gouvernement relativement aux pêcheries de saumon de la seisneurie de Mingan, que la dite compagnie avait affermérs depuis bien des années, à un taux élevé, des propriétaires de la dite seigneurie; et aux propositions que je lui fis de Ini louer toutes les pêcheries de saumon de la dite seigneurie, voici la réponse qu'il me fit :

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MixGaAN, 51 mai.

MONSIEUR, — Ayant reçu lu vôtre de ce jour, je prends la liberté de vous dire que l'offre ae ire des terres Ho la couronne, d'uc ‘corde r à la compagnie de la Baie d'Hudson des licences nominales pour toutes les rivières jusqu'à Agwana, a été reçue par moi le 29 du courant; mais, sans compter l'injustice qui en résulterait pour les habitants pauvres qui, d'après leurs licences, eroient à la permanence de leurs stations, il est tout-à-fait impossible à la compagnie d'entreprendre de faire la pêche de ces rivières sous un si court avis.

En conséquence, je . for He que nous n'occuperons que les stations pour lesquelles nous avons obtenu licence l'an dernier, Veuillez visiter la rivière St. Jean aussitôt que vous le pourrez, afin de nee là les affaires,

Votre obéissant serviteur, JAMES ANDERSON,* P. Fortin, écuyer. Facteur en chef, hon. comp. de la B. d’'H.

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M. Pierre Benguay, de la Longue-Pointe de Mingan, vint porter plainte contre un pècheur du même lieu qui avait causé des dommages à sa maison ; mais, comme celui-ci était absent, l'affaire fat remise à mon prochain voyage à Mingan.

J'étais, d'un autre côté, pressé de me rendre aux Tes de la Madeleine. En effet, la pêcl he du maquerern dans li baie de Plaisance devait y être commencée ou était sur le point de l'être, et la présence de La Conadienne y était nécessaire ; aussi, ne fis-je pas une longue croisière sur la cote nord, et le Ter Juin, à trois heures du matin, nous étions en route pour les les de la Madeleine. Notre voyage fat contrarié par des calmes ; cependant, nous mouillämes dans la baie de Plaisance, le trois au matin.

La pêche du maquereau n'y était pas encore commencée, mais déjà 60 goëlettes de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et des Etats-Unis, armées pour cette pêche, s'étaient rendues dans le havre Aniherst, et quelques pêcheurs avaient commencé à tendre leurs filets dans la baie : mais le maquereau ne paraissait pas encore.

La pêche du hareng s'était faite à l'époque ordinaire, c’est-à-dire depuis le Ler jusqu’au 30 mai. 500 vaëlettes des provinces voisines s'étaient donné rendez-vous dans la baie de Plaisance, pour qürtie iper à cette pêche et se livrer à la capture du hareng au moyen de seines. Mais leurs eflorts n’avaicut pas été couronnés d'un plein succès pour toutes les goëlettes.

Le poisson avait bien été aussi abondant dans la baie de Plaisance que les années précédentes, mais les vents fréquents du large, soulevant une forte mer près des rivages, n'avaient pas donné la liberté aux pêcheurs d'exécuter leurs travaux avec de grandes chances de réussite ; puis il y avait eu un si grand nombre de seines qu’on essayait à jeter en même temps, lorsque des banes considérables de hareng se montraient à la surface de l'eau, près des rivaucs, qu'elles s'étaient entre-nuies, et de cette manière beaucoup de poissons avaient Cehappé aux engins des pécheurs, et se trouvaient ainsi perdus pour eux. Et beaucoup des habitants des iles n'avaient pu, à cause de cela, se procurer leurs approvisionnement: complets de hareng pour l'hiver.

Le moyen de remédier à cela serait de passer un règlement défendant à toute autre seine d’i intervenir lorsqu'une d'elles serait occupée à la capture d'un banc de hareng.

Le 4, j'envoyai mon premier officier, le capitaine Bernier, faire une visite de toutes les goëlettes qui se trouvaient dans le havre de Amherst. 1] hissa entre les mains de chaque patron une copie des réulements de pêche pour la baie de Plaisance ; et en même temps, je lis placer une bouée dans la baie, à l'endroit où passe la ligne à l’est de laquelle, en vertu des dits règlements, il n'est pas permis aux pêcheurs de tendre aucune espèce de filet; et cette défense est faite dans le bat d'assurer à la navigation un passage libre pour g gagner le Havre Ambherst, et permettre aux bancs de maquereau de circuler dans la partie de la baie qui se trouve débarrassée de tout engin de pêche, et de s'approcher des rivages pour y déposer ses œufs sans rencontrer d'obstacle.

Le 5 au matin, M. Joseph Bourque, de l'Etang-du-Nord, vint m’informer que, la nuit prégeeentes des matelois étrangers, au nombre de huit à dix, appartenant apparemment à quelques goëlettes mouillées depuis la veille sons le Cap aux Moules, étaient entrés avec effraction dans sa maison la nuit précédente, et, après l’av oir assailli plusieurs fois, et l’avoir menacé de lui ôter la vie avec un couteau où poignard qu'un d’eux tenait à la main, avaient

# Cette réponse de M. Anderson réglait la question pour cette année, et je n’eûs qu’à lui donner les mêmes icences que les années précédentes.

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‘ol une certaine quantité de marchandises que le dit Josoph Bourque avaient sauvées d'un vaisseau naufragé, le stemuer United States, et qui lui avaient été adjugées pour sa rt de sauvetage par l'officier de douane du port d'Anherst, et en outre, des vêtements à Lommes et de femmes appartenant à sa famille, et d'autres effets valant en toui environ ucux cents piastres. Malheureusement, il n'avait pu encore découvrir à qu'elle goëlette appartenaient les voleurs | |

Aprés avoir pris sa deposition, je is lever l'ancre ausssitôt, ct nous Nous minis à lu poursuite des goëlettes qui avaient passé la nuit précédente sous le Cap aux Moules, et lont nous voyons plusieurs sous voile sortant de la Baie de Plaisance.

J'arrétui et visitai les goëlettes Nracey, St Larence, Villaye-Bolle, et Sarah et Julia Cette dernière était encore au mouillage, et comme on soupçonnait plusieurs de ses hommes d'avoir fait partie de Ja bande de voleurs, je la retius jusqu'au lendemain. Je fis faire une perquisition vigoureuse dans la eale et les chambres, mais sans résultat ; ct M. Hourque et con fils, que j'avais fait venir à bord ct qui examinèrent tous les hommes de l'équipase, les uus après les autres, ne purent reconnaitre aucun d'eux comme étant de ceux qui avaient été voler chez eux la nuit précédente, |

De plus, le capitaine m'apprenait qu'il n'avait cu aucune connaissance du vol en question; cependant, il m'apprit que deux goëlettes, dont il ne savait pas les noms, ef ouillées la veille, comme lui, au Cap aux Meules, avaient apparcillé dès le petit jour, et avaient cinglé à toutes voiles du côté de l'ile du Cap Breton, à la faveur d'une jolie brise ue vent d'ouest-nord-onest, Mais on ne les voyait plus depuis plusieurs heures. J'allai cusuite au Havre aux Maisons pour tâcher de recueillir des informations plus précises, si e ja était possible, au sujet du vol. Tout ce que je pus savoir, c'est que deux petites “4 élettes étaient parties le lendemain du vol du Cap aux Meules, entre quatre à cinq b'ures du matin, et qu'elles avaient bien vite disparu du côté de l'ile du Cap Breton. C'était évideniment ces goëlettes que l’on devait soupçonner du vol; mais on ne savait pas leur nom, et on ignorait le lieu où elles allaient. Pendant tout le temps de mon séjour aux [le de la Madeleine, je fis de toute espèce de recherches pour tâcher de me mettre sur la piste des voleurs, mais sans résultats aucuns.

Le 7, j'eus à m'oceuper de deux poursuites de Alexandre Cormier, écuyer, contre deux habitants de l'île, accusés d'avoir troublé et dérangé une assemblée du conseil muni: cipal des iles. Le 12 et le 13, j'entendis plusieurs témoins dans les deux affaires, et, comme je lus obligé de partir pour Percé le LA, l'audition des témoins qui restaient fut remise à ma prochaine visite aux Îles de la Madeleine.

En conformité d'instructions reçues du bureau de l'agriculture et des statistiques, et en ma qualité de commissaire pour le recensement des Iles de la Madeleine et du Labrador, je nommai des receuseurs pour recueillir les noms dans les différentes îles et pour prendre tous les autres renseignements nécessaires, et je fus moi-même obligé de transporter dans les îles les plus éloignées du groupe un de mes recenseurs

Et, dans le but de faire un recensement exact et complet, je me rendis moi-même aux différents villages, et j'invitai les habitants à répondre à toutes les questions qui leur seraient faites par les recenseurs, et à donner tous les renseignements qu'on leur demanderait, ct j’eus beaucoup à me louer du zèle et de l'activité déployés par les personnes que j'employai au recensement des [les de li Madeleine. Car, joutre les renseignements ordinaires et statistiques dont ils remplirent les colonnes des feuilles de blanc que je leur avais fournies, ils me remplirent d’autres colonnes, indiquant le no:rbre des bâtiments et des bateaux de pêche possédés dans les iles, le nombre des ustensiles de pêche, la quantité des différentes espèces de poissons capturés en IKG60, ete. Ces renseignements étaient d'autant plus nécessaires que, jusqu'à présent, les seuls que nous eussicns sur ces matières nous étaicnt fournis par les rapports de la douane, qui, toutefois, ne rentrait dans ses livres que la quantité de poisson exportée des [les de la Madeleine, sans s'occuper de milliers de quintaux de poisson consommés par les habitants eux-mêmes. Cependant, j'avais pris toutes les mesures possibles pour mettre en force les règlements de pêche qui s’appliquent aux pêcheries de la baie de Plaisance, et jusqu'à un certain point j'avais réussi.

Un certain nombre de rets placés en contravention à la loi, lors de mon arrivée, avaient été tirés de l’eau et tendus plus loin dans les endroits permis, mais il en restait encore plu. ieurs dans cette partie des eaux de la baie qui, en vertu des règlements, devait rester Bibi et ouverte ; ct il était très difficile, sinon impossible, de connaître les propriétaires de cesfilets. Alors, j’eus recours aux moyens permis par la loi, c’est-à-dire que je les fis enlever

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par mes hommes, qui les placèrent en dedans des limites marquées par la bouée que j'avais suit placer, quelques jours avant, à l'endroit indiqué par la clause des règlements dont j'ai déja parlé, Ce travail était très difficile et très fatiguant pour mes hommes ; car il leur fallait tirer hors de l'eau des rets de cinquante à soixante brasses de longueur, maintenus au fond de l'eau pur des roches de plusieurs centaines de livres de pesanteur,

Malgré cela, le LT, il ne restait plus que quelques rets dans le chenal, lorsque le capitaine Bernier, qui commandait une des embarcations occupées à transporter les rets tendus en contravention à la loi au lieu que je leur avais indiqué, fut assailli par le nommé Joseph Eunson, pécheur de la Nouvelle-Keosse, dont les filets avaient été déplacés ce jour-là par mes hommes. Celui-ci avait lancé sur le capitaine de grosses pierres, dont l’une l'avait atteint à la tête et lui avait infligé une blessure grave, d'où s'écoula de suite une grande quantité de sang. Heureusemeut que je me trouvais là pour panser Ja plaie eu temps opportun et d'une manière convenable,

in des hommes du canot avait aussi été frappé par Hunson, sans toutefois être blessé. Aussitot après avoir pris connaissance de cette malheureuse affaire, je fis appréhe nder Hunson e5 un des hommes qui l'accompagnaieut dans son bateau, et ils furent mis à bord sous bonne garde. Le lendemain, je les fis comparaître devant moi, et le complice d'Ifunson, contre lequel il n'y avait pas cu de témoignage, fut mis en liberté,

Quant à Hunson, il ne put que s'avouer coupable. Là-dessus, je lui offris de l’adinettre à caution pour comparaitre à la prochaine cour criminelle du comté, à Percé, et comme il ne put trouver deux habitants solvables qui voulussent se porter garants pour lui, j'émanai contre Jui un warrant d'empr isonnenent dont l'exécution fut confiée à un de mes constables.

Au nombre des woëlettes que j'avais trouvées à Amherst, lors de mon arrivée aux [les de la Madeleine, il en était venu se joindre vingt autres et plus, et dix mille rets au moins pour la capture du mauquereau avaient été tendus dans les différentes parties de la baie de Plaisance ct prés des iles Grindstone et Entry. Tous ces engins de pêche, bien ancrés avec de lourdes pierres, étaient orientés de la manière la plus avantageuse pour intercepter Île plus grand nombre de maquereaux qu'on attendait avec tant d’impatience ; mais ces poissons, trompant l'attente des pêcheurs, ne se montrèrent dans la baie de Plaisance qu’en bien petite quantité, et encore n'y afuèrent-ils que pendant une journée ou deux seulement.

Aussi, le LE juin, jour de mon départ des Îles de la Madeleine, presque tous les filets avaient été levés, et grand nombre de woëlettes étaient déjà parties. La pêche de la morue se montrait p lus iructueuse, et à l'Etang-du-Nord, au sud de l’île d'Amherst et à Old-Harry, les bateaux n'éprouvaient aucune difficulté à en preudre de deux à quatre drafts par jour.

Dans mes visites au havre Amherst, je pus mw'assurer que M, Cassidy (qui est le gardien du havre d'Amherst) avait bien su remplir les devoirs de sa charge : et personne ne s'était reudu coupable d'avoir jeté, comme cela se pratiquait autrefois, du lest et autres matières nuisibles dans ce bassin si bien abrité de tous les vents, mais un peu difficile d'accès, car il y a des roches et un bane de sable qui en obstruent en partie l’entrée. Ce résultat me fait d'autant plus de plaisir à constater que, si le havre devenait impraticable (et il le serait bientôt si on y laissait jeter du lest comme par le passé), on ne pourrait plus qu’ avec la plus grande dificulté se livrer à la pêche dans la baie de Plaisance, parce qu'on n’y trouve pas d'abris contre les vents qui viennent de la partie de l'est et & du nord-est

On sait que Aunherst et le Havre-aux-Maisons sont les deux seuls ports aux [les de la Madeleine dont se sert le commerce.

Les goëlettes des Iles de la Madeleine avaient été à la chasse du loup-marin sur les glaces flottantes du golfe comme d'ordinaire, et étaient revenues à leurs ports d'armement sans avoir éprouvé d'avaries, mais aussi saus avoir rapporté beaucoup de dépouilles de ces animaux. fissuecès de leur voyage était dû principalement au mauvais temps que les mariniers avaieut eu à subir pendant leur campagne aventureuse, ct aussi à la petite quantité de ces amphibies qu'ils trouvèrent sur les glaces qu'ils accostèrent.

Le 14 juin, nous partimes done des Iles de la Madeleine, et le lendemain matin nous mouillämes à Percé, où je fis mettre en prison le prisonnier Joseph Huuson.

La pêche de la morue, qui dennait des produits excellents, avait commencé dès le 29 avril daus les parages où je venais d'arriver ; et e’était le hareng qui avait servi d'appâts à nos pêcheurs pour amoreer leure lignes jusqu'au 8 mai; puis le Capelan, accomplissant son voyage annuel de migration de l Océan aux côtes du golfe St. Laurent, était venu y faire ou apparition, à la grande joie de nos pêcheurs ; car ces petits poissons constituent une morce plus teataute et plus sûre pour la morue que le hareng.

Mon voyage sur la côte de Gaspé avait pour fin d’affermer, comme les années précédentes, toutes les pêches de saumon de ce district, et en même temps d'exercer une surveillance active sur les pêches et de maintenir l’ordre et la tranquillité publique dans les ports de mer, et en général sur les côtes. J'avais à opérer sur une étendue de côte de cent cinquaute milles au moins; il me fallait pénétrer dans toutes les rivières et visiter presque tous les engins de pêche qui s'y trouvaient placés, en même temps voir les pêcheurs et me

faire payer d'eux le prix de leur licence.

Ce travail, malgré toute la diligeece possible, m’occupa pendant vingt-et-un jours.

Le 17, je me rendis à la Malbaie et visitai la Rivière du Barachois, que je remontai jusqu'à trois milles de la mer, et où sont des cataractes d'environ dix pieds de hauter. A quelques pieds au-dessous, M. Duncan Robinson y a construit une chaussée de moulin ; et comme ectte chaussée était un obstacle insurmontable au passage du samon, il y a construit, l'année dernière, une passe migratoire que les glaces du p'intemps ont enlevée, mais qu’il me promit de refaire aussitôt que les eaux seraient un peu plus basses ; car telles que les eaux étaient lors de ma visite, il était impossible de trezailler à la chaussée.

Cette Rivière du Barachois est étroite et peu profonde en beaucoup d’endroits, mais l'eau y est très claire. Il ne se tend pas de rets à saumon dans la rivière. Toutes les appareils employés pour Ja capture de ce poisson sont placés sur le banc de sable en dehors.

Le iN, nous entrames dans le Bassin de Gaspé, où nous restâmes jusqu’au 25. Fendant ce temps, j'affermai toutes les pêches des Rivières St. Jean, du sud-ouest, du nord-ousst et de la Péninsule, Je fis aussi payer l’amende à un pêcheur de la rivière du nord-ouest et je coufisquai son filet, pour avoir tendu en contravention à la loi.

I se trouvait alors dans le Bassin de Gaspé plusieurs navires, bricks et goëlettes, les uns arrivés d'Europe avec des marchandises et du sel, les autres employés dans les pêches.

La frégate française La Pomone s'y trouvait aussi; son commandant, le marquis de Chauvance de Montaignae, était en visite au Canada, et son bâtiment était là à l’attendre ; et si, d'un côté, la population de Gaspé fit un accueil cordial et bienveillant aux offciers et aux marins de la frégate, d’un autre coté, ceux-ci se montrèrent si polis et si hospitaliers à leur Lord, et leurs matelots se conduisirent à terre si bien et avec tant de retenue, que tous laissèrent après eux des regrets et de bons souvenirs.

1529, je m'arrétai quelques heures à'Douglastown, et le lendemain je débarquai à la Grande Rivière. Je louai les pêcheries de cette rivière et celles des rivières du Petit Pabos et du Grand Pabos ; et le 27, je me rendis au Port Daniel, où je donnai aussi des licences aux pêcheurs de cet endroit.

1e 29, nous allâämes mouiller dans la rade de Paspébiac.

Dans toutes les rivières que je venais de visiter, à l'exception de celles du Sud-ouest et du Nérd-ouest, la pêche du saumon n’avait jusqu'alors produit que des résultats médiores. La morue, au contraire, était abondante sur les côtes.

Dans la rade de Paspébiac, je trouvai le nombre ordinaire de vaisseaux appartenant aux maisons Robin et LeBoutillier. On me dit que les armements pour la pèche de la morue sur la cote Nord étaient plus considérables que jamais.

Le 29, nous ailâmes mouiller à Bonaventure, et je réglai de suite les pêches de saumon de la rivière ; et, en conformité d'instructions reçues à cet effet, je marquai les limites des endroits réservés pour les frayères du saumon. La limite inférieure se trouve vis-à-vis la rivière Duval, et la limite supérieure aux sources de la rivière. J’ailai voir les Sauvages à leur camp, et leur ayant fait défense d'aller pêcher plus haut dans la rivière que la limite de la rivière Duval, ils me promirent d’obéir à mon injonetion.

Le ler juillet, nous nous rendîmes à New-Richmond. J'y rencontrai le surveillant des rivières Cascapédiae et Bonaventure, M. Dimock, et j'obtins de ce monsieur, ainsi que de M. Charles Cool, les renseignements suivants sur les deux rivières Cascapédiac.

La grande riviere Cascapédiac prend sa source dans un lac de ce nom, qui peut avoir deux milles de longueur sur un mille et demi de largeur. Il est à environ soixante-ctquinze milles de l'embouchure de la rivière. Ce lac est alimenté par une petite rivière, qui peut être considérée comme la rivière Cascapédiac elle-même, ct qui prend sa source dans les montagnes Chicchoe, à environ trente milles plus loin.

La rivière Cascapédiae, à deux milles du lac en descendant, w’a plus que vingt verges de largeur. Partant de là, elle s’élargit graduellement jusqu’à ce qu’elle atteigne, près de son embouchure, une langeur d’environ cinq cents verges. 11 n’y a pas de cataractes dgng

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ectte rivière, muis beaucoup de rapides qui, cependant, ne l’empêchent pas d’être navigable pour les canots de bois et d’écorce de bouleau. L’eaa y est très-claire et très-limpide.

De nombreuses îles couvertes des plus beaux arbres de la contrée, tels que l’orme, le frêne, l’érable, le bouleau, le mérisier, et toutes formées de terrains alluviaux, se rencontreut sur presque tout son parcours, et contribuent, avec ses rives tantôt escarpées, tantôt en pente douce et couvertes d’une riche verdure, à en faire une des rivières les plus pittoresques du Canada. Elle offre en outre deux sources de richesse de la plus haute importance.

Sur ses bords, qui sont couverts d’un sol des plus riches, ont poussé des bois des essences les plns précieuses: le pin jaune, le cèdre, l’épinette rouge et blanche, le mérisier, qui ont donné naissance à un commerce de bois considérable qu’ils alimentent depuis plus de cinquante ans.

Les pêcheries sont en grande réputation depuis l'établissement du pays, et on sait que les saumons provenant de cette rivière sont les plus beaux du Canada.

Il ne paraît pas que le saumon se rende jusqu’au lac Cascapédiac pour frayer.

Il a bien été vu dans le Minersbrook, ruisseau qui se jette dans la rivière Cascapédiae, tout près du lac, mais c'est plutôt dans les fosses et dans les remous où l’eau est profonde et tranquille, à trois, à six et à sept milles plus bas, que les saumons se rendent en grand nombre et là choisissent des endroits favorables pour y déposer leurs œufs. M. Cool, qui est un des habitants de New-Richmond qui connaissent le mieux la rivière, me dit y avoir vu des centaines de sanmons dans l'acte de frayer ; et quand il revenait quelques jours plus tard, il pouvait voir les graviers au fond de l’eau couverts en partie des œnfs de sau non.

Cette rivière se trouve, sous tous les rapports, dans des conditions très-favorables pour la conservation et la multiplication du saumon, et, avec le système de protection mis en vigueur et suivi depuis quelques années par le gouvernement, nous devons nous attendre à ce que le produit en saumon décuple de valeur avant vingt ans. Je dois ajouter aussi que la truite y est très-grosse, d’une belle qualité et très-abondante.

Afin de faire connaître davantage cette rivière si intéressante, et d'être utile aux exeursionistes qui seraient tentés de la remonter pendant la belle saison de l'été, je vais donner une liste des noms des endroits les plus remarquables de la rivière, avec leur distance respective de son embouchure :

Mentagnes Pecapico.... 14 milles de la mer.! Ignace Fork...,..........,., 5 milles plus haut, Turner's Brook... ,.,,....….. 2 milles plus hunt.! Indian Falls (rapides) ..,...., 14 ‘4 Montmorency Falls, dans un Le confluent de la Cascapédinc

P'UÏSSEUU neue à à on ve soon 2 1. proprement dite et de la Jonathan’s Brook ... ......... .. 3 He Salmon Branch...,..,..., 9 ‘6 Tracadie,.,.,.,........ 3 «4 en Charles Vallée’s Brook... 4 He 434 inilles

Le Salmon Branch est une branche de la rivière Cascapédiae qui, prenant sa souree à l’ouest des montagnes Chicchoc, coule vers l’est, et va rejoindre la branche principale à l'endroit que je viens d'indiquer. Je n’ai pu savoir d’une manière certaine sil y remontait beaucoup de saumon ; cependant, d'après le nom qu’elle porte, on doit conclure qu'elle est très-poissonneuse, où au moins qu'elle l'était autrefois. Elle est moins considérahle que la branche principale.

La petite rivière Cascapédiac coule parallèlement à la grande, et à lai distance de quatre à six milles seulement à l’est ; mais elle est loin d’avoir l'importance de a première ; aussi n’y voit-on que peu de saumon ; mais en revanche on y trouve beaucoup &e truite.

Elle se divise en deux branches à vingt-deux mil'es de son embouchure.

Et voici les lieux les plus connus, avec leur distance de la mer :

Cap Brûlé Brook, à...,...... 4 milies de la mer.|Red Pine Mountain..,..,.....16 milles de la mer. Mill Brook..,....... 10 “ Le confluent des deux branches.22 “

Les frayères de saumon comme pour la truite s’y trouvent un peu au-desous de la fourche formée par la jonction des deux rivières, et même s'étendent jusqu'à Mill Brook,

Elle prend aussi sa souce dans les montagnes Chicchoc.

Les deux rivières grande et petite Cascapédiae se jettent dans la belle hais du même nom, qui n’a pas moins de neuf milles de largeur, et sur les bords de laquelle se trouvent les deux importantes paroisses de New-Richmond et de Maria.

Après avoir donné les licences aux pêcheurs de New-Richmond, je délinfis Les limites des frayères dans chaque rivière, et je fis placer, par M. Dimock, des poteaux pour indiquer aux pêcheurs indiens les limites des dites frayères,; en même temps, je donnai avis de cette mesure par des affiches qui furent lues aux Sauvages et affichées en plusieurs endroits,

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Le ? juillet, j’allai louer les pêcheries de saumon à Maria ; le 3, j'accomplis la même besogne à Carleton, ct le 4, sur le côté canadien de la rivière Ristigouche. Je ne rencontrai de difficulté nulle part.

Dans la rivière Cascapédiac et dans la baie de Carleton, la pêche du saumon ne paraîssait pas devoir être abondante; dans la rivière Ristigouche, elle était meilleure.

Dans la Baie-des Chaleurs, la morue en général ne sy était pas montrée en aussi grande quantité que les années passées, et on peut dire que jusqu'alors la pêche n’était que médiocre ; tandis que la pêche du hareng avait été presque partout très-productive.

Aayant terminé toutes les affaires qui concernaient mon service dans ces parages, je dirigeai le bâtiment sur Percé, où nous mouillâmes le 6 au matin, et nous quittâmes ce poste deux heures après pour la côte Nord du golfe St. Laurent, laquelle côte nous atteignîmes le lendemain. Le jour suivant, nous vinme3 mouiller à la rivière St. Jean, dont je mis deux jours à louer les pêches de saumon. Ce poisson y avait afflué plus que jamais, ct les pêcheurs y avaient déjà recucilli des produits doubles des années précédentes.

Le surveillant de la rivière, M. Joseph Beaulieu, avait, quelques jours précédents, remonté la rivière jusqu’à trente milles de son embouchure, et avait trouvé tous les appareils de pêche placés selon la loi. J’eus, cependant, à faire payer l'amende à deux personnes de St. Jean, pour avoir pêché dans l'estuaire, l’un sans licence, l’autre avec un let trop rapproché de celui de son voisin.

Le 10, nous touchâmes à la Longue-Pointe, et le 11 à Mingau.

Sur les bancs de St. Jean, la pêche de la morue, commencée depuis trois semaines, donnait des résultats très satisfaisants. Le capelan et l’alençon abondaient près des côtes ; sur les banes de Mingan, le poisson était plus rare.

Le 11, nous partîimes pour Natashquan, où, à cause des vents d’est, nous ne pûmes nous rendre que le 13 au matin.

La première affaire dont j'eus à m'occuper dans cet endroit, ce fut la plaiute de M. Edouard de Laparelle contre Edward Quigley, fils, et autres, pour vol d’effets sur un bâtiment naufragé. J'émanai un warrant dc recherche, et mes constables trouvèrent les effets dans le bâtiment de Quigley, père. Je fis de suite arrêter celui-ci avee ses complices, et je les fis conGuire à bord. Les jours suivants, je pris les témoignages de plusieurs personnes qui avaient eu connaissance de l'affaire, et, comme les preuves ne manquaient pas contre les inculpés, j'émanai un warrant d'emprisonnement contre eux, lequel warrant fut mis entre les mains d'un de mes #constables. Les prisonniers devaient être conduits à bord de Z« Cunadienne à la prison de Pereé, la plus voisine du lieu où l'offense avait été commise.

Deux autres affaires se présentèrent devant moi. La première, Paul Vignault contre Samuel Foreman, Ce dernier était accusé d’avoir pêché dans les limites de la pêcherie de saumon de M. Vignault, lequel avait pris une licence du gouvernement pour la dite pêchevie. La preuve établit que l’offense a été commise. Le défeadeur fut condamné à vingt piustres d'amende, et je confisquai son filet qui a servi à commettre l’offense, et un baril et trois quarts de saumon qui y avait été pris.

La seconde affaire était : Robert Stanley contre Samuel Foreman, même offense que dans la première. Condamnation, $20 d'amende. Ces deux sommes sont payées de suite.

Dans le havre de Natashquan, plusieurs goëlettes s’occupaient de la pêche de la morue, qui, cette année, avait fourni des produits plus abondants que jamais. Jamais on n'avait vu sur les côtes une plus grande aflluence de norue. Des bateaux de M. de Laparelle en avaient pris pendant plusieurs jours consécutifs depuis 12 jusqu'à 17 drafts (une draft pèse 25 livres, encore le poisson n'est-il pesé que lorsque la tête et les entrailles en ont été arrachées, c'est-à-dire plus d'un quart de son poids entier.) Partout sur les étabissements les vignots ployuient sous le poids des milliers de morues qu’on y avait établies pour les soumettre à l’action dessicative du soleil. Malheureusement, le temps était très défavorable pour ces opérations depuis le commencement de la saison de pêche; les pluies et les brumes avaient été d'une fréquence extraordinaire, et à peine si déjà quelques centaines de quintaux de morue avaient pu être mis en sûreté dans les hangars destinés à les recevoir, après avoir été soumis à tons les procédés en usage pour la préparation de la morue. On espérait toujours que le vent allait se mettre de la partie de l’ouest, et qu'alors on aurait une température seche et un beau soleil: ee sont les conditions de temps les plus favorables à nos pêchoeurs ponr le séchage de la morue. Le 16 au soir, nous appareïllâmes pour transporter les prisonniers à Percé, et le 19 au soir, nous atteignîmes cet endroit, et Quigley et ses complices furent Gébarqués et conduits en prison. Le lendemain, nous partîmes pour Gaspé, où

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nous mouillämes le 21. Dans les postes que je veuais de visiter et où j'avais recuvilli bien des renseignements, la tranquillité et l'ordre publics n'avaient pas été troublés une seule fois.

La pêche de la morue, très fructueuse au commencement de la saison, avait diminué en rapport depuis une semaine, à cause de la rareté de la boitto, le capelan ayant manqué, et

l’encornet, qui est un des appats qui tentent le plus la morue, n'ayant pas eucore fait son apparition. Le temps avait été très pluvicux.

Le 23, j'eus à m'occuper dans le bassin de Gaspé de plusicurs cas de désertion de matelots d’une goëlette anglaise l'ÆZectra ; William Vesey, le patron de la dite goëlette, était le plaignant. Quatre de ses matelots, sur.preuve de leur culpabilité et sur leur refus de retourner à bord de leur bâtiment, furent condamnés par moi, en vertu de l’acte impérial, trois à six semaines ct l'autre à quatre semaines d'emprisonnement. Ils furent ietenus à bord sous la garde d'un de mes constables, et le lendemain je les conduisis dans La Cunadienne, à la prison de Percé.

Tous les appareils de pêche avaient été levés dans toutes les rivières de Gaspé, et la pèche avait été très rémuuérative. L'orersecr de la Malbaie me fit rapport, vers le même temps, que M. Robinson avait fait construire, sur la chaussée de son moulin, dans la rivière du Barachoïis, une passe migratoire dans les proportions exigées par la loi.

Le 25, nous partimes pour une seconde visite sur la côte nord du fieuve St. Laurent, et nous fûmes assez heureux de pouvoir nous rendre le lendemain, dans la matinée, à la rivière Moisie, malgré une brume très épaisse.

La pêche de la morue dans ces parages, donnait les produits les plus beaux et les plus abondants, depuis le 8 juin. Jamais on n'avait vu sur les côtes de la baie de Moisie, et surtout vis-à-vis l'embouchure de la rivière, une si grande aflluence de poisson. Pendant quelques semaines, il n'avait pas été rare de voir les bateaux de pêche revenir au port, après quatre à cinq heures seulement de travail, avec 600 à 1000 morues de la plus belle espèce. La pêche du saumon n’était pas moins fructueuse, et au dire de tous les pêcheurs des environs, M. [olliday n'avait jamais retiré autant de produit de la rivière que cette année.

Quelques cas d'infraction à l’acte des pécheries s'étaient présentés devant moi. Un pêcheur résident de Muisie fut condamné à huit piastres d'amende pour avoir pêché du saumon et de la truite dans les limites de M. Holliday. Un pêcheur de morue fut de même condamné à cinq piastres d'amende, pour aviir jeté des débris de poisson dans la rivière. Plusieurs autres pêcheurs, me dit Poverseer de la rivière, s'étaient rendus coupables de ia même offense; des plaintes furent faites contre cux par A. Chisaller; mais, comme il ne put pas fournir de preuve de leur culpabilité, ils furent acquittés. Le patron de la goëlette Sea Slipper, de Halifax, avait ouvertement violé la loi de pêche dans la rivière Moisie, pendant plusieurs semaines, en jetant des débris de poisson à l'eau, à l'endroit où son bâtiment était mouillé, et cet étrancer méritait une punition exemplaire; car déjà il s'était rendu coupable de la même contravention à l'acte des pêcheries l’année précédente. Mais il était parti quelques semaines avant mon arrivée à Moisie, probablement pour retourner à son port d'armement à Halifax. Toutefois, j'écrivis la plainte qu'on me fit contre lui, dans l'espérance de le rencontrer quelque part dans les douze mois qui suivront le jour que l'offense a été commise, et de le punir contme il le méritait.

Le 28 au matin, je visitai la pêche sédentaire ct à eau profonde que M. David Têtu tient depuis deux ans sur le banc de Moisie. Cette année, elle était placée par le travers de la Pointe-de-Bois, à plus d'un mille de l'embouchure de ja rivière Moisie; et, comme elle était l’occasion d’une plainte de M. Hlolliday contre son propriétaire, paree qu'il y avait été pris du saumon, laquelle plainte j'ai cru devoir réserver pour la soumettre à la considération de l'honorable commissaire des terres de la couronne, je vais faire une description de la dite pêche.

Elle se compose d’un ret tendu transversalement au rivage, mais n’y touchant pas, (il peut y avoir environ cent vingt verges de distauce entre son extrémité la plus rapprochée du rivage et le rivage,) de trois à quatre cents pieds de longueur au large, auquel se trouve la pêche proprement dite, et qui est composée d’une suite de pares ou chambres faits de filets à maille de deux, trois et quatre pouces de largeur, ct ouvrant les uns dans les autres. C'est dans ces parcs ou chambres que les poissons, arrêtés dans leur course par le ret transversal, viennent s’emprisonner lorsqu'ils croient au contraire qu’en gagnant le large, tout en suivant lo filet, ils vont échapper aux embûches que leur ont dressées les pêcheurs avec tant d’art. Arrivés dans le dernier pare, qui est aussi le plus grand, les poissons, quels qu’ils soient, s’y trouvent dans une véritable prison, ear ils ne peuvent presque plus en sortir, l’ouverture

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qui communique avec Ja chambre précédente étant faite en forme d’entonnoir, dont la partie étroite se trouve touruée du côté de la dernière chambre; et ceux qui, par hasard, trouvent la porte de communication entre la dernière chambre ct l'avant dernière, et passent dans celle-ci, après y avoir nagé pendant quelque temps ct fait tous leurs efforts pour reconquérir leur jiberté, finissent toujours par revenir dans la dernière chambre. IT faut remarquer que toutes ces chambres ont un fond fait aussi de mailles de filet qui-s’appuie sur le fond de Ja mer, ct qui est si bien joint aux côtés des chambres, que le poisson ne trouve d'autre issue pour en sortir que les ouvertures de communication entre elles.

Comme ces chambres ont de cinquante à soixante picds de diamètre, les poissons, quand ils n’y sont pas en très grand nombre, peuvent y nager facilement, et y vivre pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines, et c’est un avantage sur les pêches dans lesquelles les poissons se maillent dans les fils des rets qui les composent; ear caux-ei ne tardent pas à mourir asphyxiés; les fils des mailles exercent une pression si forte sur la poitrine des poissons que les muscles qui font mouvoir les ouies ne peuvent fonctionner ct l'acte de la respiration est interrompu; et si on ne va pas bien vite les démailler, au moins daus les vingt-quatre heures qui suivent la capture, ils se gâtent, et ne se conservent plus, mêmes dans les saumures les plus fortes.

Lorsqu'on veut prendre les poissons qui se trouvent dans Ja dernière chambre, on ferme, au moyen d’un cordage, la porte de communication avec les autres chambres, puis on lève le fond avec l’aide de poulies, ct on s’en empare avee des épuisettes à larges mailles, qu’on enfonce sous l’eau et qu'on retire un instant après toutes pleines de poissons de toutes :es espèces qui fréquentent les parages où sont tendues Ics pêches de la forme dont je parle.

Cette pêche est très ingénieuse, comme on voit, et fonctionne bien ; mais elle est très coûteuse, et demande, pour être bien tenduc et être en état de résister aux vagues, un appareil considérable de cordages et de grosses ancres.

Lorsque je visitai la pêche de M. Têtu, il y avait déjà été pris de cinquante à soixante milles morues, sans compter le hareng et d’autres poissons.

Dans l'après-midi du 28, nous allâmes mouiller près du Cap Charles, qui est à une distance de 10 milles à l’est de la Rivière Moisie ; nous avions été appelés là pour porter secours à la goëlette Glcaner, appartenant à la maison LeBoutillier et frères, laquelle avait fait nuuvrage daus la nuit du 26, sur les récifs de la pointe du Cap Charles.

D'allai, le soir, avee le capt. Bernier et sept hommes à bord de la C£eaner, que nous trouvâmes daus une position très dangereuse ; pourtant, nous nous préparâmes pour venir le lendemain matin à mer haute et essayer de la faire flotter en jetant tout son lest à l’oau, puis nous nous proposions de la remorquer dans un port sûr; mais nous avions compté sans la tempête. n effet, à peine étions nous retournés à bord, que le vent d’est prit, une brume épaisse vint ensuite nous dérober tout-h-fait la vue des côtes; et le lendemain le mouillage ou nous étions ne présentant plus d’abri contre les vents d’est, nous fâmes obligés de fuir. Ce ne fut que le jour suivant que nous vîmes les attérages. Nous étions par le travers de la Rivière Bersimis, et, bientôt après, nous allâmes moniiler à l'entrée de la Baie des Outardes, d’où je me reudis en canot au poste de Bersimis.

Je restai trois jours en cet endroit, occupé à faire le recensement des habitants de cette station importante et des postes voisins, et aussi à recueillir des renseignements utiles sur les pêches qui se pratiquent dans ses parages, comme c'était la première fois que j'y venais.

On sait que Bersimis est un poste de traite de la compagnie de la Baic d'Hudson, habité par pas moins de sept cents Sauvages. On y voit une belle église catholique, les waisons et les hangars du poste ct une dizaine de maisons que quelques Sauvages y ont fait construire. La grande partie de ceux-ci vivent encore dans des cabanes d’écorce de bouleau, qu'ils plient et apportent avce eux lorsque, l'automne, ils commencent leurs courses vagabondes dans l'intérieur des terres pour s’y livrer à la chasse des animaux à fourure.

Il ÿ a à Bersimis un prêtre résidant: c’est le révérend père Arnaud, le missionnaire des Sauvages montagnais de la côte nord du fleuve et du golfe St. Laurent.

Pendant l'été, les Sauvages se livrent à la chasse des gibiers de toute espèce qui visitent annuellement les côtes du golfe. 11s pratiquent surtout celle du phoque ou loup-marin d'esprit (Harbour Seat,) dont ils enlèvent les graisses pour fabriquer, au fou, l'huile de loup-marin de commerce qu'ils vendent, soit à la compagnie de la Baie d'Hudson, soit à des traiteurs du Canada et des provinecs d’en bas.

La Rivière Bersimis est très poissonneuse ; les saumons s’y voient par centaines, ma's personne n’y fait la pêche avec des filets, les forts courants et la grande profondeur de la

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D'après toutes les informations qu’on me donna, les Sauvages avaient observé les règlements de pêche.

Le ler : août, à midi, nous quittâmes Borsimis, et, le soir, nous mouillâmes à Godbout. Le lendemain, j je vis le surveillant, M. Blais, et j'appris avec plaisir de lui que pas une seule des clauses de l'acte des pêe cheries n'avait êté violée dans toute sa division. C'était un résultat satisfaisant, surtout après les difficultés que nous avions eues avec les Indiens.

A la Trinité et aux Pagged Islards, près de la Rivière Pentecôte, où je me rendis le même jour, on me fit de bons rapports sur la tranquilité et l’ordre qui y régnaient. Dans ces deux endroits, nos pêcheurs ne réussissaient que médiocrement à la pêche de la morue,

Sur la côte nord du fleuve, on avait pas encore vu de goëlettes américaines armées pour la pêche du maquercau ; du reste, elles n’y auraient rien fait, car ce poisson s'y était à peine montré.

Le 3, je débarquai à la Rivière du Cap de Chatte. Je visitai l’écluse du moulin, bâtie sur cette rivière à environ six milles de son embouchure, et je constatai qu'on y avait placé une passe migratoire, Sur laquelle il coule beaucoup d'eau, et que le saumon et la truite peuvent franchir sans trop de dificulté ; et M. Joseph Landry, un des habitants du voisinage, m'a assuré avoir vu, queiques sc maines auparavant, un saumon adulte à un mill'et demi plus haut que la chaussée, qu'il venait sans doute de franchir au moyen de la passe migratoire, Etil n'y a pas de doute qu'avant la fin de la saison les frayères de cette jolie rivière ne soient garnies de saumon occupés à y déposer leurs œufs; ct nous y ve:rons, avant peu d'années, ces poissons aussi nombreux qu'ils y étaient autrefois.

Nous avons d'autant plus droit d'espérer ces beaux résultats que, d’ après le rapport de M. Roy, magistrat de l'endroit, il n’a pas été pris de saumon cette année dans la Rivièro du Cap de Chatte, ui au dard où d'aucune manière défendue par la loi.

En passant sur les bords de la Rivière du Cap de U hatte pour me rendre jusqu’à l’éeluse du moulin dont je viens de parler, je n'ai pu empêc cher de remarquer les belles prairies et les beaux champs de blé, d'avoine et d'orge que j'avais à traverser, Vraiment, on est étonné de trouver à une si grande distance du centre du pays, et dans une contrée qui, jusqu'à ces dernières années, était pour ainsi dire inconnue, et qu’on croyait en géuéral impropre à la culture, un sol aussi riche, couvert de magnifiques forêts où l’on trouve toutes nos meilleures essences de bois, et un climat sinon plus doux, au moins égal à celui des paroisses des environs de Qiébés, Cette paroisse du Cap de Catte et de Ste. Anne des Monts, à six milles plus bas avec tous les milliers d’arpents de terre qui bordent la route qui fait communiquer les établissements de la Rivière du Cap de Chatte avec ceux de Matane, offrent un champ vaste et profitable à la colonisation. Il faut se rappeler qu’il y a une route carrossable le long du fleuve, entre Rimouski et Ste. Anne des Monts.

Lu distance entre Québec et Rimouski est de 150 milles, et de Rimouski au Grand Matane 50 milles, et de I à Ste, Anne des Monts 45 milles.

Dans l’après- “midi du +, j'allai à Ste. Anne des Monts. J’y rencontrai les pêcheurs de saumon, et je leur : accord: ü des licences pour leurs stations de pêche dans la Rivière Ste, Anne. La loi de pêche a été bien observée dans cet endroit, Le saumon avait été plus abondant que nn dernière, tandis que la morue ne s'était montrée sur les côtes qu'en petite quantité. Les maquereaux avaient paru depuis une semaine, mais n'étaient pas nombreux. On n'avait encore vu dans ces parages &'ie trois goëlettes américaines.

‘J’employai la journée du 5 à visiter les établissements de Mont-Louis et de la Rivière La-Madelcine. Au premier de ces endroits, les bate: aux n'avaient capturé que de 40 à 60 quintaux de morue, et le maquercau ne faisait qu'y paraître. On cultive beaucoup la terre maintenañt dans la vallée de Mont-Louis, et j'y vis de superbes grains sur picds.

Cette petits paroisse, composée tout au plus de 25 habitants, possède depuis un an une excelle eute école, dirigée par Mlle. Blais, qui donne l’instruction à quarante- cinq enfants ; ct je pus m'assurer par moi-même que si, d’un côté la maîtresse d'école se servait de la meilleure méthode pour enseigner, d’un autre cêté ses écoliers étaient, en général doués de beaucoup d'intelligence, et les progrès marquants qu'ils avaient déjà faits depuis que l’école était établie attestaient bien que Mlle. Blais avait bien rempli ses devoirs. [Il faut espérer que l'exemple des habitants de Mont-Louis portera ses fruits, et que des écoles seront établies dans d’autres localités du district de Gaspé qui en sont dépourvues, et où la population est assez nombreuse pour supporter les dépenses de bonnes écoles,

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A la Madeleine, après avoir donné des licences pour toutes les stations de pêche à saumon, je fis le procè; de deux personnes aceusées d'avoir tendu des filets illégalement dans la rivière, et, sur preuve, je les condamnai à 55 d'amende chacune. Trois goëlettes américaines, armées pour la pêche du maquereau, se trouvaient dans li rade de la Madeleine. C'était les premières qu'on y voyait. ”

Le 6, je visitai la Grande-Vallée, le Grand-Etang, la Rivière-au-Renard et l’Arsc-aux- Griflons. Dans ces postes, on n'avait aucune plainte ù faire. |

On n'avait rapporté que la pêche de Ja morue, qui avait fourni, au commencement de la saison, des produits superbes en qualité comme en quantité, était devenue mauvaise depuis le milieu de juillet. On se plaignait surtout de la grande rareté des petits poissons (capelan et alençon) qui servent à amorcer les lignes de nos pêcheurs, et il faut bien savoir qu’ils sont indispensables, ar pas d'appâts ou boitte, comme disent nos pêcheurs, pas de pêche de morue. Très-peu de goëlettes américaines avaient fréquenté ces parages depuis l'été commencé.

Le 9, après m'être arrêté au Cap-des-Rosiers et à la Grande-Grève, la goëlette vint mouiller dans le bassin de Gaspé.

Dans la baie de (Gaspé, la pêche de la morue avait été jusque-là médiocre; maïs, vu le grand nombre de personnes employées à cette industrie, il y avait partout des milliers de quintaux de morue étalés sur les vignots pour sécher, et ln maison Fruing et Uie., de la Grande-Grève, en comptait à elle seule dix-huit mille quintaux, qu’elle destinait à l’exportion étrangère, surtout aux marchés de Cadix, de Naples et de Civitta-Vecchia.

Comme c'était dans la morte-saison des affaires, le havre de Gaspé ne contenait alors que 11 bâtiments, dont 1 brick, 3 brick-goëlettes et 7 goëlettes, parmi lesquelles une venue des Iles-de-la- Madeleine avee une cargaison de morue sèche à vendre.

Nous fûmes retenus au bassin de Gapé jusqu'au 11, que nous nous rendîmes à Percé.

Le 12, je visitai les établissements de pêche de l'ile de Bonaventure, dont les pêcheurs avaient récolté une abondante moisson dans les eaux avoisinantes jusqu’au commencement de juillet; après cette époque, là boitte était devenue d’une extrême rareté, et la pêche de la morue s’en était sentie, comme de raison ; cependant, la morue n'avait pas cessé d’affluer près des côtes pour cela, et depuis quelques jours que l’encornet avait fait son apparition près des rivages, il s'était fait d'excellentes journées de pêche.

Aussitôt après mon retour à Percé, le coroner du comté, M.''illy, vint porter plainte devant moi contre le nommé Gcpree Girard, de Ja Malbaie. Celui-ci était accusé d’avoir tiré un eoup de fusil chargé à plomb sur le nommé Joseph Gauthier, de la paroisse de lIslet, lequel coup avait frappé le dit Joseph Gauthier en pleine poitrine et l'avait tué raide. Une enquête avait été tenue sur le corps de Ja victime, et un verdiet de mort accidentelle avait été prononcé.

Depuis, l'opinion publique s'était fortement émue de ce malheureux évènement, et on m'avait vivement sollicité de faire une enquête sur les circonstances qui avaient précédé et accompagné la mort de (rauthier, et je me proposais de la faire avee l’assistance du greffier de la paix de Percé, M. Harper. Et M. le coroncr venait très-à propos donner son information, car la cour criminelle siégeait le lendemain, et Girard pouvait paraître devant le grand jury,rainsi que tous les témoins qui avait eu quelque connaissance de l'affaire.

Aussitôt l'information de M."Tilly prise, je fis appareiller La Canadienne, et nous nous rendîmes à la Malbaie pendant la nuit. Quelques heures après, mes constables arrêtèrent (reorge Girard; et je fis veuir de la Pointe-St.-Picrre les témoins qui pouvaient servir dans la cause, ct je les envoyai le lendemain matin en chaloupe à Percé sous la charge du capitaine Bernier, et j'arrivai moi-même avee # La Canadienne” dans l’aprèsmidi; dans la matinée, il avait fait calme plat.

La cour avait siégé depuis le matin, et c'était le procès de Joseph Ilanson qui s’instruisait. Le capitaine Bernier et plusieurs de mes matelots parurent comme témoins. Le grand jury trouva érue bit contre Hunson. Mais le petit jury, malgré les preuves les plus convaincantes, la charge du juge ct l’aveu que le prisonnier avait fait devant moi, en ma qualité de magistrat, aux [les-de-la- Madeleine, l'acquitta, à la grande surprise de tous ceux qui avaiont été témoins du procès et qui avaient entendu les témoignages,

Quant à George Girard, les dépositions faites devant le grand jury établirent que le dit George Girard avait tué le nommé Joseph Gauthier par un coup de fusil qui s'était déchargé accidentellement sur la personne du dit Joseph Gauthier, et qu'avant le malheureux aceident, il n'y avait jamais eu de querelle ct d'inimitié entre Girard et Giauthior ; en conséquence, 1l fut trouvé 20 4:77 contre Girard, qui fut de suite mis en liberté.

Ces affaires terminées, nous partimes le 15 dans l'après-midi pour la côte nord du golfe.

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Le lendemain, je warrêtui à Shallop Creck, sur l’île d’Anticosti, puis le soir nous alles mouiller près de Ja pointe de l’est. Je pris le recensement des habitants de ces deux postes, ct je const tui qu'il n’y avait pas eu de naufrage sur les côtes de l'ic depuis le printemps. La pêche du saumon, dans les rivière de l ile, avait rapporté moins que l'année dernière,—c'était un peu woins qu'une pêche moyenne,

Partis le 7 au matin de l’île d'Anticosti, nous pâûmes nous rendre Je mème jour dans la baie de Rogasca, sur la côte nord du golfe St. Laurent.

Le 18, je fis le recensement de ect en droit, et j'en visitai en méme temps les étublissements de pêche.

Au printemps, la péche de Lt worue, qui constitue la principale des occupations de la population de Regasea, n'avait pas fourni la moitié des produits du poste voisin, Natashquan, et les banes de Regasea, qui sont pourtant une continuation de ceux de Natashquan, paraissaient vouloir être abandonnés par leurs anciens hôtes (les morues). Ileureusement, depuis quelques semaines elle était plus productive, et la voille de notre arrivée les bateaux étaient rentrés avec de 5 à 6 drafts de morue chacun. Le même jour, j'allai à Musquaw, et, le lendemain, nous allimes mouiller au havre de Wapitigan.

Le °0, je visitai la rivière Etamiamu, et le soir je me rendis, en chaloupe, à l'île de Watautréistic.

Le 21, je continuai mes courses cn chaloupe et j’allai à la rivière Métagamu où Za Canadienne vint me prendre, et puis nous touchâmes au Petit Mecatina, à la Tête-ï-la- Baleine, et le soir, le vent étant des plus favorables, nous continyâmes notre eorrse, et le lendemain matin nous moullänes dans l’anse aux Blancs-Sablons.

Dans tous ces postes où je n'étais arrêté, aucun événement n'était venu troubler l'existence tranquille et monotone des habitants. La pêche de la morue, comme celle du saumon, avait donné des résultats assez satisfaisants, Peu de goëlettes étrangères avaient fréquenté ces côtes.

Les occupations de ma charge et celles que m’imposait le recensement re retinrent dans l'anse aux Blances-Sablons et dans la baie de Bradore jusqu'au 21. Je fis, comme les années passées, la visite de tous les postes qui s'y trouvent, et je tâchai de recucill r des renseignements utiles sur les pêches qui s’y pratiquent.

On n'avait jamais vu une plus grande afHuence de morue que cette année, deus cette partie du détroit de Belle-[le. La pêche d'été y avait commencé le 20 juin ct s'était terminée le 28 juillet; elle avait duré, par conséquent, quarante-quatre jours. Mais sur ces quaraute-quatre jours, nos pêcheurs, ause des mauvais t-mps, n’avaient pu pêcher que trentequatre jours; et pour donner unt idée de l'immense quantité de morue qui avait été capturée dans les parages de l'anse aux Blanc- Apienss soit par nos pêcheurs, soit par ceux des see de Ja Nouvelle-Kcosse, je citerai les 53 bateaux emploÿ és à l’Ile-à-Bois, par MM.

Le Boutillier et Frères, lesquels , durant cet espace de temps, prirent 408,257 morucs

Voici le résultat de la pêche de trois jours consécutifs par ces mêmes bateaux ler juilet, ont pris 51,000 morues; 2 juillet, 32,146: 3 juillet, 22,540; total, 105,686.

Plusieurs de ces mêmes bateaux : avaient pris jusqu’à 2,400 morues dansune seule journée.

Ne faut-il pas, en voyant ces abondantes moiïssons, recueillies en si peu de temps, sur un champ aussi vaste cb d'une anesi grande fertilité (le golfe St. Laurent), et que l’homme n’a pas besoin d'ensemencer; ne faut-il pas, dis-je, admirer et remercier la Providence qui pourvoit, avec ac main si large ct si bienfaisante, aux besoins si nombreux ct si incessants de l’homme ? Quelle immense quantité de subsistance alimentaire dans ces 408,000 morues prises en 34 jours par 66 hommes! Et quelles belles préparations, lorsqu'elles ont été séchées au soleil, par un procédé aussi simple que facile, pour les pays éloignés et pour les climats chauds “que les plus froids ! et quelles richesses et quelles belles et iné épuisables ressources pour le Canada, qui possède cotte grande étendue de côtes maritimes où affluent tous les ans, en quantité inuombrablo, de si Telles variétés de poissons!

Le 29, j je visitai les ét tablissements do pêche des Belles-Amours, de Middle-Bay et de live-Leagues, et le soir nous fûmes mouiller à Bonne-Espérance.

La pêche de la morue avait presque manqué dans ces endroits, surtout sur le banc des Belles-Amours, et les bateaux les plus heureux dans leurs travaux ne comptaient encore que 40 quintaux de morue. Le hareng n'y donnait pas non plus en grande quantité.

Je fus occupé, toute la journée du 30 à visiter la rivière St. Paul et les établissements de pêche de Bonne-Espérance. M. Chovalier, locataire de la rivière St. Paul, n'avait pas aussi bien réussi que l'année dernière avec sa pêcherie de saumon; de même, les pêcheurs

de morue se plaignaient beaucoup du peu de succès de leurs travaux de l'été, qu'ils attribuaient à l'influence des vents d’est qui avaient été fréquents depuis le printemps.

Le hareng ne s'était pas encore montré dans ces parages.

Dans l'après-midi, je visitai les établissements des îles Brûlées et des îles du Vieux Fort. les pêcheurs, là, n'avaient pas cu plus de succès qu'à Bonne-Espérance.

Le mauvais temps nous forea de rester mouillés toute la journée du 80 sous l’île Herbée.

Le ler septembre, nous partimes de bon matin.

Je fis en chaloupe la visite de la baie des Rochers et de la rivière Mapitippi ; je me rendis ensuite à Chicataca, où je rejoisnis la goëlette, ct le soir nous nous rendimes à St. Augustin.

Le 2, je continuai ma visite des postes ; jo nr'arrêtai à la Tête-à-la-Bulcine de Paccachoo et à Kikapoë, et le lendemain je teriminai ma campagne au nord par la visite des établissements de pêche de la Tabatière, de Ja baie Rouge et de la baie des Moutons. Dans ce dernier endroit, comme dans les postes que j'avais visités les jours précédents, la pêche de la morue n'avait rapporté que des produits d'une importance médiocre.

D'ailleurs, la populatson qui habite cette partie du littoral du nord se livre plutôt à la pêche du loup-marin d'automne, au moyen de pêcheries sédentaires faites de rets de fil très-fort, qu'aux autres pêches en usage sur la côte.

Dans l'automne de 1861, les loups-marins n'avaient pas manqué de faire leur voyage périodique dans le golfe St. Laurent, en passant par le détroit de Belle-Ile, Ils s'étaient approchés des côtes et les avaient cotoyées par troupeaux nombreux comme d'ordinaire, et les pêcheurs en auraient fait une capture des plus abondantes, sans les grands froids qui vinrent gêner et presque interrompre leurs travaux. On sait que cette pêche se fait dans le mois de déc. et se continue quelquefois jusqu'au premier Ge janvier. Malgré cela, M. Buckle, de la Tabatière, avait pris C0 de ces amphibics, mais sa pêche est la meilleure ct la plus productive de toute la côte. Les produits des autres pêcheurs variaient de 50 à 250 loups-marins.

Ces loups-marins d'automne sont presque tous de gros animaux, ct l’épaisse couche de graisse qui couvre leur corps leur donne une valeur de huit à seize piastres chacun. On voit par là que la pêche du loup-marin, comme elle se pratique sur la côte du Labrador, est une industrie importante.

Je venais de parcourir les postes les plus considérables d’une grande partie de la côte nord; mes devoirs de commissaire pour le recensement m'avaient obligé de voir un grand nombre de familles. J'avais été plus que jamais en relation avec les habitants de la côte nord. Eh bien! j'ai pu constater qu'à part deux plaintes faites par le locataire de la Rivière Regasca, M. Boudrault, contre deux personnes qui avaient pêché dans ses limites de pêcherie sans sa permission, la loi de pêche avait été bien observée, surtout les clauses qui concernent la pêche du saumon. Tous les vrais amis du Canada, et tous ceux qui ont à cœur la prospérité des pêcheries canadiennes, dcivent se réjouir de ces heureux résultats, qui promettent à nos pêcheries de saumon l'avenir le plus brillant.

Ayant terminé notre visite sur la côte nord, nous quittâmes la baie des Moutons, le 5 sept , pour les Iles-de-la-Madelcine, et après une traversée orageuse nous mouillämss à l’île Bryon le 7.

M. John White, le Lcataire de cette île si renommée pour ses beaux pâturages, et les excellentes viandes et le beau beurre qu’elle produit, me donna les renseiunements suivants :

La pêche de la morue avait été des plus abondantes tant à l’île Bryon qu'aux îles aux Oiscaux, pendant toute la saison, Le maquercau y avait fait son apparition dès le commencement de juillet. Une cinquantaine de goëlettes américaines s’y étaient tenues tout l'été pour y faire la pêche de ce poisson, et celles avaient assez bien réussi; et le jour de notre arrivée, une goëlette sous voile en avait capturé une douzaine de barils.

Le 8, nous nous rendîmes au havre aux Maisons. La pêche du maquereau à la ligne, dans la baie de Plaisance, avait té très-fructueuse pour les habitants de ce port dans les mois de juillet et d'août; quelques-uns de leur bateau en avaient capturé presqu’à trente barils et même davantage, Counne les vents étaient de la partie de l’ouest, il y avait près de 80 goëlettes américaines de mouillées sous l’île d’Entrée ; elles s’occupaient toutes de la pêche du maquereau. Elles avaient pêché depuis le mois de juillet à l’entour des Iles-dela- Madeleine ; mais, quoiqr’elles eussent assez bien réussi en général, leur voyage ne devait pas leur rapporter de grands profits, car le noisson qu’elles avaient n’était pas tout de première qualité, et ne commandait qu'un prix très-minime aux marchés d'IHalifax et de Boston.

A l'Etang-du-Nord, la pêche de la morue avait continué à être très-fructueuse depuis mon premier voyage.

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Le 9, nous allämes mouiller au havre Amherst,

La pêche au sud de cette île rapportait encore de grands profits,

Les goëlettes d'Amherst, comme celles du Havre aux Maisons, étaient rentrées à leurs ports d'armement, après avoir fait des voyages très-lucratifs sur la côte du Nord; elles étaient revenues toutes chargées après tout au plus deux mois et demi d'absence ; quelquesunes d’entre elles étaient même retournées au Nord pour la pêche du hareng,

Le 10, je m’oceupai d'une des poursuites ajournées depuis le printemps : Alexandre Cormier contre Pierre Briant ; les témoins furent entendus de part et d'autre, et jugement rendu le lendemain en faveur du défendeur.

La cause du même contre Alexandre Belleau ne put étre entendue.

Celui-ei souffrait d’une blessure grave au pied qui le reteuait au lit. (Depuis il est mort.)

J’eus aussi à envoyer mes coustables à l'ile Grindstone, pour y arrêter un individu accusé d’un délit grave. I/arrestation fut opérée sans difficulté, mais pou de temps après le prisonnier parvint à s’esquiver à la favear d'un bois qui se trouvait près du lieu où l’arrestation s'était opérée, et où il eût été inutite de le suivre. Mais je ne perdis pas l'espoir de le faire appréhender par surprise à mon prochain voyaye aux iies. (En effet, l'individu en question fut arrêté ct amené à bord.)

Le 12, je m'occupai d'une plainte pour assaut; l'aceuxé fut de suite mis sous caution de garder la paix.

Le 13 au soir, nous quittâmes le havre Amherst pour noux rendre à l'ile du Prince- Edouard ; et le 15, nous mouillâmes à Rustico, sur la côte nord de l'ile.

J'arrêtai à Rustico,—qui est une paroisse considérable habitée par des descendants d’Acadiens, et située sur les bords de la baie de Rustico,—cn conformité des ordres reçues de l'honorable Vankoughnet, pour prendre à bord de Ze Cnarlirnne les familles de cette paroisse qui était disposées et prêtes à émigrer au township de Métapédinc, dans le comté de Bonaventure, ct les transporter jusqu'à la Mission, dans la rivière Ristigouche, d’où elles n'auraient plus eu que quinze milles pour se rendre, par un beau chemin, jusqu'aux nouveaux établiss:ments Acadiens, au confluent de la rivière Ristisouche et de Ja rivière Métapédiac, dans le dit township de Métapédiac.

J'eus le plaisir de rencontrer au presbytère de HRustico, le révérend M, Belcourt, le célèbre missionnaire des contrées de la Rivière-liouze et de l'Oucst. Ce monsieur, qui s'occupe avec la plus grande ardeur et le plus grand dévouoment d'améliorer la condition de ses paroissiens, s'intéresse beaucoup à la question de l'émigration Acadicnne au Canada,

et surtout de l'émigration des habitants de Rustico. Après m'avoir remercié de cet acte de bon vouloir de la part du gouvernement Canadien pour les Acadiens, qui mettait ainsi à leur disposition un de ses bâtiments pour les transporter sans frais quelconque là où ils désiraient aller s'établir, M. Belcourt me fournit :es renseignements les plus utiles à

l'objet de ma mission, tout en m’annonçant que, quoique plusieurs familles se préparassent à quitter Rustico cette année pour la contrée de Métapédixc, cependant aucune d'elles n’était prête en ce moment à s'embarquer. Elles étaient occupées à faire leur récolte, et ne pouvaient partir avant le commencement de novembre. Mics instructions portaient que je devais faire deux voyages : Ru$cico: un le printemps et un l'automne; celui du printemps, je n'avais pu l’accomplir à cause des nombreuses occupations que j'avais eu à cette époque aux Iles de la Madeleine. La paroisse de Rustico est sititée sur les bords de la baie de ce nom et des trois rivières qui s’y déchargent.

Ces rivières sont de peu d'importance; elles ne vont pas loin dans l'intérieur de l’île, quoiqu’elles ne soient pas navigables, elles n’en forment pas moins des bassins assez considérables à leurs embouchures. Le centre de la paroisse se trouve à l’église, qui est bâtie près de l'embouchure de la rivière du milieu, sur une hauteur d'où l’on à une vue étendue et charmante des pays d’alentour. Le sol de cette partie de l'Ile du Prinec-Edouard est de couleur rouge, sablonneux, et en général, de bonne qualité. Pourtant, pour en tirer de belles técoltes, il faur le couvrir souvent d'engrais, sous forme de vases qu’'n extrait du lit des rivières à leur embouchure, et des plantes marines prises sur les eôtes de la mer. Tous les grains y poussent bien, mais surtout l’avoine ct les légumes. Les pommes de terre et les navets y sont d’une qualité supérieure.

La population de Rustigo est de 2509 âmes à peu près, dont plus de 2500 d'origine acadienne. Ces derniers, les premiers priétaires du sol, se livraient autrefois plutôt à la pêche, à l'exploitation du bois et la construction des vaisseaux, qu’à la culture de leurs terres, qu’ils négligèrent entièrement pendant longtemps. Mais plus tard, la pêche ne

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put fournir les mêmes profits qu'autrefois ; les forêts étaicnt épuisées, et les chantiers de construction navale se fermèrent, et les Acadiens durent abandouner ces diverses industries et chercher, dans les ressources que leur offrait l'agriculture, leurs moyens de subsistance. [sle fireut avec beaucoup de courage, et plusieurs d’entre cux firent d'execllents agriculteurs.

Mais la population avait augmenté considérablement, et elle ne pouvait s'étendre dans l'intérieur, tontes les terres qui environnaient Rustico ayant été prises par des colons venus de la Grande-Bretagne. Quelques uns des habitants se décidèrent à partir pour la partie ouest de l'ile, où il y avait encore des terres à acheter; mais la plupart préférèrent rester sur les terres établies par leurs ancètres, et la conséquence le cette détermination est facile à concevoir : les terres furent divisées, morcelées pour les partager entre les enfants et les petits-enfants, ct, à l'heure qu'il est, la grande partie des habitants de Rustico se trouve forcée de vivre sur de petites fermes qui, malgré les travaux les plus rudes, la plus stricte économie et la conduite la plus réglée, peuvent à peine fournir la subsistance aux familles qui les occupent. Et il faut encore qu'elles paient un chrlin sterling de rente pour chaque arpent de terre qu’elles occupent. On sait que les Acadiens ne sont que locataires, par baux emphytéotiques, de leurs terres, qui appartiennent à des capitalistes anglais.

Voilà les raisons qui ont déterminé un grand nombre de famiiles acadiennes de Rustico et des autres villages acadiens de l'île, à émigrer en Canada. Déjà, vingt-cinq familles se sont rendues dans le township de Métapédiac, l'automne dernier, et beaucoup d’autres se proposent de les suivre bien vite; et avant cinq ans, si les moyens de transport leur sont fournis, de 15300 à 2000 Acadiens de l'Ile du Prince Edouard auront été s'établir dans la Baie des Chaleurs. La population acadienne de Rustico, et en général des autres paroisses acadiennes de l'île, est forte, laborieuse, très intelligente, et de mœurs douces et d’une pureté exemplaire.

Quelle belle acquisition pour les contrées de la Rivière Ristigouche et de 11 Rivière Métapédiac, où il y a des milliers d'arpents de terre de la plus grande fertiité qui n'attendent que des colons pour devenir les plus belles et les plus riches contrées du district de Gaspé. Que des listes de souscription s'organisent par tout lo pays; que des secours nombreux soient envoyés aux Acadiens, pour aider à leur transport au Canada et à leur subsistance pendant les premières années de leur établissement, et surtout qu'on éconte les sages et patriotiques conseils du révérend monsieur Belcourt, qui donne des preuves d’un si grand dévouement à la cause des Acadiens.

J'ai parlé uu peu longuement de l'immigration acadienne de l'Ile du Prinee Edouard au Canada, quoique ce sujet soit étranger à eclui que je traite dans ce rapport; mais il est d'une telle importance pour l'avenir de nos pêcheries que la population du distriet de Gaspé augmente rapidement, tant celle des agriculteurs que celle des pêcheurs, que j'ai eru devoir donner fes détails précédents, qui pourront être utiles aux colons qui voudront faire du Canada leuf patrie, ainsi qu'aux amis de la colonisation, et d'autant plus que dans nos villes, et en général dans tout le Canada, on ignore l'importance et la nécessité, pour l'avenir du commerce maritime du pays, de coloniser au plus vite les terres du littoral du golfe ct de la contrée qui relie le centre du Canada avec les établissements de la Baie des Chaleurs.

Le 18, je retournai à bord de Z4 Canadienne. Pendant mon absence à Rustics, la goëlette, qui n’avait pu entrer dans le havre, faute d’une profondeur d’eau suffisante sur le banc, avait été obligée deux fois de lever l'ancre pour prendre le large, le vent qui soufflait du nord, et par conséquent en plein côté, ayant soulevé près du rivage une mer si houleuse que la goëlette ne pouvait plus tenir sur ses ancres. La seconde fois qu’elle fut obligée d'apparciller, l'ancre de tribord se trouva tellement prise au fond ds l'eau (dans des roches sans doute), qu’en virant au guindeau, la chaîne sc rompit à sept brasses de l'anneau, et nous la perdîmes.

Nous partîmes dans la nuit avec un bon vent, et le 19 au soir nous mouillämes à Paspébiac. Je ne trouvai dans cette rade que cinq bâtiments, mais on en attendait plusieurs autres de J'ersey et des ports d'Angleterre, lesquels avaient été nolisés par les maisons de commerce du port de Paspébiac, pour venir y prendre des cargaisons de morue.

On avait rapporté de grandes quantités de morues de la côte Nord, et on s'attendait à ce que l’exportation de la morue sèche du port de Paspébiac scrait plus considérable qu’elle n'avait jamais été auparavant.

Les récoltes en grains avaient été bien belles. La pomme de terre, au contraire, avait, en plusieurs endroits, beaucoup soufferte de la maladie, ct les habitants de la côte de Gaspé se voyaient en partie privés de cette ressource alimentaire si précieuse.

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Le 22, je fis une visite à Bonaventure, et le 25 à Carleton et à la Rivière Ristigouche.

Le 24, je me rendis jusqu’à la Pointe Lagarde avec La Canadienne (le vent d'oucst ne nous permettant pas d'aller plus haut dans la Rivière Ristigouche), et tandis que je remontais la rivière avec un de mes canots, j'envoyai le capt. Bernier dans l’autre, prêter main-forte au constable de M. Fair, magistrat du township de Ristigouche, pour faire exécuter un juge: ment sommaire contre cinq individus du même lieu, dont, jusque là, il n'avait pasosé approcher à causes des menaces qu'ils lui avaient faites. L'expédition réussit parfaitement ; les personnes impliquées furent amenées devant M. Fair, et traitées suivant la rigueur de la loi. Quant à moi, je visitai la Rivière Ristigouche, que je remontai jusqu'à son confluent avec la Rivière Métapédiac, puis, de là, je me rendis aux nouveaux établissements acadiens. {l me fallut d’abord truverser ectte dernière rivière, puis, après en avoir cotoyé la rive gauche pendant uu mille, je pris la route neuve que le gouvernement a fait ouvrir pour les Acadiens et qui conduit à leurs établissements, situés sur un immense plateau qui ne doit pas être à moins de six à huit cents pieds au-dessus du niveau des eaux de la Rivière Ristisouche. Ce chemin est fait sur le bord d’un ravin, et cet accident de terrain en a facilité beaucoup la confection. La pente en est «ssez douce, et on peut y monter sans dificulté avec des voitures chargées. | En arrivant sur le plateau situé entre les deux rives si pittoresques de la Rivière Ristigouche et de la Rivière Métanédine, le réverend monsieur Saucier, qui avait bien voulu m’accompagner jusqu'aux établissements acadiens, et moi, fûmes frappés du bel aspect de cette contrée. Nous étions an milieu d’une forêt vierge, composée des bois € + essences les plus précieuses du Canada. L'érable y étalait son riche feuillage (si cher aux Canadiens) déjà vougi par l'automne; le mérisier brun, avee sa forte tige, ses proportions colossales et ses branches uoueuses; le cèdre, dont la cime élevée se voyait au-dessus de tous leg autres arbres, attestaient que le sol où ils avaient enfoncé leurs nombreuses racines, et dun soin duquel ils se nourrissaient, était d'une grande richesse. Le sol, comme le sous-sol de toute la contrée, y est de couleur jaunâtre, et tout à fait exempt de roches. Il est d’une grande profondeur, et, par conséquent, sera d'une fertilité inépuisable. Et fa petite mais belle récolte obtenue par les quelques habitants établis l'automne dernier, prouve bien la vérité des faits que j'avance.

Le printewps dernier, vingt nouvelles familles de Rustico vinrent ajouter leur nombre à cinq familles de la même paroisse qui y étaient déjà rendues. Je pus en voir plusieurs, et apprendre qu’elles étaient très contentes du pays ; qu’elles avaient une grande confiance dans les ressources qu'il offrait au colon, et qu’elles espéraient s’y faire un avenir heureux, tant pour elles que pour leurs descendants. Ces déclarations me firent plaisir, ainsi qu'à tous les amis de la colonisation à qui j'en fis part; car elles nous font concevoir l'espoir qu'avant peu, avec les secours fournis par les Canadiens généreux ct amis de leur pays, nous verrons toute cette belle contrée qui borde la rivière Ristigouche et la rivière Métapédiae jusqu'au lac de ce nom, toute peuplée; et alors les établissements de la Baie des Chaleurs sortiront de leur position d'isolement où les laisse le manque de bonnes routes de communication avee ceux du bas du fleuve St. Laurent. Et pendant que les Acadiens, attirés par la richesse du pays et la certitude d'y trouver des amis, y viendront en foule par la mer, l’excédant de la population des villages et des vieilles paroisses du fleuve St. Laurent s’y rendra, de son côté, par cette nouvelle route que le gouvernement a fait ouvrir depuis Ste. Flavie jusqu’au lac Métapédiae. On ne saurait trop louer et remercier le gouvernement, qui, depuis quelques années, a fait dépenser des sommes considérables pour ces routes de colonisation dans le district de Gaspé, de même que pour la grande route de communication par terre entre le fleuve Sc. Laurent et la Baie des Chaleurs, le chemin de Métapédiac. Le gouvernement comprend bien qu’en ouvrant des chemins aux colons, il assure par là la réussite de la colonisation. .

Le même jour, je revins à bord de la goëlette. Le 26, nous nous arrêtâmes à Dalhousie, et, le 27, nous allâmes mouiller x Carleton. La pêche du saumon dans la rivière Ristigouche avait été fructueuse, du côté du Nouveau-Brunswick surtout, Du côté canadien, aucune contravention à la loi n'avait été sigualée. | Au Nouveau-Brunswick, au contraire (il faut remarquer que la plus grande partie du cours de la rivière Ristigouche apparticut à cette province), d’après M. Dugald Stewart, le percepteur du port de Dalhousie et propriétaire lui-même d’une pêcherie de saumon, les règlements de pêche avaient été violés bien des fois et par les blancs et par les Sauvages, mais toutefois pas autant et pas si ouvertement que par le passé; car il y avait, sur plusieurs

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